01/09/2014

sahib, sahib!

peguy,michéa,orwell,les silences du colonel bramble

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

« On oublie trop que le monde moderne, sous une autre face, est le monde bourgeois, le monde capitaliste. C’est même un spectacle amusant que de voir comment nos socialistes antichrétiens, particulièrement anticatholiques, insoucieux de la contradiction, encensent le même monde sous le nom de moderne et le flétrissent, le même, sous le nom de bourgeois et de capitaliste. »

Péguy, Textes choisis, Gallimard, 1973, p.50.

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« C’est cette nécessité de protéger la civilité et le langage traditionnels contre les effets de la domination de classe, qui est, vraisemblablement, à l’origine du besoin si souvent ressenti par Orwell de réhabiliter une certaine quantité de conservatisme. Aucune société décente, en effet, ne peut advenir ni même être imaginée, si nous persistons, dans la tradition apocalyptique ouverte par Saint Jean et Saint Augustin, à célébrer l’avènement de l’homme nouveau et à prêcher la nécessité permanente de faire du passé table rase. En réalité, on ne peut espérer changer la vie si nous n’acceptons pas de prendre les appuis appropriés sur un vaste héritage anthropologique, moral et linguistique, dont l’oubli et le refus ont toujours conduit les intellectuels révolutionnaires à édifier les systèmes politiques les plus pervers et les plus étouffants qui soient. C’est une autre manière de dire qu’aucune société digne des possibilités modernes de l’espèce humaine n’a la moindre chance de voir le jour si le mouvement radical demeure incapable d’assumer clairement un certain nombre d’exigences conservatrices. Telle est, de ce point de vue, la dernière et la plus fondamentale leçon de 1984 : le sens du passé, qui inclut forcément une certaine aptitude à la nostalgie, est une condition absolument décisive de toute entreprise révolutionnaire qui se propose d’être autre chose qu’une variante supplémentaire des erreurs et des crimes déjà commis.

« - A quoi devons nous boire cette fois [demanda O’Brien] ? A la confusion de la police de la pensée ? A la mort de Big Brother ? A l’humanité ? A l’avenir ?

- Au passé, répondit Winston.

- Le passé est plus important, consentit O’Brien gravement. » »

Orwell anarchist tory, JC Michéa, Climats, p 134.

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“Si quelqu’un laisse tomber une bombe sur votre mère, laissez tomber deux bombes sur la sienne. Il n’y a pas d’autre alternative : ou bien vous pulvérisez des maisons d’habitation, vous faites sauter les tripes des gens, vous brûlez des enfants – ou bien vous vous laissez réduire en esclavage par un adversaire qui est encore plus disposé que vous à commettre ce genre de choses. Jusqu’à présent, personne n’a encore suggéré de solution concrète pour échapper à ce dilemme. »

George Orwell, Œuvres complètes I, p 296.

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« Ecoutez maintenant une histoire vraie : c’est aux Indes que j’ai tué pour la première fois une femme…Oui oui, une femme…J’étais parti pour chasser le tigre quand en traversant la nuit un village perdu dans la jungle, un vieil indigène m’arrête :

- Sahib, sahib, un ours !

Et il me fait voir dans l’arbre une masse noire qui bougeait. J’épaule vivement, je tire, la masse s’abat dans un bruit de branches cassées, et je trouve une vieille femme que j’avais démolie pendant qu’elle cueillait des fruits. Un autre vieux moricaud, le mari, m’accable d’injures ; on va chercher le policeman indigène. Je dus indemniser la famille : cela me coûta des sommes folles, au moins deux livres.

L’histoire fut vite connue à vingt milles à la ronde. Et pendant plusieurs semaines, je ne pus traverser un village sans que deux ou trois vieux se précipitent :

- Sahib, sahib, un ours dans l’arbre !

Je n’ai pas besoin de vous dire qu’ils venaient d’y faire monter leurs femmes. »

Les silences du colonel Bramble, André Maurois.

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« De nombreux militants de gauche s’insurgent encore contre la famille autoritaire, le moralisme anti sexuel, la censure littéraire, la morale du travail et autres piliers de l’ordre bourgeois, alors que ceux-ci ont déjà été sapés ou détruits par le capitalisme avancé. Ces radicaux ne voient pas que la personnalité autoritaire n’est plus le prototype de l’homme économique. Ce dernier a lui-même cédé la place à l’homme psychologique de notre temps -dernier avatar de l’individualisme bourgeois. »

(C. Lasch, La culture du narcissisme, éd climats, 2000, p 24)


podcast


mais qu'est-ce que c'est que cet établissement?

14/08/2014

des guerres du gaz?

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"Extension de la guerre du gaz au Levant

Après trois ans de guerre contre la Syrie, les « Occidentaux » ont délibérément étendu leur offensive à l’Irak, puis à la Palestine. Derrière les apparentes contradictions politiques entre partis religieux et laïques, de solides intérêts économiques expliquent cette stratégie. Au Levant, de nombreux groupes ont changé plusieurs fois de camp, mais les gisements de gaz sont immuables.

Toute guerre étant entreprise par une coalition, il est naturel qu’elle ait des objectifs multiples, de manière à satisfaire les intérêts propres de chaque membre de la coalition. De ce point de vue, les combats qui font actuellement rage en Palestine, en Syrie et en Irak ont en commun d’être menés par un bloc formé par les États-Unis contre des peuples qui leur résistent, de poursuivre le plan de remodelage du « Proche-Orient élargi » (Greater Middle East), et de modifier le marché mondial de l’énergie.

À propos de ce dernier point, deux choses peuvent changer : le tracé des pipe-lines et l’exploitation de nouveaux gisements [1]. Depuis le début de la guerre contre la Syrie, l’Otan tente de couper la ligne Téhéran-Damas (NIORDC, INPC) au profit de couloirs de circulation permettant d’acheminer sur la côte syrienne à la fois le gaz qatari (Exxon-Mobil) et celui d’Arabie saoudite (Aramco) [2].

Un pas décisif a été accompli avec l’offensive en Irak de l’Émirat islamique qui a scindé le pays longitudinalement et séparé d’une part l’Iran et de l’autre part la Syrie, le Liban et la Palestine [3]. Cet objectif visible détermine qui vendra son gaz en Europe et, en conséquence du volume d’approvisionnement, à quel prix il pourra le vendre. Il suffit à expliquer que les trois principaux exportateurs de gaz (la Russie, le Qatar, et l’Iran) soient impliqués dans cette guerre.

L’Otan a ajouté un second objectif : le contrôle des réserves de gaz du Levant, puis leur exploitation. Si tout le monde sait depuis des décennies que le Sud de la Méditerranée contient de vastes champs gaziers dans les eaux territoriales de l’Égypte, d’Israël, de la Palestine, du Liban, de la Syrie, de la Turquie et de Chypre, seuls des « Occidentaux » savaient depuis 2003 comment ces champs étaient répartis et comment ils se prolongeaient sous le continent.

Ainsi que l’a révélé le professeur Imad Fawzi Shueibi [4], à l’époque, une société norvégienne, Ansis, a mené légalement en Syrie un arpentage du pays, en coopération avec la société nationale des pétroles. Ansis a également travaillé avec une autre société norvégienne, Sagex. Toutes deux ont corrompu un responsable des services secrets, ont secrètement procédé à des recherches en trois dimensions et ont découvert l’incroyable étendue des réserves syriennes. Celles-ci sont plus importantes que celles du Qatar.

Par la suite, Ansis a été racheté par Veritas SSGT, une société franco-états-unienne basée à Londres. Les données ont immédiatement été révélées aux gouvernements français, états-unien, britannique et israélien, qui ont bientôt conclu leur alliance pour détruire la Syrie et voler son gaz.

Après que les États-Unis ont confié, en 2010, à la France et au Royaume-Uni le soin de recoloniser la Syrie, ceux-ci ont formé une coalition sous le nom des « Amis de la Syrie ». Elle convoqua un « Groupe de travail sur la reconstruction économique et le développement » qui se réunit en mai 2012 aux Émirats arabes unis, sous présidence allemande [5]. Une soixantaine de pays se partagèrent alors le gâteau qu’ils n’avaient pas encore conquis. Bien sûr, la plupart des participants ignoraient les découvertes d’Ansis et de la Sagex. Le Conseil national syrien était représenté dans ce groupe de travail par Ossama al-Kadi, ancien responsable à British Gas de l’application des stratégies militaires au marché de l’énergie.

Ce n’est qu’à l’été 2013 que le gouvernement syrien fut informé des découvertes d’Ansis et de la Sogex, comprenant ainsi comment Washington avait réussi à composer la coalition qui tentait de détruire le pays. Depuis, le président Bachar el-Assad a signé des contrats avec des entreprises russes pour leur exploitation future. (...)" suite/Thierry Meyssan/Réseau Voltaire

13/08/2014

darkness

« Considère, par exemple, les temps de Vespasien, tu y verras tout ceci : des gens qui se marient, élèvent des enfants, deviennent malades, meurent, font la guerre, célèbrent des fêtes, trafiquent, cultivent la terre, flattent se montrent arrogants, soupçonneux, conspirent, souhaitent que certains meurent, murmurent contre le présent, aiment thésaurisent, briguent les consulats, les souverains pouvoirs. Eh bien ! Toute la société de ces gens-là n'est plus !

Passe maintenant aux temps de Trajan : ce sont les mêmes occupations, et disparue aussi est cette société. Passe en outre en revue et semblablement les autres documents des temps et des nations entières, et vois combien d'hommes, après avoir tendu toutes leurs forces, sont tombés bien vite et se sont dissous dans les éléments. Surtout rappelle-toi ceux que tu as connus toi-même et qui, se tiraillant pour rien, négligeaient d'agir conformément à leur propre constitution, de s'y tenir et de s'en contenter.

Mais il est nécessaire de se souvenir ici que le soin dont il faut entourer chaque action, doit avoir sa propre estimation et sa proportion. Car de cette façon, tu ne te décourageras point si tu n'as pas consacré aux choses inférieures plus de temps qu'il ne convenait. »

(Marc-Aurèle, Pensées pour moi-même)

Voila, le sens de la mesure. Se savoir fini et mortel. Discriminer les choses importantes des autres, inférieures.

La mesure. Ça me fait penser à Camus. Le philosophe de la révolte était aussi celui de la mesure, cette sagesse inadmissible dans une époque éprise de radicalité et d'oukases Sartriens.

Mesure ne veut pas dire tiédeur :

« En ce moment, on lance des bombes dans le tramway d'Alger. Ma mère peut se trouver dans un de ces tramways. Si c'est cela, la justice, je préfère ma mère. »

dit Camus à Stockholm. Comment dénier toute légitimité aux attentats aveugles, fussent-ils l'émanation d'une juste cause et soutenus par toute une intelligentsia progressiste germanopratine forcément émétique...

Il y a sept ans, une de mes vielles patientes mourante m'a offert ces Pensées pour moi-même de Marc-Aurèle, alors son livre de chevet que j'avais remarqué. Elle m'a offert autre chose : l'aveu d'une vie inavouable, d'un deuxième amour, d'un homme avec lequel elle avait vécu une autre vie, parallèle, sans mesure pourrait-on dire. Et pourtant, elle ne quitta pas son mari, ses enfants, que je rencontrais tous les jours auprès d'elle. Pourquoi m'avait-elle confié pareil secret ? Je crois qu'elle avait besoin de se confier, avant de mourir, et y avait que moi:D. Quelques mois plus tard, son mari, qui n'avait plus que quelques jours à vivre, m'écrivit une petite lettre émouvante au possible, alors que je venais de perdre un gamin. Quelques mots tremblés, ceux d'un vieillard qui se savait mourant mais qui tenait à m'assurer de son affliction. J'ai reçu sa lettre deux jours après sa mort. Elle m'émut jusqu'au sang et j'y repense la gorge serrée. Ça n'était pas des choses inférieures, je le savais même si toute mesure m'échappait à l'époque.

Un dimanche soir, quoi.

 

I see a red door and I want it painted black,
no colours anymore I want them ot turn black.
I see the girls walk by dressed in their summer clothes,
I have to turn my head until my darkness goes...

10/08/2014

Levi-Strauss et les barbares

levi-strauss,barbares

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

"L'avènement de la barbarie n'amène pas la fin d'une civilisation. Ce que vous désignez sous le terme de barbarie, du point de vue d'une civilisation, est civilisation. C'est toujours l'autre qui est barbare."

Il n'y aurait donc pas de barbarie en soi? La distinction entre barbarie et civilisation ne serait donc que conventionnelle? Le journaliste conduisant l'interview a du mal à cacher son étonnement et fait remarquer à Levi-Strauss: "Ici, il s'agit de l'hitlérisme..."

Levi-Strauss répond alors: "Ils (les Hitlériens) se considéraient comme la civilisation. Imaginez qu'ils aient gagné. Il en aurait résulté un ordre que nous appellons barbare et qui, pour eux, aurait été une grande civilisation. (...) Même si les Juifs avaient été éliminé de la surface de la terre -je me place dans l'hypothèse du triomphe de l'Hitlérisme-, est-ce que ça compte au regard des centaines de millénaires ou des millions d'années? (...) Si l'on regarde cette période avec la curiosité d'un ethnologue, il n'y a pas d'autre attitude que de se dire; "une catastrophe s'est abattue sur une fraction de l'humanité dont je fait partie.""

Cité par Jean Brun, Les promesses du temps, Stock 1990, p346.

photo: forme(s) de civilisation contemporaine


podcast

09/08/2014

anatomie du chaos n+1: ne pas importer le conflit

 

"François Hollande, s’exprimait dimanche lors d’une remise de décorations aux chasseurs de nazis Beate et Serge Klarsfeld à l’Elysée. Le chef de l’Etat a martelé qu'il ne fallait pas importer le conflit au Proche-Orient dans l'Hexagone." source

"Valls ne laissera pas « le conflit israélo-palestinien s'importer en France »" source

"Depuis 21 jours, Israël est engagé dans une guerre contre les terroristes du Hamas. Parce que nous affirmons le droit d'Israël à se défendre contre les attaques aveugles qui visent sa population, Parce que le Hamas est un mouvement terroriste qui prend en otage la population palestinienne, Parce que nos pensées vont à toutes les victimes civiles, Parce que nul gouvernement ne peut accepter que ses enfants grandissent sous la menace de missiles et d'attaques terroristes, Parce que l'Etat d'Israël se bat pour les démocrates du monde entier, Parce que ce qui menace Israël menace la France, Le CRIF, avec le Consistoire, le FSJU, l’UEJF, le B’nai Brith, L’UPJF, toutes les associations juives de France, et les Amis d’Israël, appellent à un rassemblement unitaire des amis d'Israël" source

etc., etc. Sans commentaire.

 

07/08/2014

les siècles importent peu

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« Alexandre est sans doute le premier homme d'état a avoir pensé planétairement…Il n’aura pas pour autant réussi à helléniser la vallée du Nil, qui restera copte, la Syrie et la Mésopotamie, qui resteront araméennes, l’Iran, qui restera iranien. Ne nous laissons pas prendre à la parade hellénisante que joueront sur leurs monnaies les dynastes anatoliens ou parthes. De siècle en siècle, nous verrons ce vernis d’hellénisme s’effriter et le fond indigène paraître à nu. Loin de nous de méconnaître les résultats de la conquête macédonienne. Elle a changé la face du monde. Mais parce qu’elle correspond à la première colonisation tentée par un grand empire, elle nous rappelle que toute colonisation, à la longue, épuise son potentiel et que, tôt ou tard,  (les siècles pour le philosophe importent peu), le pays colonisé, après avoir bénéficié largement de l’effort du colonisateur,  se trouve lui-même avec son âme inchangée. »

René Grousset, Figures de proue, 1949.

(Rediff)

31/07/2014

derniers jours à festiland

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"Dans cet état d'esprit, nous causâmes de bassinoires, sortes de larges poêles en cuivre rouge, destinées à recevoir de la braise. Elles sont munies de couvercles perforés qui sont découpés d'après des modèles riches et variés. On s'en sert pour chauffer les lits avant d'aller se coucher et on les tient par de longs manches en bois ; mais l'usage s'en perd parce qu'il suppose des domestiques. Notre hôtesse vantait ces espèces de poêle et nous engageâmes une discussion quelque peu rabelaisienne sur les avantages de différentes sortes de chauffe-lits. Finalement, la palme revint "à l'esclave tcherkesse de seize ans"."

Ernst Jünger, Jardins et routes, 1939-1940, 4 juillet 1940.

"Des filles russes, kazakhes, tatares, capables de jeuner pendant dix jours pour économiser de quoi acquérir un nouveau maquillage. Dans les territoires de feu l'Union, c'est sur l'anorexie des donzelles que l'Oréal a prospéré. Elles marchent en tirant des mines de matons. Quand les filles slavisées font la gueule, cela ne signifie pas qu'elles sont fâchées mais qu'elles sont jolies."

Sylvain Tesson, Sibérie ma chérie, 2012.

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Bon, je m'en vais quelques semaines dans mes alpages, loin des esclaves tcherkesses, quoique. Le froid, le silence et le calme, rien de mieux quand on vit à Festiland toute l'année!

27/07/2014

nécessité

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"On peut poser le problème autrement encore, dit l'Ethnologue. Je m'inspire ici d'une remarque de Georges Corm (Le nouveau gouvernement du monde). Compare ce qu'ils gagnent avec ce que gagnent les gens exécutants, comme le dit cet auteur, "les tâches les plus essentielles à la survie des sociétés (ainsi le personnel infirmier, le personnel enseignant, les médecins généralistes ou les services d'aide à domicile ou même, dans un autre registre, le balayage des rues, les travaux manuels et pénibles du batiment, les travaux de saisie informatique, etc.)". Compare et ensuite dis-moi ce que tu penses d'un régime qui tolère de tels écarts, et non seulement les tolère mais les laisse se creuser toujours davantage, comme c'est aujourd’hui le cas. D'un tel régime et de son échelle de valeurs. A ton avis?"

(Eric Werner, Compare, 23/01/2012, Le début de la fin, Xénia)

L'Ethnologue de Werner a évidemment raison.

Et 90, mettons 99 % des gens de cette planète, pensent comme lui.

Tout le problème, comparaison faite, réside dans le fait que les idées sans le pouvoir, sans la force, ne sont rien.

Un rapport de force.

Mais rien de neuf:

"L'examen de ce qui est juste, on l'accomplit seulement quand il y a nécessité égale de part et d'autre. Là où il y a un fort et un faible, le possible est excuté par le premier et accepté par le second. [...] Toujours, par une nécessité de la nature, chacun commande partout où il en a le pouvoir."

(Thucydide, La guerre du Péloponnèse, cité par Simone Weil, L'Iliade ou le poème de la force- merci hélène:))

26/07/2014

Drac

19/07/2014

live..

source saker

16/07/2014

Russie

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" (...) Les rues sont en outre envahies de vendeurs plus ou moins autorisés de nourriture à emporter : hot-dogs, hamburgers, glaces (même et surtout en hiver par -30°C), Kvas (sorte de soda à base de pain noir fermenté, excellent), "pirojki" (gâteaux fourrés au chou, à la viande, aux pommes), lait... On y trouve également des fleuristes (les fleurs viennent de Hollande et tiennent 24 heures si l'on s'en donne la peine), des marchands de souvenirs, etc. La nourriture peut parfois sembler suspecte, mais globalement on parvient à se nourrir à très bon marché sans risquer la salmonellose à chaque repas. Toute une population tente de survivre en tirant ses revenus de la rue. De nombreux groupes de musiciens animent les rues par n'importe quel temps. J'ai ainsi eu l'occasion de voir à l'oeuvre le meilleur groupe de musique Dixie (guitare, banjo, clarinette, trombone, contrebasse, batterie) que j'ai jamais vu !

S'il est une chose qui peut choquer l'occidental, c'est le non respect des règles d'hygiène élémentaires pour ce qui concerne l'alimentation. Les infrastructures sont telles qu'il est totalement illusoire d'envisager une quelconque chaîne du froid en Russie. En hiver tout d'abord c'est inutile : la viande reste bien souvent sur le trottoire, par -30°C, le temps que le commerçant l'entrepose dans son magasin. Pendant la douce saison, c'est plus problématique, et il n'est pas rare d'observer sur les étales de la viande bleue, voire carrément avariée. C'est le stade ultime : en général le commerçant soucieux de sa notoriété se débrouille pour fourguer sa viande avant qu'elle n'apparaisse trop suspecte, sous forme de viande hâchée, de pâté cuit ou de farce. C'est ainsi qu'on devient rapidement végétarien : toute viande paraît suspecte, autant alors l'éviter. Le poisson quant à lui est consommé fumé ou sêché, jamais frais. Bien sûr il y a des exceptions. Les adresses où se procurer de la viande fraîche sont connues, mais la consommation de viande se fait essentiellement via des produits transformés.

Le régime alimentaire est peu varié et varie selon les saisons, en fonction des arrivages de légumes sur les marchés. La base est constituée de pain, de fromage type Gouda, de pomme de terre, de chou, de choucroute, de "pielmenis" (raviolis sibériens), de salami, d'oignon, de tomate, de poivron, de cornichon, de betterave. Côté fruits on trouve des pommes, des poires, des baies diverses et variées. A cela s'ajoute les biscuits et pâtisseries (pas toujours très bonnes) et les bonbons. Le poisson se trouve quant à lui fumé ou sêché, rarement frais. Pour ceux à qui ce régime ne convient pas, il reste bien sûr le McD* sur la Nevskii Prospekt !

Vie nocturne

Avec un soleil qui se lève à 10:00 et se couche à 15:30 en hiver, la vie nocture commence parfois très tôt, du moins à Saint Pétersbourg ! La ville regorge de bars et de clubs, parfois clandestins, parfois ayant pignon sur rue, et souvent à l'existence éphémère. Ces "lieux de perditions" sont des scènes privilégiés pour toute la faune artistique russe. Les artistes sont souvent très doués - le moindre DJ de seconde zone ayant souvent des années de conservatoire derrière lui (pour ceux que j'ai rencontrés). Avec le temps, on s'aperçoit que certains endroits n'accueillent que des russes. Le service y est minimal et la qualité des consommations plutôt médiocre. En contrepartie, l'entrée ne coûte que quelques roubles. Des endroits plus huppés font une sélection par l'argent. L'entrée dépasse souvent les 50 roubles (le tiers d'une pension de retraite de base), le service est très professionnel et de qualité. Viennent ensuite les endroits "interlopes" et indéfinissables : bars tenus par la mafia à l'atmosphère lourde, night clubs réservés aux expatriés (il suffit de présenter un passeport - les russes sont refoulés sans pitié) où 99% de la population féminine y exerce en fait son activité professionnelle, usines désaffectées transformées en pistes de dance géantes et contrôlées par la milice...

Si l'on cherche à s'amuser et à éviter la déprime consécutive à la nuit quasi permanente en hiver, ces endroits sont très agréables. On y fait des rencontres singulières, que ce soit l'industriel sibérien en goguette ou la péripapétitienne émêchée en quête d'une oreille attentive à qui conter sa vie... Les bagarres y sont très rares : le service d'ordre à la russe est toujours très musclé (j'ai vu un russe refoulé d'une boîte et un peu trop insistant se faire littéralement hâcher menu par les videurs), et la milice surveille certains endroits. Contrepartie parfois gênante : si vous êtes étranger, seul et émêché dans une boîte, vous avez de grandes chances d'être séquestré dans une "cellule de dégrisement" quelques heures, le temps de vous faire racketer par le service d'ordre ou des flics véreux !

En été c'est pire : la fête est non-stop, les "nuits blanches" faisant que le soleil ne se couche jamais pendant les mois de juin et de juillet. En dehors des lieux de débauche, la vie culturelle est également très développée : ballets, théâtre, opéras, concerts. Moi qui suis plutôt inculte, j'y ai vu les plus beaux spectacles qu'il m'ait été donné de voir. L'ambiance y est loin de ce que l'on peut observer en France, où des snobinards paient 150 euro la place pour voir un ballet de danse contemporaine imb*table - je pourrais citer "Nosferatus", un machin sans queue ni tête vu à Paris lors d'un moment d'égarement. En Russie, le classique prédomine, et à des tarifs défiant toute concurrence. Une place au 1er rang pour assister à un ballet réputé comme "Roméo et Juliette" revient à 35 euro, soit moins de 3 euro après la dévaluation du rouble. Mais attention : ce tarif s'applique uniquement aux russes (ou à ceux qui se font passer pour tels). Un couple d'américain venu chercher ses tickets à la caisse était par hasard devant moi : la place leur à coûté 75 dollars...Je pense personnellement que cette démocratisation de la culture est une excellente chose : nombre de famille manifestement en difficulté financière peuvent, grâce à cette politique, se payer du divertissement à moindre coût.

Paupérisation généralisée

La libéralisation soudaine du marché et l'adoption d'un capitalisme sauvage comme politique économique après la chute du rideau de fer à bouleversé en profondeur la vie de tous les russes. Nombre d'entre eux vivaient en effet aux crochets de l'état, occupant des emplois inutiles et totalement improductifs. Quand les usines ont fermé, il a bien fallu se reconvertir ou sombrer dans la misère. La plupart des citadins ont trouvé des emplois dans le commerce ou l'artisanat (plombier, électricien... ces corps de métiers étant en plein boom). Pour d'autres la transition s'est faite dans la douleur, et l'on ne compte plus le nombre d'alcooliques, de drogués, de sans-abris qui hantent les faubourgs. Il n'y a quasiment pas de classe moyenne en Russie : soit l'on est très riches, soit l'on est pauvre et on lutte au quotidien pour subvenir aux besoins élémentaires, soit l'on est très pauvre et une dose quotidienne de vodka annihile toute volonté de s'en sortir. Moralité : seuls ceux doués d'un sens développé de l'adaptation s'en sortent. Des légions de SDF, d'orphelins, d'enfants en fugue et de gens du voyagent occupant les rues avec une notion toute relative du respect des lois, les autorités ont adopté des mesures radicales pour limiter les nuisances imputables à ces populations. Des camions les ramassent régulièrement dans la rue, et les emmènent dans la forêt à plus de 200 kilomètres de la ville. Le temps que tous ces gens revienent par leurs propres moyens, et la situation dans la ville redevient normale pour quelques semaines.

Retour à la terre général

Une des mesures socialement salvatrices de l'ère soviétique a été la création du lopin de terre, attribué à tout citoyen russe. Cette mesure a littéralement permis d'éviter le retour de la famine dans un pays ou la propriété privée était interdite et l'état chroniquement déficient. Un lopin de terre n'est pas très gros, mais permet bien souvent de nourrir une famille entière à l'année. Un abri de jardin construit sur place fait bien souvent qu'on y passe ses vacances, à cultiver cornichons, tomates et pommes de terre. Les transports en commun de Saint Pétersbourg voient ainsi défiler un flux constant de ruro-citadins faisant la navette entre leur appartement et leur lopin en campagne, et équipés de sacs-à-dos remplis d'outils ou de fruits et légumes divers et variés. Les plus adroits parviennent à revendre une partie de leur production, dont une grosse partie est mise en conserve pour permettre une consommation à l'année. Les bois sont également une source d'approvisionnement traditionnelle en Russie : baies et champignons sont récoltés par des armés de cueilleurs. Les pêcheurs sont légions. En hiver les journaux rapportent régulièrmeent des histoires de pêcheurs partis pêcher sur la banquise et se retrouvant, après avoir bien souvent abusé de la vodka, en perdition plusieurs jours durant sur un iceberg à la dérive !

Les conditions de vie des ruraux sont plus rudes : tout manque ! Le sucre vient en tête des produits dont le manque se fait cruellement sentir. Se procurer des vêtements, des provisions, des médicaments, etc, implique de faire des kilomètres jusqu'au bourg le plus proche. Pas facile à l'intersaison, quand les routes se transforment en bourbiers ! Et cela suppose également d'avoir un véhicule en état de marche... Vivre à la campagne présente toutefois quelques avantages :
- la criminalité y est limitée et peu organisée,
- produire sa subsistance est possible et permet même de faire des bénéfices si revente sur les marchés,
- on peut chasser / braconner sans trop de soucis,
- l'environnement y est plus agréable,
- se chauffer (au bois) en hiver par -35°C sans être tributaire d'un quelconque fournisseur est appréciable."
suite/Ferfal 1998

NB; lire Orlov aussi.

15/07/2014

what else?

09/07/2014

Apollo night

 
Oh, the passenger
How, how he rides
Oh, the passenger
He rides and he rides
He looks through his window
What does he see?

RIP

07/07/2014

c'est moche

orlov

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" (...) Comme je l'ai mentionné auparavant, les plans d'atténuation de crise à mettre en œuvre par nous, qu'ils impliquent des guerres pour l'accès aux ressources, la construction de centrales nucléaires, des fermes d'éoliennes ou des rêves d'hydrogène, sont peu susceptibles d'être réalisés, parce que cette entité nous ne sera plus fonctionnelle. Si nous ne sommes pas susceptibles de réaliser notre plan avant l'effondrement, alors quoi qu'il reste de nous sera encore moins susceptible de le faire après. Par conséquent, il y a peu de raisons de s'organiser politiquement dans le but d'essayer de bien faire. Mais si vous voulez vous préparer à tirer parti d'une mauvaise situation — et bien, c'est une autre histoire !

La politique a un grand potentiel pour faire empirer une mauvaise situation. Elle peut causer guerres, nettoyages ethniques et génocides. À chaque fois que les gens se rassemblent en organisations politiques, que ce soit volontairement ou de force, cela annonce des ennuis. J'étais à la réunion annuelle de mon jardin communautaire récemment, et parmi le groupe de jardiniers généralement placides et timides il y avait une paire de militants autoproclamés. Avant longtemps, l'un de ceux-ci soulevait la question de l'expulsion de gens. Les gens qui ne se montrent pas à la réunion annuelle et ne s'inscrivent pas pour faire le nettoyage et le compostage et ainsi de suite — pourquoi leur permet-on de garder leur parcelle ? Et bien, certains des éléments voyous mentionnés par le militant se trouvaient être de vieux Russes, qui, en raison de leur vaste expérience de telles choses durant l'époque soviétique, sont excessivement peu susceptibles d'être astreints à prendre part au travail en commun ou d'assister aux réunions avec la collectivité. Franchement, ils préféreraient la mort. Mais ils adorent aussi le jardin.

La raison pour laquelle on permet à l'élément d'exister dans ce jardin communautaire particulier est que la femme qui dirige l'endroit leur permet de garder leur parcelle. C'est sa décision : elle exerce l'autorité et elle ne participe pas à la politique. Elle fait fonctionner le jardin et permet aux militants de faire leur bruit, une fois par an, sans effet pernicieux. Mais si la situation devait changer et que le jardin potager devienne soudainement une source de nourriture plutôt qu'un loisir, combien de temps faudrait-il pour que l'élément militant commence à demander plus de pouvoir et à affirmer son autorité ?

L'autorité est certainement une qualité utile dans une crise, qui est une époque particulièrement mauvaise pour les délibérations et les débats longuets. Dans n'importe quelle situation, certaines personnes sont mieux équipées pour y faire face que d'autres et peuvent les aider en leur donnant des directives. Ils accumulent naturellement une certaine quantité de pouvoir pour eux-mêmes, et c'est bien aussi longtemps que suffisamment de gens en bénéficient, et aussi longtemps que personne n'est blessé ou opprimé. De telles personnes émergent souvent spontanément dans une crise.

Une qualité également utile dans une crise est l'apathie. Les Russes sont exceptionnellement patients : même dans les pires moments de l'après-effondrement, ils n'ont pas commis d'émeute, et il n'y a pas eu de manifestations significatives. Ils ont fait face du mieux qu'ils pouvaient. Le groupe de gens avec qui l'on est le plus en sécurité dans une crise est celui qui ne partage pas de fortes convictions idéologiques, n'est pas facilement persuadé par l'argumentation, et ne possède pas un sentiment surdéveloppé et exclusif de l'identité.

Les candides enquiquineurs qui pensent que nous devons faire quelque chose et qui peuvent être embobinés par n'importe quelle andouille démagogue sont assez nuisibles, mais le groupe le plus dangereux, et qu'on doit surveiller et fuir, est un groupe de militants politiques résolus à organiser et promouvoir un programme ou un autre. Même si le programme est bénin, et même s'il est bénéfique, l'approche politisée pour le résoudre pourrait ne pas l'être. Comme dit le proverbe, les révolutions mangent leurs enfants. Puis elles se tournent vers tous les autres. La vie de réfugié est une forme de survie ; rester et se battre contre une foule organisée n'en est généralement pas une.

Les Balkans sont le cauchemar post-effondrement avec lequel tout le monde est familiarisé. Au sein de l'ex-Union soviétique, la Géorgie est le meilleur exemple d'une politique nationaliste poursuivie jusqu'à la désintégration nationale. Après avoir gagné son indépendance, la Géorgie est passée par un paroxysme de ferveur nationaliste, résultant en un État quelque peu plus petit, légèrement moins peuplé, perpétuellement défunt, avec une pauvreté généralisée, une grande population de réfugiés, et deux anciennes provinces coincées dans des limbes politiques permanentes, parce que, apparemment, le monde a perdu sa capacité à redessiner les frontières politiques. Dans sa forme actuelle, c'est un client politique et militaire de Washington, précieux uniquement comme couloir de pipeline pour le pétrole de la mer Caspienne. Son principal partenaire commercial et fournisseur d'énergie est la Fédération de Russie.

Les États-Unis sont bien plus comme les Balkans que comme la Russie, qui est habitée par une population eurasienne assez homogène. Les États-Unis sont très compartimentés, habituellement par race, souvent par ethnicité, et toujours par niveau de revenu. Durant les périodes prospères, ils restent relativement calmes en maintenant un pourcentage de gens en prison qui a établi un record mondial absolu. Durant les périodes moins prospères, ils sont en grand risque d'explosion politique. Les sociétés multi-ehtniques sont fragiles et instables ; lorsqu'elles se désagrègent, ou explosent, tout le monde perd.

Aux États-Unis, il semble y avoir peu de manières de faire fonctionner en douceur le scénario de l'effondrement pour soi et sa famille. La totalité du lieu semble partie trop loin dans une direction insoutenable. C'est un vrai défi créatif, et nous devrions lui accorder beaucoup de réflexion sérieuse. Supposons que vous viviez dans une grande ville, dans un appartement ou une copropriété. Vous dépendez des services municipaux pour survivre. Une semaine sans électricité, ou sans chauffage, gaz, ou enlèvement des ordures entraîne un inconfort extrême. Deux à la fois est une calamité. Trois est un désastre. La nourriture vient du supermarché, avec l'aide du distributeur de billet ou de la fente pour carte bleue à la caisse. Les vêtements propres viennent de la laverie, qui nécessite de l'électricité, de l'eau et du gaz naturel. Une fois que tous les commerces ont fermé et que votre appartement est froid, sombre et sent les ordures (parce qu'elles n'ont pas été ramassées) et l'excrément (parce que les toilettes ne fonctionnent plus), il est peut-être temps d'aller camper et d'explorer la nature.

Alors considérons la campagne. Supposons que vous possédiez une maison et que vous ayez un crédit minuscule qui se ratatine jusqu'à presque rien après une bonne poussée d'inflation, ou que vous la possédiez pour de bon. Si elle est dans une subdivision périurbaine développée, il y aura encore des difficultés avec les taxes, le respect du code, des étrangers venus de l'espace vivant à côté, et d'autres scoubidous, ce qui pourrait empirer à mesure que les conditions se détériorent. Les municipalités en détresse pourraient d'abord tenter de renchérir les impôts locaux pour couvrir leurs coûts au lieu de simplement fermer boutique. Dans un effort malavisé pour sauver la valeur immobilière, elles peuvent aussi tenter de faire appliquer des codes contre des nécessités telles que les tas de compost, les toilettes extérieures, les poulaillers et les cultures plantées sur votre pelouse de façade. Gardez à l'esprit, aussi, que les pesticides et les herbicides prodigués aux pelouses et aux terrains de golf laissent des résidus toxiques. Peut-être que la meilleure chose à faire avec la banlieue et de l'abandonner tout entière.

Une petite ferme offre des possibilités quelque peu meilleures pour cultiver, mais la plupart des fermes aux États-Unis sont hypothéquées jusqu'à la garde, et la plus grande partie de la terre, qui a subi une culture intensive, a été bombardée sans pitié de fertilisants chimiques, d'herbicides et d'insecticides, ce qui en a fait un endroit malsain, habité par des hommes à tout petit décompte de spermatozoïdes. Les petites fermes ont tendance a être des lieux solitaires, et nombre d'entre elles, sans accès au gasoil ou à l'essence, deviendraient dangereusement isolées. Vous aurez besoin de voisins pour faire du troc, pour vous aider, et pour vous tenir compagnie. Même une petite ferme est probablement excessive en terme de quantité de terre agricole disponible, parce que sans la capacité d'apporter sa récolte sur un marché, ou sans une économie monétaire en fonctionnement pour la vendre, il n'y a pas de raison de cultiver un grand surplus de nourriture. Avoir des dizaines d'hectares est un gaspillage quand tout ce dont on a besoin est quelques milliers de mètres carrés. De nombreuses familles russes ont réussi à survivre avec l'aide d'une parcelle de jardin standard de un sotka, ce qui fait cent mètres carrés, ou, si vous préférez, 0,01 hectare, ou 1076,391 pieds carrés.

Ce dont on a besoin, bien sûr, c'est d'une petite ville ou d'un village : une localité relativement petite, relativement dense, avec environ quatre mille mètres carrés pour chaque trentaine de personnes, et avec une réglementation des zones conçues pour un usage juste et durable, non pour les opportunités d'investissement en capital, la croissance, la valeur immobilière, ou d'autres sortes de développement. De plus, cela devrait être un endroit où les gens se connaissent et sont prêt à s'aider les uns les autres — une vraie communauté. Il y a peut-être encore quelques centaines de communautés comme cela, dissimulées ici et là dans les cantons les plus pauvres des États-Unis, mais il n'y en a pas assez, et la plupart d'entre elles sont trop pauvres pour absorber une population significative de migrants économiques.

Souvent, lorsque les gens entendent parler de la possibilité d'un effondrement économique, ils se demandent : Supposons que l'économie américaine s'effondre bientôt. Pourquoi cela vaudrait-il seulement la peine d'y penser, si je ne peux rien y faire ? Et bien, je ne suis pas un professionnel du conseil en investissement, alors je ne risque rien en faisant quelques suggestions sur la manière de protéger son portefeuille d'investissement contre l'effondrement.

La peur du nucléaire a engendré l'archétype du survivaliste45 américain, terré dans les collines, avec un abri anti-bombardement, un nombre fantastique de boites de conserve de charcutaille, un assortiment d'armes à feu et abondance de munitions avec lesquelles repousser les voisins en contrebas, ou peut-être juste pour tirer sur des canettes de bière quand les voisins passent pour de la bière et des sandwichs à la charcutaille. Et bien sûr, un drapeau américain. Cette sorte de survie est à peu près aussi bonne que de s'enterrer vivant soi-même, je suppose.

L'idée de stocker n'est pas totalement mauvaise, cependant. Stocker de la nourriture est, bien sûr, une idée pourrie, littéralement. Mais certains articles manufacturés valent certainement d'être considérés. Supposons que vous ayez un compte d'épargne retraite, ou des fonds mutuels. Et supposons que vous vous sentiez raisonnablement certain que d'ici au moment prévu pour partir à la retraite ce ne sera pas suffisant pour acheter une tasse de café. Et supposons que vous réalisiez que vous pouvez actuellement acheter plein de bons trucs qui aient une longue durée de vie en réserve et qui seront nécessaires et précieux, loin dans le futur. Et supposons, en plus, que vous ayez un petit peu d'espace de stockage : quelques dizaines de mètres carrés. Maintenant, qu'allez-vous faire ? Attendre et regarder vos économies s'évaporer ? Ou payer le supplément d'imposition et investir dans des choses qui ne soient pas composées de vapeur ?

Une fois que les distributeurs d'argent n'auront plus d'argent, que les téléscripteurs boursiers cesseront de téléscripter, et que la chaîne de distribution se sera brisée, les gens auront toujours des besoins de base. Il y aura des marchés aux puces et des arrangements privés de troc pour alimenter ces besoins, utilisant n'importe quelle monnaie d'échange locale qui sera disponible : des rouleaux de billets de cent dollars, des bouts de chaînes en or, des paquets de cigarettes, ou n'importe quoi de ce genre. Ce n'est pas une mauvaise idée de posséder un peu de tout ce que vous aurez besoin, mais vous devriez investir dans des choses que vous pourrez échanger contre des choses dont vous aurez besoin. Pensez à des biens de consommation nécessaires qui requièrent une haute technologie et ont une longue durée de vie en réserve. Voici quelques suggestions pour commencer : des médicaments (sans et sur prescription), des lames de rasoir, des préservatifs. Les batteries rechargeables (et les chargeurs solaires) deviendront assurément des articles précieux (les NiMH sont les moins toxiques). Les articles de toilette, tels que du bon savon, seront des articles de luxe. Remplissez quelques cantines, emballez sous azote pour que rien ne rouille ou ne pourrisse, et entreposez quelque part.

Après l'effondrement soviétique, il est rapidement apparu une catégorie de marchands itinérants qui fournissaient aux gens l'accès à des produits importés. Pour se procurer leurs marchandises, ces gens devaient voyager à l'étranger, en Pologne, en Chine, en Turquie, par le train, en portant leurs produits à l'aller et au retour dans leurs bagages. Ils échangeaient une valise de montres de fabrication russe contre une valise d'autres produits de consommation plus utiles, tels que le shampooing ou les lames de rasoir. Ils devaient graisser la patte des officiels le long de leur route, et étaient souvent détroussés. Il y a eu une période ou ces gens, appelé tchelnoki, ce qui veut dire navette en russe, étaient la seule source de biens de consommation. Les produits étaient souvent des rebuts d'usine, endommagés, ou au-delà de leur date de péremption, mais cela ne les rendait pas moins précieux. En se basant sur leur exemple, il est possible de prédire quels articles seront hautement demandés et de les stocker en avance, comme une couverture contre le risque d'effondrement économique. Notez que les chelnoki avaient des économies intactes avec lesquelles commercer, accessibles en train — alors qu'il n'est pas garanti que ce soit le cas aux États-Unis.

Une réserve de cette sorte, dans un endroit accessible à pied et socialement stable, où vous connaissez tout le monde, où vous avez quelques amis proches et de la famille, où vous possédez votre toit et de la terre pour de bon, et où vous pouvez cultiver la plus grande partie de votre propre nourriture, et troquer pour obtenir le reste, devrait vous permettre de survivre à l'effondrement économique sans trop d'ennuis. Et, qui sait, peut-être trouverez-vous même le bonheur ici. (...)"

Dmitry Orlov, juin 2005.

45. Le survivalisme est un mouvement de gens préoccupés par leurs moyens de survie personnels, et dont les craintes sont extrêmement variées : désastres naturels, catastrophes industrielles, terrorisme, surpopulation, épidémie, effondrement économique, ou survenue de l'apocalypse biblique et bien d'autres encore.

pic: effondrement du taulier

05/07/2014

une question de temps

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"Selon le think tank Policy Exchange, un Britannique sur trois sera issu de l'immigration non-européenne d'ici 2050, originaire à une, deux ou trois générations, principalement du Pakistan, d'Inde, du Bangladesh, d'Afrique noire et des Caraïbes, un groupe qui représente actuellement 14% de la population britannique (soit 8 millions de personnes). Un quart des enfants de moins de dix ans appartiennent aujourd'hui à une minorité ethnique  alors que 95% des plus de soixante ans appartiennent à la majorité blanche. Les minorités ethniques concourent aujourd'hui à 80% de la croissance démographique britannique. Lors des élections générales de 2010, les minorités ethniques ont voté à 68% en faveur des travaillistes. La principale révélation de cette très grosse étude est la prolétarisation des "Anglais de souche": quand 70% des Indiens, 66% des Africains, 63% des Bangladais, 62% des Pakistanais et 53% des Caribéens entreprennent des études supérieures, seuls 43% des Britanniques d'origine européenne entrent à l'université." Faits et Documents, 1-15/07/2014

Rappel:

"Andrew Neather, qui rédigeait les discours de Tony Blair, Jack Straw et David Blunkett, a fait une révélation de taille, dans l’émission Question Time de la BBC. Il a en effet dévoilé que l’énorme augmentation de l’immigration durant la dernière décennie était une politique délibérée et organisée par les Travaillistes afin de modifier la constitution ethnique de la Grande Bretagne : « Outre les besoins du marché du travail, il y avait également une motivation « politique » derrière la politique d’immigration. [Les ministres entendaient] mettre le nez des conservateurs dans la diversité ». Cet apparatchik de premier rang a précisé que les dirigeants travaillistes avaient opéré secrètement, craignant que cette politique ne perturbe « la classe ouvrière qui est son vivier électoral ». Les vraies raisons, qui figuraient dans les premières versions du rapport Performance and Innovation Unit, rédigé par Downing street, ont été supprimées dans la version finale du document afin de ne pas révéler cette politique délibérée et organisée. Selon lui, « l’immigration de masse était pour le gouvernement le moyen de rendre le Royaume Uni totalement multiculturel. Cette politique délibérée a duré de 2000 au moins jusqu’au mois de mai 2008, date à laquelle on a mis en place le nouveau système de points.» Ce qui a entraîné l’arrivée, selon le think tank Migration Watch, de plus de trois millions de nouveaux immigrés."  Faits et documents 15-30/11/09

Photo: Dorothea Lange, Great Depression, family who traveled by freight train. Washington, Toppenish, Yakima Valley, 1936.
podcast

02/07/2014

cynisme

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  "Lors d'une émission de France 2 (Des paroles et des actes du 12/04/2012), David Pujadas semble s'être beaucoup amusé à poser au sympathique Philippe Poutou cette question surprenante et particulièrement perverse (il faut dire qu'en tant que membre éminent du Siècle -le plus sélectif des clubs de rencontre de la classe dirigeante française-, ce journaliste ne doit guère entretenir d'illusions sur la nature réelle du système qu'il a choisi de servir): "J'ai bien lu votre programme. Je n'ai rien trouvé contre la société de consommation. Est-ce que l'une des grandes formes d'aliénation aujourd'hui, ça n'est pas la dictature des marques, le dernier écran plat absolument, le dernier Smartphone absolument? Y a pas un mot là-dessus! Est-ce que ce n'est pas aussi une forme d'aliénation?" Réponse du candidat de la nouvelle extrême gauche "anticapitaliste" à cette question cyniquement debordienne: "Ouais, ben enfin, à notre avis, ce n'est pas le premier problème." Il est vrai que, pour la plupart des extrêmes gauches "citoyennes" (reconnaissons que le NPA ne va pas encore jusque là), le "premier problème" est généralement celui du "mariage gay" ou, à défaut -chacun pourra choisir-, celui de la légalisation du cannabis, du vote des étrangers ou de l'interdiction des corridas."

JC Michéa, post-face à La culture de l'égoïsme, Christopher Lasch et Cornelius Castoriadis, 2012.


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photo: la modernité conserve certains attraits

28/06/2014

Les merguez, c'est maintenant! Apologie de la sécession.

Depuis que la gauche n’est plus socialiste et, dans son abandon de la critique sociale d’un monde désormais régi par les seules règles d’airain du capitalisme globalisé, s’est faite, sans trop d’efforts, l’ambulance de ce dernier, elle se condamne, années après années, à ne plus produire en fait de programme politique que quelques mesures sociétales parfaitement secondaires mais à même de faire tourner les moulins à prières du landernau médiatique et politique.

Ainsi, le spectacle politique n’est-il plus occupé, en général, que par des débats parfaitement secondaires tels la « dépénalisation » de telle ou telle drogue ou addiction, le « mariage homosexuel », l’ »homoparentalité » (cet oxymore), ou la parité « homme-femme » d’une classe politique toujours plus servile et abjecte, tendue vers le seul objectif de se payer sur le dos du peuple qu’elle est censée représenter.

Aux formidables avancées sociétales et/ou culturelles d’une gauche qui n’en est plus (et vécues comme des « résistances » à un ordre moral et symbolique patriarcal, clérical et militariste toujours plus évanescent) répondent les spectaculaires transgressions économiques d’une droite qui n’en est plus non plus car désormais ralliée à la seule défense de ses intérêts de classe depuis son adoption en bloc de la vulgate bourgeoise et son obsession de l’argent et de la représentation sociale. Dans cette seule perspective d’unification juridico-marchande de sociétés autonomes et auto-instituées, toute référence publique à des valeurs ou codes moraux, philosophiques ou religieux communs est désormais proscrit au profit du seul marché extensif (et ses malls climatisés peuplés de zeks) encadré du seul droit procédural (et ses cohortes d’avocats marrons toujours prompts à faire valoir les droits naturels et positifs de chacun contre les mêmes de son voisin dans une ambiance de guerre de tous contre tous très bien décrite dans le Léviathan de Hobbes, qui n’était pas précisément optimiste sur l’avenir de nos sociétés libérales.

Parmi ces questions sociétales secondaires si parfaitement mises en avant par le Spectacle afin de masquer l’abandon des vraies questions, figure le « vote des étrangers », que ne cesse d’agiter la chapelle progressiste, les uns (tendance Inrocks/Libé/Télérama) préoccupés de voir leur électorat populaire/ouvrier/prolétaire leur cracher à la gueule et pressés de se reconstituer un électorat de substitution, les autres (tendance La Tribune, Valeurs actuelles), impatients d’agiter quelques hochets traditionnels prompts à tromper les couillons dans une fiction d’alternance politique rejouée depuis quelques générations maintenant.

Or sans forcément remonter à Aristote (3) qui énonce clairement dans son livre politique les conditions de la paix civile (« partager des valeurs civilisationnelles communes), on peut s’arrêter à Castoriadis, fidèle d’Aristote et des Lumières, revenu de l’illusion léniniste et trotskyste mais nullement dupe de la forme envahissante de nos sociétés libérales qui mettait en garde contre les «bavardages sur la coexistence de n'importe quelle culture dans la diversité», estimant que le problème posé par l'immigration n'était pas (contrairement à la doxa libérale mais aussi marxiste) «économique», mais «profondément politique et culturel». Bong ! En outre, évoquant la «fermeture des sociétés islamiques» sous l'influence d'une «religion qui veut toujours régenter la société politique et civile au nom d'une loi révélée», et ne prenant pas plus de gants avec les intégristes qu'avec les staliniens ou les néolibéraux, il réfutait le victimisme musulman, qu'il sentait croître, comme une «mythologie grotesque» et antihistorique et il considérait que «les musulmans ne peuvent vivre en France que dans la mesure où, dans les faits, ils acceptent de ne plus être des musulmans sur une série de points (droit familial, droit pénal)». 

En considérant l’irruption massive de peuples étrangers nullement désireux de se dépouiller d’une partie d’eux-mêmes (et au contraire prompts à revendiquer toujours plus de privilèges  -lex privata- et d’ « accommodements raisonnables » en rupture avec la tradition républicaine d’égalité devant la Loi mais encouragés en toutes occasions par la même chapelle progressiste/libérale au nom d’une « laïcité ouverte ») dans nos sociétés d'abondance marquées par la «montée de l'insignifiance» liée à la «transformation des humains en machines à produire et à consommer» comme à la dépolitisation des existences individuelles ou à la soumission à un «conformisme généralisé» et à une marchandisation sans limites aboutissant à une «décomposition des sociétés occidentales» («la privatisation, l'apathie, l'inimaginable dégradation du personnel politique» (1)) on ne peut raisonnablement, à moins d’être croyant, imaginer meilleure fenêtre sur le chaos à venir.

Ainsi, que ce soit par calcul politique à court terme, par simple ignorance ou par soumission au credo progressiste enjoignant de déconstruire  tous les rapports sociaux, traditionnels et figés, avec leur cortège de conceptions et d'idées antiques et vénérables (2),nos modernes en arrivent à imposer, à ré-introduire dans le champ politique contre le simple bon sens mais aussi contre toute une tradition de la pensée du Politique, les conditions propres à toute guerre civile de religion. Le paradoxe étant que cette tradition philosophique libérale, (éminemment importante, nous sommes TOUS des libéraux sans avoir lu Constant de même que nous sommes tous également cartésiens sans avoir lu Descartes ou chrétiens sans croire ni pratiquer, nous autres européens de souche ou de tradition) est le propre de philosophes qui, après deux siècles de guerres de religions qui déchiraient le corps social jusqu’au sein des familles, voulaient absolument immuniser la société contre cette abomination.

(1) Une société à la dérive. Entretiens et débats 1974-1997, Cornelius Castoriadis.

(2) « La bourgeoisie...partout ou elle a conquis le pouvoir, a foulé aux pieds les relations féodales, patriarcales et idylliques. Tous les liens complexes et variés qui unissaient l'homme féodal à ses supérieurs naturels, elle les a brisés sans pitié pour ne laisser subsister d'autre lien, entre l'homme et l'homme, que le froid intérêt, les dures exigences du paiement au comptant. Elle a noyé les frissons sacrés de l'extase religieuse, de l'enthousiasme chevaleresque, de la sentimentalité naïve dans les eaux glacées du calcul égoïste. Elle a fait de la dignité personnelle une simple valeur d'échange ; elle a substituée aux nombreuses libertés, si chèrement conquises, l'unique et impitoyable liberté du commerce. La bourgeoisie a dépouillée de leur auréole toutes les activités qui passaient jusque là pour vénérables et qu'on considérait avec un sain respect. Le médecin, le juriste, le prêtre, le poète, le savant, elle en a fait des salariés à ses gages. La bourgeoisie a déchiré un voile de sentimentalité qui recouvrait les situations de famille et les a réduites à n'être que de simples rapports d'argent...[...] La bourgeoisie ne peut exister sans révolutionner constamment les instruments de production, ce qui veut dire les conditions de la production, c'est-à-dire tous les rapports sociaux ; Tous les rapports sociaux, traditionnels et figés, avec leur cortège de conceptions et d'idées antiques et vénérables, se dissolvent ; ceux qui les remplacent vieillissent avant d'avoir pu s'ossifier. Tout ce qui avait solidité et permanence s'en va en fumée, tout ce qui était sacré est profané, et les hommes sont forcés, enfin, d'envisager leurs conditions d'existence et leurs rapports réciproques avec des yeux désabusés. Poussée par le besoin de débouchés toujours nouveaux, la bourgeoisie envahit le globe entier. Il lui faut s'implanter partout, exploiter partout, établir partout des relations ; Par l'exploitation du marché mondial, la bourgeoisie donne un caractère cosmopolite à la production et à la consommation de tous les pays. Au désespoir des réactionnaires, elle a enlevé à l'industrie sa base nationale, Les vieilles industries nationales ont été détruites et le sont encore tous les jours.» Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, 1848.

(3) « L'absence de communauté nationale est facteur de guerre civile, tant que les citoyens ne partagent pas les mêmes valeurs de civilisation. Une cité ne se forme pas à partir de gens pris au hasard, et elle a besoin de temps pour se coaguler. C'est pourquoi, parmi ceux qui ont accepté des étrangers pour fonder une cité avec eux, et pour les intégrer à la cité, la plupart ont connu des guerres civiles. Par exemple, les tyrans de Syracuse, en ayant naturalisé les immigrés, ont dû subir des révoltes. Citoyens et étrangers en sont venus à se combattre. » (Aristote, Politique, Livre V)

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"(...)  Julien Freund: "Comme je l'ai souligné dans ma Sociologie du conflit, il y a deux conditions pour qu'une crise dégénère en conflit. D'abord que s'affirme une bipolarisation radicale ; enfin, que le tiers s'efface. Tant que le tiers subsiste et parvient à affirmer son autorité, il n'y a guère de risque que la crise ne débouche sur un affrontement. Dans la société, la crise est une occurrence banale tant qu'il y a inclusion du tiers ; le conflit n'intervient qu'avec son exclusion. C'est cette exclusion qui est polémogène. Dans la situation présente du pays, le tiers est constitué par l'Etat et les différentes institutions qu'il patronne, comme l'école par exemple dont nous avons parlé, or non seulement l'Etat est frappé par la déshérence du politique, ce qui signifie qu'il se déleste de sa fonction cardinale qui est de pourvoir à la sûreté de chacun, mais les institutions subissent une sorte de pourrissement qui les rend de plus en plus inaptes à manifester leur vocation spécifique... Une distance culturelle qu'on ne parvient pas à combler entre l'immigration musulmane et le milieu d'accueil avec un danger de surchauffe violente, et un tiers en voie de dissolution ; cela, voyez-vous, me fait craindre le pire pour les années à venir.
Pierre Bérard. - Les libéraux pensent que c'est le marché qui est intégrateur.
J.F. - Le goulag en moins, ce qui n'est pas mince, c'est une utopie aussi dangereuse que celle des Léninistes.
P.B. - L'ignominie du communisme, c'est qu'il a fini par rendre le libéralisme désirable! (...) "

Conversation avec Julien Freund, Pierre bérard.

effacement du tiers..

25/06/2014

show me your mouth

Keitel for ever