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23/06/2007

Vertige de l'égalité.

« Aujourd’hui, dans la plupart des cas, les démocraties semblent favoriser systématiquement l’égalité, avec toutes les limitations que cela suppose pour la liberté individuelle. Le nombre de lois, d’arrêtés, de décrets, de règlements administratifs qui nous ligotent et asphyxient l’Etat et le politique va croissant. Et le fait que tout citoyen européen vive maintenant sous une double subordination, la nationale et l’européenne, multiplie encore ces empiètements vexatoires sur la liberté de l’homme et du citoyen.

En revanche, l’égalité lui est imposée de manière de plus en plus despotique.

Le réactionnaire Flaubert écrivait à la socialiste Georges Sand : « Tout le rêve de la démocratie est d’élever le prolétaire au niveau de bêtise du bourgeois. Le rêve est en partie accompli. »

En faisant la part de la boutade, il est vrai que, dans ses débuts, la démocratie Française, par exemple celle de la troisième république, avait pour but d’élever le prolétaire au niveau du bourgeois, pour la prospérité et pour la culture. Mais ce n’est plus véritablement le cas. Le but de la démocratie moderne semble être davantage de rabaisser le bourgeois au niveau du prolétaire, le nivellement se faisant systématiquement par le bas, par exemple dans tout ce qui regarde l’éducation nationale : c’est en baissant le niveau du baccalauréat qu’on a réussi à le donner à une majorité de candidats, ce qui ne pouvait avoir qu’un effet démagogique positif, mais culturel négatif, sans parler du tort causé aux étudiants eux-mêmes, systématiquement égarés sur leurs compétence…

Montesquieu, dans l’Esprit des Lois, ne s’y était pas trompé : « L’amour de la démocratie est celui de l’égalité. »

C’est pourquoi, la nature humaine étant plus souvent portée à l’envie qu’à la générosité, ce sont généralement les classes les moins favorisées qui recherchent la démocratie, dans l’espoir d’atténuer les différences qui les séparent des classes dites supérieures, tandis que les classes dites supérieures, n’ayant qu’à y perdre, s’efforcent aussi longtemps que possible de préserver le statu quo.

1971142746.jpgEn revanche, dés qu’un certain seuil d’inégalité féconde a été enfreint, l’entropie égalitaire produit des effets moins heureux.

La fermeture progressive de l’éventail des salaires et, sous la pression fiscale, de celui des revenus, est faite pour séduire la masse, mais elle est catastrophique pour l’art de vivre d’une nation ; On ne peut que se réjouir de la disparition progressive d’une certaine misère, mais faut-il se féliciter du même coup de l’appauvrissement des classes fortunées qui, dans le temps, avaient le loisir et les moyens de favoriser les arts, de l’ébénisterie à l’opéra ?

Ne faut-il pas s’inquiéter aussi de la formation d’un Lumpenprolétariat typiquement contemporain et qui trouve son origine dans une égalité obligatoire mais utopique ? Nous avons plus de bacheliers et davantage d’illettrés ; moins de pauvres et plus de chômeurs. D’un autre coté, des abymes séparent un diplômé d’université d’un ancien de grande école. On ne voit pas ce qu’il peut y avoir de sain dans cette évolution. »

 

Vladimir Volkoff . Pourquoi je suis moyennement démocrate. Ed du Rocher 2002.

Commentaires

Paix à l'âme de Volkoff, qui doit intercéder auprès de Dieu pour que le Kosovo ne devienne pas davantage une glande mafieuse dans le ventre de l'Europe...

Ce texte est évidemment plein de bon sens. Mais après tout, le poisson pourrit par la tête...

Écrit par : phiconvers | 23/06/2007

pour le kosovo, ça semble mal parti, philipe: le coeur de la civilisation serbe est en passe d'être jeté en pature aux musulmans albanophones kosovars.
j'aime bien, Volkoff. Paix à son âme.

Écrit par : hoplite | 23/06/2007

J'aime beaucoup V. Volkoff, même si la qualité de ses romans ont sensiblement baissé à la fin de sa vie, mais ces essais sont lumineux.

Écrit par : Pharamond | 24/06/2007

Oui, excellent petit ouvrage, succinct et plutôt stimulant, quand on a été conditionné par l'idolâtrie démocratique et que certains automatismes de la pensée demandent à être pulvérisés. Je dois, pour ma part, au moins cela à Volkoff.

Écrit par : paratext | 26/06/2007

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