09/10/2011
dominer le monde
" (...) A propos encore de l’extension du contrôle américain sur ses périphéries, on apprenait le 5 octobre que l’Espagne avait donné son accord pour participer au bouclier antimissile de l’OTAN. La participation se fera sous la forme de l’accueil d’un navire américain équipé d’intercepteurs (système de combat Aegis), à la base navale américaine de Rota (dans le sud de l’Espagne). L’Espagne rejoint donc la Turquie (radar américain dans le sud-est), la Pologne et la Roumanie (intercepteurs de type SM-3) dans la participation à ce dispositif américain.
Pendant que l’Espagne, et plus globalement, l’Union, s’effondre sous le poids de sa propre dette, avec les banques américaines à la manœuvre (JP. Morgan et Goldman Sachs notamment), Washington poursuit son processus d’aliénation de l’Europe.
Il est vrai, comme l’a déclaré cette semaine dans un fracassant discours de politique étrangère, le probable futur candidat républicain à la présidence américaine, Mitt Romney, que « Dieu a créé l’Amérique pour dominer le monde ». C’est sans doute pour cela que l’on ne nous parle que de fondamentalisme iranien…"
*************************************************************************************
" (...) Tout comme un pythagoricien aurait préféré mourir plutôt que de traverser un champ de fèves, un militant de gauche éprouve immédiatement une terreur sacrée à l'idée que quelque chose ait pu aller mieux dans le monde d'avant. Une pensée aussi incorrecte le conduirait en effet à remettre en question le vieux dogme progressiste selon lequel il existe un mystérieux sens de l'histoire, porté par le développement inexorable des nouvelles technologies, et qui dirigerait mécaniquement l'humanité vers un monde toujours plus parfait - que celui-ci ait le visage de l'«avenir radieux» ou celui de la «mondialisation heureuse».
" (...) A l'origine, le libéralisme se voulait simplement une doctrine des limites qu'il convenait d'imposer à l'emprise de l'Etat, des Eglises et de la tradition afin de protéger la liberté individuelle. Dans la pratique, cette doctrine conduisait donc à défendre le modèle d'une société «axiologiquement neutre» (ou sécularisée) dans laquelle chacun pourrait vivre comme il l'entend, sous réserve de ne pas nuire à autrui (le libre-échange n'étant que l'application de ce principe général à la sphère particulière des activités économiques).
Si ce système a pu fonctionner si longtemps de façon cohérente, c'est toutefois parce qu'il continuait de s'appuyer implicitement sur un certain nombre de valeurs (de «gisements culturels», disait Castoriadis) dont personne ne songeait encore à questionner l'évidence. Presque tout le monde, par exemple, s'accordait sur l'idée qu'il existait des critères de bon sens permettant de distinguer une action honnête d'une action malhonnête, un fou d'un homme sain d'esprit, un enfant d'un adulte ou un homme d'une femme.
Or, à partir du moment où toutes les formes existantes de catégorisation philosophique commencent à être perçues comme de pures constructions arbitraires et discriminantes (et le libéralisme culturel conduit tôt ou tard à cette conclusion postmoderne), le système libéral devient nécessairement incapable de définir par lui-même ses propres limites. Et de même qu'une croissance économique illimitée est condamnée à épuiser progressivement les ressources naturelles qui la rendent possible, de même l'extension illimitée du droit de chacun à satisfaire ses moindres lubies personnelles ne peut conduire, à terme, qu'à saper tous les fondements symboliques de la vie en commun.
A l'image du roi Midas, mort de pouvoir tout transformer en or, il semble donc que les élites globales du libéralisme moderne soient désormais philosophiquement prêtes, pour satisfaire leur cupidité, à détruire jusqu'aux conditions même de leur propre survie."
**************************************************************************************
19:02 | Lien permanent | Commentaires (20)
