09/04/2016
Au sud de nulle part
"Le monde ne sera pas détruit par une bombe atomique, mais englouti par un fleuve de merde." Charles Bukowski (1920-1994), écrivain américain, Au sud de nulle part, 1973.
"Cela en disait long sur la cohorte d'Aspen et montrait à quel point ils étaient habités par le statu quo des "Joyeuses balades en automobile". Ils voulaient "résoudre" les problèmes d'émission de CO2, de pollution de l'air et de l'évolution climatique sans réellement devoir procéder à des changements de comportement. Il n'y eut absolument aucune discussion au Forum sur l'Environnement sur d'autres stratégies pouvant apporter une réponse aux multiples calamités causées par la combustion de pétrole dans les automobiles. Par exemple, la création de quartiers piétonniers ou la restauration du réseau national de chemins de fer et autres types de transports publics n'était pas à l'ordre du jour. Cela ne les intéressait pas ou ne leur était pas venu à l'esprit, tant la pensée unique caractérisait leur recherche de "solutions techniques grandioses" pour maintenir les conforts habituels de la vie quotidienne. La crème des intellectuels "verts" de l'Amérique se réunissait au forum d'Aspen sur l'environnement; mais s'ils sont incapables de réfléchir correctement sur cette partie du problème, vers qui devra-t-on se tourner? Les fans de la NASCAR? Wall Street? Glenn Beck? La Mafia?
Je me suis heurté à une étrange et similaire pensée de groupe lorsque je fus invité à prononcer un discours sur notre dilemme énergétique, au siège de Google dans la Silicon Valley. Prenant d'abord un petit moment de recul, je n'ai pu m'empêcher de constater que l'immeuble de la société était lui-même attifé comme un jardin d'enfant géant ou un centre de garderie. Les aires publiques étaient équipées de toutes sortes de jeux de salon: tables de ping-pong et de knock-hockey, billards, consoles de jeux vidéos. Ici et là se trouvaient des tas de distributeurs de confiserie remplis d'oursons en gélatine, de bretzels au yaourt et autres snacks industriels. Un nombre incroyable d'employés de Google qui entraient dans ce nouvel auditorium élégant étaient vétus comme des ados s'adonnant au skateboard, portant des pantalons au dessous des fesses et des casquettes de travers, et c'étaient des cadres supérieurs, des programmateurs informatiques de haut vol! Après avoir délivré mon discours sur la situation énergétique, une plage de temps avait été réservée aux questions-réponses. Il n'y eut aucune question, seulement des déclarations de la part de plusieurs employés de Google, et elles disaient toutes à peu près la même chose qui peut se résumer aisni "...écoute, bonhomme, nous avons la technologie..." (traduction: "T'es un connard...")
Cela m'a informé de quelque chose d'assez effrayant: les cadres et les programmateurs de Google ne connaissaient pas la différence entre la technologie et l'énergie. Ils présumaient qu'elles étaient interchangeables, que si vous êtes à court de l'une, vous branchez simplement l'autre, ce qui est en contradiction avec la réalité. Notez qu'il s'agissait là des personnes les plus importantes du leader de la haute technologie aux USA. S'ils ne connaissaient pas la différence entre la technologie et l'énergie, alors qu'attendre des bourriques qui émargent au Ministère des Transports -ou dans les dizaines de milliers de bureaux du pays, où des gens doivent prendre des décisions sur notre façon de vivre?"
James howard Kunstler, Too much magic, l'Amérique désenchantée.
photo: fini l'tiercé...
11:03 | Lien permanent | Commentaires (13)

