08.11.2009

non, pas du tout!

07.11.2009

what's up?

À Paris, un salon de la séparation et du divorce

Agnès Leclair
06/11/2009 | Mise à jour : 21:12 | Commentaires 1 | Ajouter à ma sélection

La tenue de cet événement est révélateur d'une nouvelle vision décomplexée du divorce .

Drôle d'endroit pour une rupture. Programmé entre les rencontres philatéliques d'automne et une manifestation consacrée à l'art du nu et l'art du sport, le premier Salon de la séparation et du divorce ouvre ses portes aujourd'hui porte de Champerret à Paris. Son organisatrice, Brigitte Gaumet, a eu l'idée de cet événement après la médiatisation d'un salon sur le même thème à Vienne, en 2007.

La tenue de cet événement semble consacrer une nouvelle vision du divorce décomplexée. «Il y a quarante ans, le divorce était considéré comme une anomalie, un cataclysme. (…) source

Oh, oh ! A quand un salon pour « réussir son avortement » ou « faire de son suicide une fête » ?

ou la confluence -ordinaire- de la transgression "décomplexée" et du marketing festif (consommer son divorce?).

J’adore cette époque, indeed.

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b0afebe8-caf2-11de-93dc-2bd422d260d2.jpg« Sortant de la salle de prière, un homme nous interpelle:  «Nous sommes de plus en plus nombreux et bientôt nous vous laverons le cerveau !» » source

 

Lord Sacks, le Grand Rabbin d’Angleterre, a déclaré mercredi soir au club de réflexion Theos: « L’Europe, du moins la population européenne de l’Europe, est en train de mourir. Cela fait partie des vérités qu’on ne peut pas dire aujourd’hui. Nous sommes en train de subir l’équivalent moral du changement climatique, et personne n’en parle. » source via FDS

 

Rien de neuf, quoi.

 

de la gauche moderne et de la caillera

fue1CohnBendit.jpg« Dans la culture de gauche (ou encore progressiste, ou encore moderniste), toute porte fermée constitue, par définition, une provocation intolérable et un crime contre l’esprit humain. C’est donc, de ce point de vue, un impératif catégorique que d’ouvrir, et de laisser ouvertes, toutes les portes existantes (même si elles donnent sur la voie et que le train est en marche). Tel est, en dernière instance, le fondement métaphysique de cette peur panique d’interdire quoi que ce soit, qui définit un si grand nombre d’éducateurs et de parents, qui, pour leur confort intellectuel, tiennent à tout prix à « rester de gauche ». Il convient naturellement d’ajouter que, selon le circuit classique des compensations de l’inconscient, cette peur d’interdire se transforme assez vite en besoin forcené d’interdire (par la pétition, la pression de la rue, le recours au tribunal, etc.) tout ce qui n’est pas politiquement correct. On reconnaît ici la triste et contradictoire psychologie de ces nouvelles classes moyennes dont la Gauche moderne (une fois liquidé son enracinement populaire) est devenue le refuge politique de prédilection. »

 

« Si l’on parle, en effet, de l’intégration à une société, c’est-à-dire de la capacité pour un sujet deracaille1.jpg s’inscrire aux différentes places que prescrit l’échange symbolique, il est clair que cette fraction modernisée du Lumpen n’est pas « intégrée », qu’elles que soient, par ailleurs, les raisons concrètes (familiales et autres) qui expliquent ce défaut d’intégration. S’il s’agit, en revanche, de l’intégration au système capitaliste, il est évident que la Caillera est infiniment mieux intégrée à celui-ci (elle a parfaitement assimilé les éloges que le Spectacle en propose quotidiennement) que ne le sont les populations indigènes et immigrées, dont elle assure le contrôle et l’exploitation à l’intérieur de ces quartiers expérimentaux que l’Etat lui a laissé en gérance. En assignant à toute activité humaine un objectif unique (la thune), un modèle unique (la transaction violente ou bizness) et un modèle anthropologique unique (être un vrai chacal), la Caillera se contente, en effet, de recycler, à l’usage des périphéries du système, la pratique et l’imaginaire qui en définissent le Centre et le Sommet. L’ambition de ses membres n’a, certes, jamais été d’être la négation en actes de l’Economie régnante. Ils n’aspirent, tout au contraire, qu’à devenir les golden boys des bas-fonds. »

JC Michéa, L’enseignement de l’ignorance, 1999.

06.11.2009

Patton

image006.jpg«Je n'ai jamais vu dans aucune armée à aucune époque, y compris dans l'Armée Impériale allemande de 1912, une discipline aussi sévère que celle qui existe dans l'armée russe. Les officiers, sauf quelques exceptions, ont l'apparence de bandits mongols récemment civilisés».

Général George S Patton (1885-1945)

04.11.2009

spectacle, arnaques et cultures

Ce qu’il y a de bien avec les grosses ficelles, c’est que ça marche toujours; plus le mensonge est gros, mieux il passe, répétait le socialiste (national) Goebbels. Notre conducator à talonnettes et ses sarko boys nous font le coup régulièrement, dés que le temps se couvre, en fait. Forum de l’identité nationale, gestion des mineurs délinquants, couvre feu inapplicable dans des quartiers désertés par tous les acteurs étatiques, show aérien des reconduites d’Afghans, etc., tous les marronniers sécuritaires sont de sortie dés qu’approche quelque scrutin d’importance. Ou comment tondre l’électorat libéral de droite justement préoccupé de questions sécuritaires ou identitaires (et l’électorat de gauche qui s’est fait claquer la gueule à la Techno-mix-parade™ se réappropriant ainsi le réel). Je n’évoque même pas nos « socialistes » ou libéraux de gauche, pour lesquels toute préoccupation identitaire/ sécuritaire ne peut relever que de la nostalgie vichyste. Sorte de rhétorique antifasciste psittaciste usée jusqu’à la corde mais –semble-t-il- encore efficace. Pour résumer, d’un côté, un discours sécuritaire et inopérant (le pitre sarko est aux affaires depuis des années et la situation n’a pas changé d’un iota pour les malheureux exposés aux menées de ce nouveau lumpen prolétariat métissé), de l’autre, un discours soft et transgressif, déculpabilisant pour les uns et culpabilisant pour les autres, prônant un vivre ensemble utopique et incapacitant.

A ce spectacle sécuritaire récurrent et parfaitement scénarisé, répond le spectacle identitaire du moment. Ce questionnement identitaire est évidemment fondamental pour tout homme, famille ou communauté (nationale ou supra nationale). Je ne m’attarderai pas la dessus ni sur le déni de son importance par nos libéraux de gauche; même réflexe débile –au sens propre- de réductio ad Hitlerum que pour les questions de sécurité et délinquance. Pourquoi un spectacle, me dira-t-on ?

Pour plusieurs raisons :

-la première est liée à la forme que prennent nos sociétés libérales et là-dessus, je suis l’excellent Michéa, démystificateur de la modernité : nos sociétés aujourd’hui n’ont plus de démocratiques que le nom et sont en fait constituées, à l’intérieur, par le marché, et à l’extérieur par le droit (celui des individus). Mais l’état moderne est fondamentalement et axiologiquement neutre, ou tend à l’être. Ce qui signifie que nos sociétés ne sont plus ancrées dans un ensemble de valeurs partagées (langue, culture, histoire) et déterminant une structure identitaire (un nomos) se projetant dans une vision du monde, une fin (télos) communes. Le propre de la mondialisation libérale me semble être l’essor de sociétés anomiques (hors le nomos du Marché et celui du Droit), axées essentiellement sur l’individu, son meilleur intérêt, ses fins propres, ses droits illimités et sa propension naturelle à essayer de les étendre; sorte de guerre de tous contre tous validée par un état prompt à délégitimer tout valeur morale commune, toute quète identitaire. Il n'y a d'identité nationale que lorsqu'existe une conscience communautaire et le sentiment d'une appartenance, d'un destin commun, de raçines communes, c'est-à-dire précisément tout ce qu'haïssent nos modernes spectaculaires...

-la deuxième est l’irruption sur le continent européen de groupes communautaires entiers (sortes de nouvelles invasions barbares -au sens propre) au moment même ou l’homme européen, l’individu psychologique de Lasch –an historique et séparé-, pétri de culpabilité et doutant par essence a cessé d’imposer aux immigrants sa culture propre, autochtone, et va même, de façon pathologique, jusqu’à se renier, et encourager les nouveaux venus à rester ce qu’ils sont, c'est-à-dire des étrangers. L’acculturation est un crime, à dit Erdogan ! Et au fond, je suis d’accord. Mais ce qui me différencie de nos modernes clercs metissophiles, vivrensemblesques et apôtres du multiculturalisme c’est la certitude que cette idéologie, qui se traduit dans des politiques ineptes, ne peut que se terminer en guerre de tous contre tous, main invisible du marché et doux commerce ou pas. Pour le contrôle du territoire et l’imposition de sa propre weltanschauung. Et non pas dans ce grand mall festif, climatisé et multiculturel que je vois s’édifier autour de moi et qui serait naturellement pacifié par les vertus du marché.

-la troisième est la dissolution du sentiment identitaire européen. J'y reviendrai.

Le triomphe consenti de la racaille. Il y a quelques mois je m’étais interrogé sur la longévité exceptionnelle de ces centaines de ghettos extra européens désertés par les souchiens (comme dit l’allochtone -et non pas indigène- et gentille Houria, si aimée de nos média). Ces quelques zones de non droits gangrenées par ce lumpen prolétariat hostile et violent ne me semblent pas être un obstacle bien significatif à l’autorité Etatique (qui sait faire mal quand elle le souhaite) et tout me porte à croire que cette longévité n’est pas fortuite et que les puissants du moment -ces global leaders- s’accommodent très bien de cette lèpre moderne. Mais pourquoi maintenir un taux de délinquance élevé ?

- Parce que ce sont des consommateurs absolus (fringues, portables, entertainment de masse (tittytainment), bouffe abjecte, etc.) et de précieux soutiens à la croissance (reconstruction d’écoles ou de bibliothèques, renouvellement du parc automobile, subventions diverses, etc.). De parfaits abrutis décérébrés par quelques années de gardiennage et d’ensauvagement au sein de l’EN et répondant servilement aux campagnes publicitaires en forme de rebellitude que le système produit à jet continu. Tout cela pour un investissement quasi nul : des gamins perdus d’admiration pour Tony Montana, pour le fric facile, la satisfaction immédiate du moindre désir, sortes de générations spontanées de consommateurs compulsifs et violents…

- Parce qu’ils sont un instrument redoutable de transformation du paysage social de nos contrées : en détruisant chaque jour un peu plus ces lieux de sociabilité ordinaire et populaire qu’étaient banlieues et villages, empreints de tradition (on dirait populisme de nos jours) et de cette common decency dont parle Orwell et facteurs de résistance naturels à l’emprise de ce grand marché globalisé, ce nouvel ordre globalitaire.

- Parce qu’ils sont un alibi permanent (le décor) au spectacle sécuritaire ordinaire décrit plus haut et déclinable à l’infini aux cohortes de crédules; sorte d'instrument efficace de contrôle social.

De ce point de vue, cette puissante armée faite de jeunes en déshérence, délinquants, criminels multirécidivistes et autres populations locales prises en otages et en état de quasi dhimmitude, largement entretenue par un torrent de subventions étatiques et légitimée par la sociologie d'Etat, s’avère être le supplétif idéal du pouvoir. Dont on peut comprendre alors l’empressement à assurer les conditions de sa survie…

« Non seulement, en effet, la pratique délinquante est, généralement, très productive (incendier quelques milliers de voitures chaque année, par exemple, ne demande qu’un apport humain et matériel très réduit et sans commune mesure avec les bénéfices ainsi dégagés pour l’industrie automobile). Mais, de plus, elle n’exige pas d’investissement éducatif particulier (sauf peut-être dans le cas de la criminalité informatique, de sorte que la participation du délinquant à la croissance du PIB est immédiatement rentable, même s’il commence très jeune (il n’y a pas ici, bien sur, de limite légale au travail des enfants). Naturellement, dans la mesure ou cette pratqiue est assez peu appréciée des classes populaires, sous le prétexte égoïste qu’elles en sont les premières victimes, il est indispensable d’en améliorer l’image en mettant en place toute une industrie de l’excuse, voire de la légitimation politique. C’est le travail habituel confié aux rappeurs, aux cinéastes « citoyens », et aux idiots utiles de la sociologie d’Etat. » (JC Michéa, L’empire du moindre mal, 2007)

A mon humble avis, la responsabilité première de ce désastre incombe aux européens eux-mêmes qui semblent avoir besoin de quelques pseudo élites nomades et anomiques pour leur dire qui ils sont. Ou peut-être (hypothèse favorable), les peuples européens savent-ils, consciemment ou pas, parfaitement ce qui les différencie des autres peuples du monde (sans que cela comporte le sentiment quelconque d’une supériorité, d’ailleurs) mais n’ont pas leur mot à dire. Les européens semblent par leur comportement passif ("dormition" dirait D Venner) accréditer l’idée que les cultures européennes seraient les seules au monde à pouvoir –à devoir- sans dommage accepter sur leur sol des communautés entières, étrangères voire hostiles à leur tradition et à leur esprit, à devoir se fondre joyeusement dans une pseudo civilisation universelle régie par ces idéaux de substitution bankables que sont la tolérance™, les droits de l’homme™ et l’anti racisme™. Nulle culture n’est immortelle.

« (…) Nulle inconséquence, pourtant, ne saurait être reprochée à Lévi-Strauss. On ne voit pas par quel enchantement des hommes enfoncés chacun dans sa culture seraient saisis d’une passion spontanée pour les genres de vie ou les formes de pensées éloignées de leur tradition. Si, d’autre part, la richesse de l’humanité réside exclusivement dans la multiplicité de ses modes d’existence, si l’honneur d’avoir crée les valeurs esthétiques et spirituelles qui donnent son prix à la vie, ainsi que l’écrit Lévi-Strauss et comme le disent en d’autres termes les grandes professions de foi de l’UNESCO, alors la mutuelle hostilité des cultures est non seulement normale mais indispensable. Elle représente le prix à payer pour que les systèmes de valeurs de chaque famille spirituelle ou de chaque communauté se conservent et trouvent dans leurs propres fonds, les ressources nécessaires à leur renouvellement. » (La défaite de la pensée, A Finkielkraut, 1987)

« Sans doute nous berçons-nous du rêve que l’égalité et la fraternité règneront un jour entre les hommes sans que soit compromise leur diversité. Mais si l’humanité ne se résigne pas à devenir la consommatrice stérile des seules valeurs qu’elle a su créer dans le passé, capable seulement de donner le jour à des ouvrages bâtards, à des inventions grossières et puériles, elle devra réapprendre que toute création véritable implique une certaine surdité à l’appel d’autres valeurs, pouvant aller jusqu’à leur refus sinon même à leur négation. Car on ne peut, à la fois, se fondre dans la jouissance de l’autre, s’identifier à lui, et se maintenir différent. Pleinement réussie, la communication intégrale avec l’autre condamne, à plus ou moins brève échéance, l’originalité de sa et de ma création. » (Claude Lévi-Strauss, Race et culture, 1971)

03.11.2009

des tournesols et des monades

tournesols.jpg« Une nuit, j’allais m’étendre dans un champ de tournesols. C’était réellement une forêt de tournesols, une vraie forêt. Courbés sur leur haute tige velue, leur grand œil noir tout rond, aux longs cils jaunes, voilés par le sommeil, les tournesols dormaient, tête basse. C’était une nuit sereine, le ciel plein d’étoiles brillait de reflets verts et bleus comme le creux d’une immense coquille marine. Je dormis d’un sommeil profond et, à l’aube, je fus réveillé par un crépitement étouffé et sourd. On eut dit le bruissement de gens marchant pieds nus dans l’herbe. Je tendis l’oreille en retenant mon souffle. Du bivouac voisin venaient de faibles éternuements de moteurs, et des voix rauques qui s’appelaient dans le bois, prés du ruisseau. Un chien aboyait au loin. Au bout de l’horizon, le soleil faisait craquer la noire coquille de la nuit, s’élevait, rouge et chaud, sur la plaine brillante de rosée. Ce froissement devenait immense, grandissait de minute en minute ; c’était un crépitement de buissons en flammes, c’était le craquement en sourdine, ’une interminable armée marchant précautionneusement sur des chaumes. Etendu à terre, je retenais mon souffle et regardais les tournesols soulever lentement leurs paupières jaunes, ouvrir petit à petit leurs yeux.

Tout à coup, je m’aperçus que les tournesols levaient la tête et, virant lentement sur leur haute tige, tournaient leur grand œil noir vers le soleil naissant. C’était un mouvement lent, égal, immense. Toute la forêt de tournesols se tournait afin de regarder la jeune gloire du soleil. Et moi aussi, je levais la tête vers l’Orient, en regardant le soleil monter peu à peu parmi les rouges vapeurs de l’aube, sur les nuages de fumée bleue des incendies, dans la plaine lointaine. »

Malaparte, Kaputt, 1946.

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« Que faut-il, d’un point de vue libéral, pour édifier une communauté moderne ? A ne considérer que l’exemple de la Communauté Européenne (mais cela vaudrait évidemment pour toute autre communauté, y compris la communauté nationale) la réponse semble simple. Il faut, d’un côté, un marché commun, c'est-à-dire un espace ou les monades humains puissent échanger librement leurs biens et leurs services, selon les règles d’une concurrence libre et non faussée. Et, de l’autre, un ensemble de règlements juridiques (ou espace de Droit) permettant, pour une part, de protéger cette concurrence, et, pour une autre, de garantir à chaque monade (ou chaque libre association de monades) le droit de vivre selon sa définition privée de la vie bonne. Autrement dit, une société libérale cohérente se définit comme une agrégation pacifique d’individus abstraits qui, dés lors qu’ils en respectent globalement les lois, sont supposés n’avoir rien d’autre en commun (ni langue, ni culture, ni histoire) que leur désir de participer à la Croissance, en tant que producteurs et/ou consommateurs.

Comme, par ailleurs, ces conditions très minimales d’appartenance sont désormais en voie de mondialisation (du fait de ce que Guy Debord appelait la dégradation spectaculaire –mondiale de toute culture) une société libérale développée doit donc logiquement finir par se considérer comme un simple site de passage, n’impliquant aucune allégeance morale particulière de la part de ceux qui ont provisoirement choisi d’y résider, et que chacun doit être libre de quitter pour un autre site, dès lors qu’un calcul quelconque lui en démontre l’avantage. Exemple (dans l’hypothèse où ce calcul serait de type fiscal) : est-il plus intéressant pour moi que je devienne citoyen belge, un citoyen suisse ou un citoyen monégasque ? C’est ce principe d’une liberté intégrale de circuler sur tous les sites de la planète (et celui, complémentaire, d’une régularisation automatique de toutes les installations passagères qui s’ensuivent) dont les partisans de gauche du capitalisme (qui sont, de loin, les plus cohérents) prétendent interdire toute critique philosophique, au prétexte qu’elle ne pourrait conduire qu’à des conclusions « racistes » ou « xénophobes » (on se souvient ainsi du rôle joué par la désormais célèbre figure du « plombier polonais » dans les formes de légitimations dites « anti racistes » du projet libéral de constitution européenne).

On peut découvrir sur le site internet de Bertrand Lemennicier (l’un des quatre membres de la secte libérale du Mont-Pèlerin que Luc Ferry a personnellement imposé, en 2003, au jury d’agrégation des sciences économiques), cette analyse exemplaire de Gérard Bramouillé (lui-même membre de la secte et du jury) : « L’immigré clandestin abaisse les coûts monétaires et non monétaires de la main d’œuvre. Il renforce la compétitivité de l’appareil de production et freine le processus de délocalisation des entreprises qui trouvent sur place ce qu’elles sont incitées à chercher à l’extérieur. Il facilite les adaptations de l’emploi aux variations conjoncturelles et augmente la souplesse du processus productif. »

Il est donc politiquement indispensable de veiller, insiste l’universitaire patronal, à ce qu’on en vienne pas, par xénophobie, à faire de l’immigré clandestin « le bouc émissaire facile d’un problème difficile ». On trouvera dans cette analyse, le fondement idéologique ultime (conscient ou inconscient) de tous les combats actuels de l’extrême gauche libérale (comme ceux, par exemple, du très médiatique « Réseau Education Sans Frontières ») pour légitimer l’abolition de tous les obstacles à l’unification juridique marchande de l’humanité. »

Michéa, L’empire du moindre mal, 2007.

29.10.2009

au diable la civilisation

(...) A travers champs, à travers plaines, Ivan de Smolensk conduit sa bande à l'assaut, à l'assaut des ruines, des fermes et des femmes. Trois cents camarades que je retrouve, et qui se mêlent aux milliers courant les villes et les villages. Trois cents camarades que j'ai vus battre à mort, que j'ai vus râler, que j'ai vus le dos rouge de plaies, que j'ai vus s'évanouir sous la douleur. Trois cents camarades, sans dieux ni maîtres à présent, arqueboutés aux vertèbres d'un pays vaincu avec l'hémorragie de leurs passions et de leurs souvenirs. Ivan, Kostia, Wassili, Michel, Véra, Olga, et ils ont des armes, de belles armes neuves récupérées sur les S.S., de belles armes qui vont tuer, de beaux poignards qui vont trouer et lacérer. Ils m'appellent de loin et je les suis par bonds successifs.

- Franzose..., Franzose..., Franzose...

Bien sûr que j'arrive, Tovaritch ! Ils sont là, hirsutes, avec, encore, la trace récente de leurs épreuves et ils désignent une ferme dans le lointain. Qu'elle est grande, cette ferme ! En avant, en avant, elle se rapproche. La bande a des visages de bêtes fauves à la curée. Personne ne parle. Au diable la civilisation.

La police sera faite par nous. On arrive dans la cour de la ferme. Tout est calme. Un cercle se forme, on entend des revolvers qui s'arment. Un grand rire mélancolique et triste prend naissance. Les dents semblent vouloir retenir la colère. Deux coups à la porte, trois coups à la porte, quatre coups à la porte. Un signe. Kostia incline sa mitraillette, une rafale dans la serrure, une poussée d'épaules, un grand bruit, la porte cède et s'effondre. Des corps culbutent et s'engouffrent pêle-mêle avec des jurons infernaux. La voie est libre et la marée délirante afflue. La bande hésite alors, puis dans un calme spectral monte les escaliers. On distingue l'ondulationdes échines, c'est tout. Arrivés au premier étage, les portes sont fermées. A coups d'épaule, la bande les ouvre.

Dans une pièce se trouve la famille entière. Et parmi la bande, il y en a deux qui ont subi les mauvais traitements du patron : Michel et Fédor. Michel se souvient des lanières de cuir et de sa fille de trois ans, morte dans la baignoire remplie d'eau froide. Fédor n'oublie pas sa main brûlée à une tige de fer chauffée à blanc. Ce sont eux, eux seuls, qui vont procéder à l'exécution. La famille les regarde. Le père, la mère, la fille, la petite fille, l'oncle et la tante. Fédor et Michel ajustent leurs couteaux.

Un geste pour le père : au coeur. Il s'écroule avec un vomissement rouge, et son ventre tressaille et le parquet absorbe la salive écarlate.

Un geste pour la mère : au coeur aussi. Elle ouvre plus grand les yeux, les referme, puis s'abat, les bras cassés par l'agonie. La joue gauche se colle contre une commode. Le bas du rein se désarticule et s'affaisse progressivement.

Un geste pour la fille. Fédor la prend par les seins, le bout du téton disparaît dans ses doigts et Fédor serre, serre... La fille dodeline de la tête, son aisselle se cabre, mais Fédor s'abat sur elle et la possède sur une chaise. Leur étreinte se prolonge jusqu'au moment où la nuque de la fille se désagrège. Kostia arrive, repousse Fédor et prend livraison à son tour du corps qui ne réagit pas. Son rut fini, il referme tranquillement sa braguette d'un air satisfait. Un éclair. Fédor a réagi brutalement. Une tache rouge sur la tête de la femme, un jet de sang et la forme s'affaisse. Il faudrait Goya pour peindre cette scène. Contraste des couleurs et de la violence. Mon front me fait mal, je ne suis qu'un homme et ces visions commencent à me dépasser.

Un geste pour le fils, une croix est faite dans sa poitrine ; je ne sais pas où ces bougres prennent la force de couper les os avec une simple lame d'acier.

Un geste pour l'oncle. L'homme tend presque son visage. C'est en effet un trou ruisselant de cervelle caillée, qui le tue.

Un geste pour la tante. Elle est déjà évanouie. Oh, ça ne fait rien. C'est avec une hache que Kostia la décapite. Il s'acharne sur le cadavre. Au bout d'une minute, il n'existe plus qu'une bouillie informe de viande et de cartilage.

Un geste pour la petite fille : ah non, pas celle-là. Je me précipite. Fédor grogne. D'un coup de poing en pleine figure je l'envoie rebondir contre une chaise et je m'enfuis avec la gosse. Dieu que les escaliers sont longs à descendre... Et la plaine, je cours dans la plaine. La petite pleure. Loin de la ferme, je la prends mieux dans mes bras. Elle est gentille, cette gosse remplie de tâches de rousseur et que je console. Arrêt contre une pierre. Elle colle sa lèvre à ma poitrine. Je caresse ses cheveux, ses jambes et ses petits pieds.

Je suis Français et cette enfant est Allemande. (…)

Jours francs, Jean Bradley, 1948.

28.10.2009

un repas avec Freund

Pour ceux qui n'auraient pas encore lu cette discussion passionante entre Julien Freund et Pierre Bérard, que j'ai déjà évoqué dans ce blog insigne et que l'on trouve également régulièrement sur quelques bons sites -celui du sieur Goux, par exemple, je crois qu'il faut prendre le temps de lire l'ensemble et d'y revenir plus tard tant la pensée qui s'exprime est riche.

Pinot-Noir-3.JPGJulien Freund. - Vous êtes à l'heure, c'est bien !

Visage plein, barré d'un large sourire, Julien Freund se tient sur le pas de sa porte.

- J'ai réservé à l'endroit habituel, poursuit-il.

Il enfile un anorak, ajuste un béret sur une brosse impeccable et se saisit de sa canne. Regard amusé sur la gîte inquiétante de la voiture que je viens de garer cahin caha sur l'accotement boueux qui jouxte le chemin de terre. Nous descendons en direction du bourg de Villé.

J.F. - Comment va votre ami Alain de Benoist ?

Puis, tout de go, sans même attendre la réponse :

- Comme vous, je suis frappé par l'aboulie de l'Europe. Regardez, les élèves alsaciens choisissent de moins en moins l'allemand à l'école ! Plus l'Europe se construit par une sorte d'engrenage et moins les Européens s'intéressent les uns aux autres. Dans tous les pays de la Communauté, l'enseignement des autres langues européennes régresse au bénéfice de l'anglais. Par dévolution, elle hérite des patries sans réussir à se doter de leurs qualités. Elle fonctionne comme une procédure de dépolitisation. Elle ne veut pas s'assigner de limites géographiques. Elle ne veut pas être un territoire. Un territoire, voyez-vous, ce n'est pas un espace neutre, susceptible d'une dilatation à l'infini. Le territoire est à l'opposé de l'espace abstrait, c'est un site conditionné, habité par une culture. La nouvelle frontière utopique de l'Europe, c'est l'impolitique des droits de l'homme. C'est une notion hyperbolique mais vague... on ne meurt pas pour une notion aussi floue. Cet espace là n'a pas de qualité, pas d'épaisseur, pas de densité. Il ne peut pas susciter l'adhésion. Seul le territoire peut nourrir des liens d'affection, d'attachement. Du fait du particularisme qui lui est inhérent, l'identité collective exige des frontières. Elle entre en crise quand toute démarcation s'efface. Etre Européen, c'est être dépositaire d'un patrimoine spécifique et s'en reconnaître comptable. Je croyais ardemment à la construction européenne, mais je suis devenu sceptique dans la mesure où cette Europe là risque bien de n'être qu'un vecteur de la dénationalisation générale, la simple conjugaison de nos impuissances. L'Europe semble vouloir expier son ancienne volonté de puissance. Nous sommes au balcon de l'histoire, et nous faisons étalage de nos bons sentiments. Il suffit de considérer la complaisance avec laquelle nous nous laissons culpabiliser. Comment s'appelle ce monsieur qui a sorti un livre là-dessus ?

Pierre Bérard. - Pascal Bruckner... " Le sanglot de l'homme blanc "

J.F. - L'avez-vous lu ?

P.B. - Bien sûr... mais si il fustige en effet la mauvaise conscience européenne, c'est au nom des valeurs universelles de l'Occident dont se réclament aussi les Père-Fouettards qui charcutent notre passé afin de le maudire. Les uns et les autres raisonnent à partir des mêmes présupposés. Bruckner est le héraut d'un universalisme fier et conquérant qui, dans le sillage du néo-libéralisme entend imposer le magistère moral de l'Occident à l'ensemble de l'oekoumène. Ce qu'il reproche aux larmoyants, c'est de n'instrumenter les mêmes valeurs que pour nous diminuer. Ce que disent en revanche les détracteurs de l'Europe, c'est que jamais nous ne fûmes dignes de notre mission civilisatrice. A ce gémissement, Bruckner rétorque qu'il nous faut être forts dans le seul but de sermonner le monde et de lui apprendre les bonnes manières...

J.F. - C'est aux antipodes de ce qu'écrit Alain de Benoist dans son livre sur le tiers monde.

P.B. - En effet ; lui a d'autres paradigmes. Il se tient plutôt dans le camp de l'anthropologie culturelle. Du côté du relativisme.

J.F. - Il n'a pas tort d'un point de vue ontologique, car il faut se débarrasser des excès de l'ethnocentrisme, surtout quand il entretient l'exorbitante prétention de se prétendre universel. Mais politiquement il fait fausse route.

P.B. - Et pourquoi ça ?

J.F. - Relisez mon Essence du politique. Si le tiers monde nous désigne comme ennemi ; par exemple en tant qu'ancienne puissance coloniale responsable de tous ses échecs ; alors nous ne pouvons pas nous dérober sous peine de capitulation. L'affrontement politique n'est pas suspendu aux choix des valeurs, mon cher ami...

Julien Freund fait mine de se renfrogner, puis il éclate de rire...Il fouille le menu avec gourmandise.

J.F. - Qu'est-ce que nous avions pris la dernière fois ?

P.B. - Un baeckeofe.

J.F. - je propose donc un jambonneau et comme il n'y a pas de rouge d'Ottrott, nous allons nous rabattre sur un pinot noir...Sur cet universalisme fallacieux qui règne depuis la dernière guerre mondiale, Schmitt s'est exprimé dans les années vingt. Il écrit dans sa Notion de Politique que " le concept d'humanité est un instrument idéologique particulièrement utile aux expansions impérialistes " et que " sous sa forme éthique et humanitaire, il est un véhicule spécifique de l'impérialisme économique ". Bien évidemment les Américains traduisent leurs intérêts nationaux en langage internationaliste, exactement comme le font les Soviétiques. Mais vous le savez bien, si j'accepte de comparer ces deux puissances, ce n'est pas pour les confondre. Cependant, si le despotisme communiste venait à disparaître comme pourraient le laisser prévoir tous ces craquements à l'Est, l'Amérique pourrait être tentée par une hégémonie sans retenue.

En réponse à ces immenses défis, je suis frappé par le caractère routinier du débat européen. L'Europe se construit d'une manière fonctionnaliste, par une suite d'enchaînements automatiques. Son fétichisme institutionnel permet de dissimuler notre maladie qui est l'absence d'objectifs affichés. Nous sommes par exemple impuissants à nous situer par rapport au monde. Etrange narcissisme ; on se congratule d'exister, mais on ne sait ni se définir, ni se circonscrire. L'Europe est-elle reliée à un héritage spécifique ou bien se conçoit-elle comme une pure idéalité universelle, un marchepied vers l'Etat mondial ? L'énigme demeure avec un penchant de plus en plus affirmé pour la seconde solution qui équivaudrait à une dissolution. Ce processus se nourrit par ailleurs, c'est transparent chez les Allemands, d'une propension à fuir le passé national et se racheter dans un sujet politique plus digne d'estime, une politie immaculée, sans contact avec les souillures de l'histoire. Cette quête de l'innocence, cet idéalisme pénitentiel qui caractérisent notre époque se renforcent au rythme que lui imposent les progrès de cette mémoire négative toute chargée des fautes du passé national. On veut lustrer une Europe nouvelle par les vertus de l'amnésie. Par le baptême du droit on veut faire un nouveau sujet. Mais ce sujet off-shore n'est ni historique, ni politique. Autant dire qu'il n'est rien d'autre qu'une dangereuse illusion. En soldant son passé, l'Europe s'adosse bien davantage à des négations qu'à des fondations. Conçue sur cette base, l'Europe ne peut avoir ni objectif, ni ambition et surtout elle ne peut plus rallier que des consentements velléitaires. Le nouvel Européen qu'on nous fabrique est une baudruche aux semelles de vent. Les identités fluides, éphémères qu'analyse Michel Maffesoli ne peuvent en aucun cas tenir le rôle des identités héritées. Elles n'agrègent que de manière ponctuelle et transitoire, en fonction de modes passagères. Oui, ce ne sont que des agrégats instables stimulés par le discours publicitaire. L'orgiasme n'est pas une réponse au retrait du politique, car il exclut la présence de l'ennemi. Quand il se manifeste, l'ennemi, lui, ne s'adonne pas au ludisme dionysiaque. Si le politique baisse la garde, il y aura toujours un ennemi pour troubler notre sommeil et déranger nos rêves. Il n'y a qu'un pas de la fête à la défaite. Ces tribus là ne sont pas un défi à l'individualisme, elles en sont l'accomplissement chamarré...

Et puis, c'est une Europe de la sempiternelle discussion ... et toujours sur des bases économiques et juridiques, comme si l'économie et le droit pouvaient être fondateurs. Vous savez l'importance que j'accorde à la décision, or l'Europe est dirigée par une classe discutante qui sacrifie le destin à la procédure dans un interminable bavardage qui ne parvient guère à surmonter de légitimes différents. Ce refus de la décision est lié au mal qui frappe nos élites ; elles ne croient plus à la grandeur de notre continent ; elles sont gâtées jusqu'à la moelle par la culpabilité dont elles transmettent l'agent létal à l'ensemble des Européens. D'où cette dérive moralisatrice qui transforme l'Europe en tribunal, mais en tribunal impuissant.

P.B. - Il n'est pas toujours impuissant à l'égard des autochtones...

J.F. - Ca, c'est une autre affaire... Impuissant, car nous prétendons régir la marche du monde vers l'équité, mais nous refusons d'armer le bras de cette prétendue justice. La culpabilité névrotique inhibe l'action.Le problème, c'est que l'Europe est construite par des libéraux et par des socio-démocrates, c'est à dire par des gens qui croient dans l'économie comme instance déterminante. C'est pourquoi la neutralisation du politique est pour ainsi dire inscrite dans son code génétique. (...) Suite

 

25.10.2009

"c'est le nôtre qui choque"

expo.jpg"Rouvrant Du sens au hasard, je tombe sur cette tirade citée par R.Camus et signée par un certain Jean-Loup Rivière, au sujet, donc, de l'Affaire Camus, et plus précisément des passages censurés de La Campagne de France : "Et dans cette autre phrase restituée, "Je n'oublie pas notre ancien rôle d'amphitryons" [ndr : le rôle d'accueil du peuple français], ne voit-on pas comme est terrible ce "notre" ? Qu'est-ce que c'est que ce sujet collectif ? Qu'est-ce que c'est que cet autre moi-même multiple qui se définirait par une identité perpétuée de siècle en siècle, et au nom de laquelle je parlerais ?"

Et R.Camus de noter par conséquent : "Ainsi, c'est le notre qui choque"."

Je fait écho au dernier post d'Hank.

Bon, je ne connais pas cet intéressant Mr Riviére, mais j'ai l'impression que dans l'assertion: "Ainsi, c'est le notre qui choque", c'est le vieux débat -toujours d'actualité- entre communautariens et liberaux qui pointe. Entre Rawls et Mc Intyre.

Pour les premiers, la venue au monde de tout être reste médiée par une famille, une culture, une communauté qui imprègne en profondeur le sujet, définissant son identité, ses valeurs morales et ses fins (son télos).

Pour les autres, les libéraux, l'homme vient au monde immédiatement, indemne de toute appartenance, comme une cire molle, disposant de droits inaliénables et absolument libre de définir ses attachements, ses valeurs et ses fins, par le biais d'une vie en société, juxtaposition d'atomes pensants recherchants leur meilleur intérêt et défendant leurs droits grâce à la justice.

Le combat du Bon (la "vie bonne" d'Aristote pour qui l'homme reste un animal social et politique), contre le Juste.

Affirmer l'existence d'un "nôtre" revient à légitimer une appartenance communautaire héritée versus une association raisonnée et révocable, contractuelle d'atomes humains libres de toute détermination.

Or pour nos modernes progressistes, cet héritage culturel qui prolonge toute appartenance communautaire, héritée, contrevient directement à l'idéologie de Progrès, d'Individu et de Raison. Sorte de surgissement archaïque au beau milieu d'une vision de société composée d'individus libres, liés, contractuellement, par l'idée de justice et disposant de leurs droits innés dans le sens de la recherche de leur meilleur intérêt qui, comme chacun sait et comme le disait Mandeville détermine l'intérêt général (la fable des abeilles) via le doux commerce et la gentille main invisible du marché (Adeam Smith)...

Loin de moi, pourtant, l’idée de nier l’apport crucial de l’idée d’individu et de raison dans l’histoire de la modernité et dans la possibilité pour les hommes de s’affranchir de tutelles pesantes mais, à l’inverse, cette vision d’un homme venant au monde nu, indemne de toute appartenance, indemne de toute identité, de tout héritage culturel, de tout enracinement communautaire, me parait dérisoire.

Et dangereuse car l’homme s’il n’est plus ni social, ni politique, ni historique, n’est plus qu’un consommateur qui vote et fait valoir ses droits dans une lutte de tous contre tous dans un monde sans repères.

La Raison moderne individualiste contre l’archaïsme communautaire.

Débat plus que jamais d’actualité à un moment où la désintégration des Etats-nations européens sous la pression conjuguée d’une immigration extra européenne massive et d’une mondialisation globalitaire, fait –partout sauf chez nos clercs- renaître l’idée de communauté. Ou comment la modernité Occidentale rationnelle, individualiste et juridique se trouve confrontée, heurtée, par la vision communautariste de populations migrantes nombreuses, nullement au fait des théories liberales…

Mais comment concilier cette vision libérale, légaliste et individualiste de la société, cet universalisme de l'Individu, avec le paradigme sociétal actuel multiculturaliste, soit la juxtaposition de communautés distinctes, voire antagonistes, sur le même territoire ?

En d'autres termes il me semble y avoir contradiction entre cet idéal liberal hérité des Lumières et la recomposition accélérée de nos sociétés selon une logique multiculturaliste, c'est-à-dire communautaire. Doux rêve venant se briser quotidiennement sur les effets dévastateurs d'un multiculturalisme imposé sur les ruines d'un Etat-nation qui n'assimile plus.

En passant.

pendaison

« (…) Une quarantaine de mètres nous séparaient encore de l’échafaud. Je contemplais le dos nu et sombre du prisonnier qui marchait devant moi. Malgré les liens qui le gênaient, il marchait d’un pas soutenu, avec cette allure dansante que donne aux Indiens leur manière de fléchir les genoux. A chaque pas, ses muscles jouaient avec précision, la boucle de cheveux sautillait sur son crâne, ses pieds laissaient leur empreinte sur le gravier humide. A un moment, malgré les deux hommes qui le tenaient par les épaules, il fit un léger pas de côté pour éviter une flaque d’eau.

Jusque là je n’avais jamais bizarrement réalisé tout ce que signifie l’exécution d’un homme conscient et en parfaite santé. Lorsque je vis le prisonnier faire cet écart pour éviter la flaque, je vis le mystère, l’injustice indicible qu’il y a à faucher une vie en pleine sève. Cet homme n’était pas à l’agonie, il était aussi vivant que nous. Tous les organes de son corps fonctionnaient –les intestins digéraient les aliments, la peau se renouvelait, les ongles poussaient, les tissus se formaient- tout continuait à travailler avec une solennelle absurdité. Ses ongles continueraient à pousser lorsqu’il se tiendrait sur l’échafaud, lorsqu’il tomberait dans le vide et qu’il ne lui resterait plus qu’un dixième de seconde à vivre. Ses yeux voyaient le gravier jaune et les murs gris et son cerveau se souvenait, prévoyait et raisonnait toujours –il raisonnait même sur les flaques d’eau. Lui et nous, nous formions un groupe d’hommes qui marchaient ensemble, voyaient, entendaient, sentaient, comprenaient le même monde ; et d’ici deux minutes, d’un coup net, l’un de nous allait disparaître –un esprit de moins, un univers de moins.

L’échafaud était dressé dans une petite cour, séparée de la cour centrale de la prison et envahie par les mauvaises herbes. C’était une construction en brique qui ressemblait à un appenti à trois pans, avec un toit de planches surmonté de deux poutres et d’une traverse d’où pendait une corde. Le bourreau, un condamné aux cheveux gris, vêtu de l’uniforme blanc de la prison, attendait à côté de son outil de travail. Il salua notre entrée d’un accroupissement servile. A un mot de Francis, les deux gardiens, se saisissant plus fermement du prisonnier, le poussèrent vers l’échafaud et l’aidèrent tant bien que mal à gravir l’échelle. Le bourreau monta à son tour et serra la corde autour du cou du prisonnier. (…) »

George Orwell, Une pendaison, 1931.

 

Récit, donc, de la pendaison d’un Indien par la police impériale Britannique dont fit partie Orwell dans sa prime jeunesse.

La question de la peine de mort fait systématiquement resurgir dans mon esprit cette flaque de boue et l’écart que fait cet homme pour ne pas se mouiller les pieds alors qu’il sait qu’il sera mort dans quelques minutes. Et me la rend insupportable, quels que soient les crimes commis par un homme.

saturday night at Jo

24.10.2009

accomodement raisonnable

UK : une marche pour la charia

islam-will-dominate-the-world.jpgLe groupe islamiste radical Islam4UK organise le 31 octobre sa deuxième marche pour défendre l'imposition de la loi islamique à l'ensemble de la société britannique.

Anjem Choudary revient à la charge. Cet islamiste radical britannique, chef de file du groupe Islam4UK, organise le 31 octobre une marche pour « exiger la mise en place totale de la charia », la loi islamique, en Grande-Bretagne, annonce le Daily express. En février,  l'ancien porte-parole du groupe extrêmiste Al-Muhajiroun (d'après qui le terrorisme est une composante de l'islam), avait déjà conduit une manifestation similaire.

« Nous demandons à tous les musulmans du Royaume-Uni (...) de venir nous rejoindre et à déclarer collectivement qu’en tant que soumis à Allah, nous en avons assez de la démocratie, des lois humaines et de la dépravation de la culture britannique », martèle le Islam4UK dans un communiqué publié sur son site internet. Le groupe appelle aussi au « changement complet du système juridique britannique, ses représentants et son parlement ».

La Marche pour la charia, qui n’a pas encore reçu son autorisation finale, devrait débuter à la chambre des communes et pourrait réunir jusqu'à 5000 manifestants. Avant de rejoindre Trafalgar Square, ils devraient faire étape au 10 Downing Street, pour « appeler à la destitution du tyran Gordon Brown »...

En mars 2009, il avait déclaré que le but ultime de son groupe, qui revendique un millier de membres, était de voir « le drapeau d'Allah flotter au dessus de Downing street » et l'avènement en Grande-Bretagne d'un Etat islamique régi par la charia. Ce qui signifie concrètement : pour avoir été pris en état d'ivresse, 40 coups de fouet en public, la lapidation à mort en cas d'adultère, et la burqa ou le niqab pour toutes les femmes musulmanes ou non, avait-il détaillé dans le Sun.

Ce groupe reste cependant très marginal : selon un porte-parole de la Société Islamique de Grande-Bretagne cité par le Daily express « 99,99 % des musulmans méprisent ces personnes. Cela ne sert qu’à alimenter les tensions raciales. »

Le débat sur la place de la charia n'est pas neuf en Grande-Bretagne. Sans commune mesure avec les positions d'Anjem Choidary... Mais en 2008, à la suite de l'archevêque de Cantorbéry, le président de la Haute Cour d'Angleterre et du pays de Galles, et le ministre de la Justice estimaient envisageables que des tribunaux puissent valider les arbitrages rendus au sein d'une communauté musulmane en matière d'affaires familiales.

En Angleterre, en Irlande du Nord et au pays de Galles, des « conseils » de la charia (tribunaux religieux) s'appliquent à régler des litiges relevant du droit civil. Créé en 2007, le Tribunal d'arbitrage musulman (MAT) peut même, selon une disposition du système juridique, faire valoir la légalité de ses jugements. Il ne s'agit pas d'« imposer à tous la charia », assure le MAT, mais de permettre « la co-existence de la loi anglaise et de la loi religieuse personnelle ». De son côté, toutefois, le Conseil des musulmans de Grande-Bretagne avait exprimé sa crainte d'un système judiciaire à deux niveaux. Source

Ne cherchez pas dans vos journaux, personne n'en parlera.

23.10.2009

du calme

et trois boulettes avec!

chez le coiffeur

passivité et racisme ordinaires

6fev-341.jpg(…) Pendant ce temps, Wall Street tutoie les sommets. Je suis étonné de voir à quel point la population reste passive face à ce scandale qui perdure.

Au moment même où des dizaines de millions de travailleurs Américains se battent pour garder leur emploi et conserver un toit sur la tête de leurs familles, les petits malins de Wall Street se lèchent les babines avec un nouveau festin obscène de plusieurs milliards de dollars de bonus – cette fois-ci grâce aux milliards du plan de sauvetage fournis par l’Oncle Sam, en contrepartie de bien peu de contraintes.(…)

Bob Herbert, NY Times

Il se pourrait -en tous cas je l'espère- que les peuples découvrent la joie de se révolter et de défaire quelques rentes établies. Sans forcément succomber au "charme universel de la révolution d'Octobre" comme disait le regretté François Furet.

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4027649166_26e7790216_o.pngC'est bien, même Pédagogie magazine découvre le racisme anti blanc de ce nouveau lumpen prolétariat multi ethnique cher à nos élites éprises de compassion et de mixité sociale mais à l'abri dans leurs ghettos leucodermes. C'est tout le problème du réel, il est têtu!

source

22.10.2009

aliénation

« Ce n’est que de nos jours, qu’il est possible de commencer à mesurer exactement les effets politiquement catastrophiques de la croyance au caractère conservateur de l’ordre économique et libéral. C’est ce postulat insensé qui, depuis trente ans n’a cessé de conduire mécaniquement la plupart des militants de gauche, à tenir l’adoption à priori de n’importe quelle posture modernisatrice ou provocatrice –que ce soit sur un plan technologique, moral ou autre- pour un geste qui serait toujours, et par définition, « révolutionnaire », et « anticapitaliste » ; terrible confusion qui, il est vrai, a toujours eu l’incomparable avantage psychologique d’autoriser ceux qui s’y soumettaient, à vivre leur propre obéissance à l’ordre industriel et marchand comme une modalité exemplaire de la « rebel attitude. »

(C Michéa, préface à Culture de masse ou culture populaire de C Lasch. Climats)

des faux culs cosmopolites

Adriana Lima_02_jpg.jpg"Lundi, le quotidien populaire Bild avait cité des experts accusant le gouvernement d’ «offrir une médecine de seconde classe à ses citoyens ». Les experts ont révélé que le gouvernement a choisit de vacciner la chancelière et ses ministres ainsi que les principaux responsables gouvernementaux avec du Celvapan, le même sérum que celui commandé par l’armée allemande au laboratoire Baxter.

Celui-ci ne contient pas d’adjuvants et entraînerait donc des effets secondaires moins importants que le Pandemrix, le « vaccin des masses » dont 50 millions de doses ont été livrées aux Länder allemands lundi.

Ces révélations ont scandalisé l’opinion allemande. Redoutant les maux de tête et les poussées de fièvre associées au vaccin Pandemrix, seulement 12% des Allemands ont l’intention de se faire vacciner contre la grippe H1N1. Bénéficiant d’une injection sans risques, ministres et responsables gouvernementaux ont beau jeu d’appeler leur concitoyen à la « responsabilité » en acceptant de se faire vacciner.

« Le fait que des politiciens et les principaux fonctionnaires des ministères soient vaccinés avec un autre vaccin que le peuple envoi un signal terrible. De nos jours, les politiciens doivent accepter de prendre ce qu’ils recommandent aux autres », estime Martin Exner, directeur de l’institut d’hygiène et de santé publique de l’université de Bonn. Le porte parole du gouvernement, Ulrich Wilhelm, affirme qu’il n’existe pas « de vaccin réservé au gouvernement ». Il sera désormais difficile de convaincre les nombreux Allemands, persuadés du contraire, d’aller se faire vacciner." Source

(Adrina n'est pas faux cul et ne menace en rien l'ordre social. je sais c'est difficile de lire le texte avec pareille photo en regard. that's life!)

« Il fut un temps où ce qui était supposé menacer l'ordre social et les traditions civilisatrices de la culture occidentale, c'était la révolte des masses. De nos jours, cependant, il semble bien que la principale menace provienne non des masses, mais de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie. Dans une mesure inquiétante, les classes privilégiées -les 20% les plus riches de la population, pour prendre une définition large- ont su se rendre indépendantes non seulement des grandes villes industrielles en pleine déconfiture mais des services publics en général. Elles envoient leurs enfants dans des écoles privées, elles s'assurent contre les problèmes de santé en adhérant à des plans financés par les entreprises où elles travaillent et elles embauchent des vigiles privés pour se protéger contre la violence croissante qui s'en prend à elles. Elles se sont effectivement sorties de la vie commune. Les mêmes tendances sont à l'oeuvre dans le monde entier. En europe, les référendums qui se sont tenus sur la question de l'unification ont révélé une faille profonde et qui va en s'élargissant entre le monde politique et les membres plus humbles de la société qui redoutent que l'UE ne soit dominée par des bureaucrates et des techniciens dépourvus de tout sentiment d'identité ou d'appartenance nationale. Une Europe gouvernée de Bruxelles sera de leur point de vue de moins en moins sensible au contrôle des peuples. Le langage international de l'argent parlera plus fort que les dialectes locaux.

Ce sont ces peurs qui sont sous-jacentes à la résurgence des particularités ethniques en Europe, tandis que le déclin de l'Etat-nation affaiblit la seule autorité capable de maintenir le couvercle sur les rivalités ethniques. Par réaction, la renaissance du tribalisme renforce le cosmopolitisme chez les élites. » (Cristopher Lasch, La révolte des élites, 1996)

21.10.2009

épargnez-moi vos analyses politiques, Dolores

journaliste mon amour

 

bisounours.jpgUn cambrioleur étranglé par sa victime

AFP
20/10/2009 | Mise à jour : 19:44 | Commentaires 295 | Ajouter à ma sélection

Un homme de 26 ans qui s'était introduit dans une maison de Juvignac, dans l'Hérault, près de Montpellier lundi soir pour la cambrioler et menaçait de brûler ses occupants, a été étranglé par le père de famille.

Les faits se sont produits vers 23 heures dans un quartier résidentiel. Le cambrioleur, déjà condamné pour violences, a pénétré dans la maison cagoulé, ganté et armé d'un pistolet de calibre 9 mm.

Il a menacé le père de famille occupant les lieux, ainsi que sa femme et leur fils de 13 ans, en les faisant coucher par terre et en les aspergeant d'essence pour leur soutirer de l'argent, selon la même source. Alors que le malfaiteur frappait la mère qui avait tenté de se lever, le père a réussi à le désarmer avant de l'étrangler en lui faisant une clef de bras.

La mère, qui avait pris la fuite avec son fils, a prévenu les gendarmes.

Le père, placé en garde à vue, doit être présenté au parquet qui a ouvert une information judiciaire pour homicide volontaire, destinée à vérifier l'état de légitime défense, sans requérir de mandat de dépôt.

Ho, ho, ho ! excellent, vraiment! merci les gars.

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Le spectacle ordinaire à destination des brebis sécuritaires de "droite" et des moutons progressistes de "gôche"…que du bonheur !

20.10.2009

Lao gaï et peoples

« Ji ho !

C’était le cri qui nous ordonnait de nous rassembler –et il n’y aurait pas d’exception, nous dirent les gardiens. Nous sortîmes dans la cour en débandade, et nous rangeâmes en ordre par sections. Je me trouvais dans la première rangée à côté de Yeh. Nous sortîmes nos sacs de tabac, roulâmes nos cigarettes et attendîmes. De la vapeur montait de la terre humide, tandis que le soleil la frappait de ses rayons. Alors, j’entendis un bruit de chaînes, derrière nous.

Le premier à arriver devant nous fut Wang, notre gardien manchot, et il fut rapidement suivi par le chef de brigade chargé de la production, un homme du nom de Yen puis une douzaine de gardes, et finalement un personnage inconnu vêtu d’un uniforme Mao bleu et tenant une serviette noire. Au milieu d’eux tous, se tenait le coiffeur, enchaîné dans des fers. Une corde autour de son cou, fermement attachée à sa ceinture, lui maintenait la tête baissée. Ses mains étaient liées derrière son dos. Les gardes le poussèrent directement au bord de la scène, juste devant nous. Il resta là, debout en silence, pareil à un pénitent ligoté, tandis que de la vapeur montait en petites traînées à ses pieds. Yen avait préparé un discours.

« J’ai quelque chose d’horrible à vous dire. Je ne suis pas heureux de le faire et je n’ai vraiment pas à en être fier. C’est mon devoir et ça devrait vous servir de leçon. Cet œuf pourri que vous voyez là devant vous, a été emprisonné à la suite d’une affaire de mœurs : il avait eu des relations sexuelles avec un garçon. Pour ce délit il n’a été condamné qu’à sept ans. Plus tard, alors qu’il travaillait à l’usine de papier, sa conduite a été constamment mauvaise et il a volé à plusieurs reprises. Sa peine fut doublée. Maintenant nous avons établi que, pendant son séjour ici, il a séduit un jeune prisonnier de dix-neuf ans –un prisonnier mentalement retardé. Si cela se produisait dans le cadre de la société, il serait sévèrement puni. Mais en commettant son acte ici [camp de rééducation par le travail –Lao gaï] il a non seulement péché moralement, mais il a aussi Sali la réputation de la prison et la grande politique de la Réforme par le Travail. C’est pourquoi, étant donné ses crimes répétés, le représentant du tribunal populaire suprême va maintenant vous lire la sentence. »

laogai.jpgL’homme en uniforme bleu s’avança et lu le sombre document, une récapitulation des délits qui se terminait par la décision du tribunal populaire suprême : la port, avec exécution immédiate de la sentence.

Tout se produisit de façon si soudaine que je n’eus même pas le temps d’être choqué ni effrayé. Avant même que l’homme en uniforme bleu n’eut fini de prononcer le dernier mot, le coiffeur était mort. Le garde qui se tenait derrière lui sortit un énorme pistolet et lui fit sauter la cervelle. Une pluie de sang et de matières cérébrales vola dans l’air et s’abattit sur ceux d’entre nous qui étaient aux premiers rangs. Je détournai les yeux de la silhouette hideuse agitée de soubresauts par terre, et vomis. Yen réapparut et parla de nouveau :

« Que ceci vous serve d’avertissement. J’ai été autorisé à vous dire que, désormais, l’on ne témoignera plus d’aucune indulgence dans ce camp. A partir d’aujourd’hui, tous les délits d’ordre moral seront punis de la même façon. Maintenant, retournez à vos cellules et discutez de ce qui vient de se passer. »

Il baissa les yeux sur moi et les autres qui avaient été éclaboussés par les matières cérébrales et le sang.

« Vous, là devant, allez vous laver, et puis retournez à vos cellules pour les séances d’étude. »

Yen avait peut-être délibérément exagéré quand il avait menacé tous les autres délits de ce genre d’une exécution immédiate, mais je suis certain que personne n’était tenté de mettre ses paroles à l’épreuve. En Chine, on ne traite pas à la légère les délits d’ordre moral. Dans les pays socialistes en général, mais encore plus en Chine, les déviations par rapport à la norme ne sont pas appréciées ni considérées comme tolérables.

Le raisonnement est simple: ceux qui ne se conduisent pas comme des êtres humains normaux doivent être punis, pour la purification de la société. Après la révolution, de nombreux chanteurs d’Opéra masculins furent poursuivis parce qu’ils incarnaient des femmes. La sodomie et le viol peuvent être punis de mort. Les femmes sont condamnées à cinq ans pour rapports sexuels pré conjugaux ou extra conjugaux. Un homme marié qui séduit une femme mariée écope de dix ans. Un homme marié qui séduit une femme non mariée recevra une sentence indéterminée mais lourde, et sa partenaire, une sentence légère. Le lesbianisme a toujours été rare en Chine mais l’homosexualité, autrefois très répandue, n’est plus tolérée désormais. J’ai lu des articles sur des hommes qui se faisaient violer dans des prisons Occidentales. En Chine, le coupable serait fusillé sur le champ. »

Jean Pasqualini, Prisonnier de Mao, 1973 NRF.

Relu récemment ce témoignage unique sur les camps Chinois qui ne figurèrent jamais sur l’itinéraire des visites officielles des Occidentaux Maolâtres, genre Sollers, Sartre ou Godard (qui, finalement auraient sans doute du être fusillés à Montrouge, eux aussi, pour intelligence avec l'ennemi et apologie du totalitarisme rouge), et que nombre de sinologues occidentaux –hormis Simon Leys- choisirent d’ignorer (pas désespérer Billancourt…). Jean Pasqualini, fils d’un père Corse et d’une mère Chinoise, a passé sept ans dans cet archipel de camps de « rééducation par le travail ». Il fut libéré grâce à la reconnaissance de la Chine communiste par la France en 1964 et reste le seul occidental à en être sorti vivant. A lire.

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« (…) Prestigieux annuaire biographique des "personnes agissantes" créé en 1953, le "Who's Who 2010", disponible mercredi, compte 1.084 nouvelles personnalités, sur près de 22.000 noms au total, recensant celles et ceux qui comptent en France dans toutes les sphères professionnelles.

Sollicitée pour l'édition 2010, Carla Bruni-Sarkozy n'a pas donné suite. « On lui a écrit mais silence radio », regrette Antoine Hébrard. »

"des personnes agissantes..." Sans déconner, mis à part quelques milliers de crétins endogames se bousculant chaque année pour en faire partie, tels des lemmings au bord de la falaise et dont les émois dérisoires sont relayés servilement par quelques bancs de harengs journalistiques, pour QUI ce type d’information peut-il avoir le MOINDRE intérêt ? Consternant. Va falloir resortir les piques.