07/07/2010
Anatomie du chaos (4) : organisation de la sécession
Ceux qui fréquentent Hoplite depuis un moment connaissent mes idées sur la sécession ethnique/culturelle/religieuse qu’organisent méthodiquement nos modernes libéraux-libertaires par le biais d’un remplacement démographique de grande ampleur depuis plus de quarante ans et la venue sur ce continent de peuples entiers dont les valeurs civilisationnelles se situent aux antipodes de celles des européens et dans un climat totalitaire d'anomie et de repentance réflexe déniant toute légitimité supérieure aux cultures autochtones: les prémisses d'une guerre civile.
Mais, depuis longtemps également, je me fais le relais de philosophes et d’historiens comme Christopher Lasch ou JC Michéa qui, au-delà de la critique de la religion du Progrès™ et de ses Torquemadas en peau de lapin qui pullulent dans les media officiels, décrivent une autre sécession à l’oeuvre, moins visible mais non moins dangereuse, qui est celle de nos « élites ». Par « élites », j’entends cette hyperclasse hédoniste et nomade, ces insiders, hommes politiques rafarinesques, sportifs thuramo-compatibles, journalistes jofrinesques, écrivains attalinaoïdes, sociologues woltoneux, dont le point commun est de vivre bien en étant à l’abri des conséquences désastreuses des politiques qu’ils promeuvent et qui font le malheur de beaucoup d'autres (le peuple, volontiers "populiste"), ces outsiders silencieux, en panne d’éducation, d’instruction, de repères, d’argent, de savoir et de sens…et de traditions (horresco referens).
« Il fut un temps où ce qui était supposé menacer l'ordre social et les traditions civilisatrices de la culture occidentale, c'était la révolte des masses. De nos jours, cependant, il semble bien que la principale menace provienne non des masses, mais de ceux qui sont au sommet de la hiérarchie. Dans une mesure inquiétante, les classes privilégiées -les 20% les plus riches de la population, pour prendre une définition large- ont su se rendre indépendantes non seulement des grandes villes industrielles en pleine déconfiture mais des services publics en général. Elles envoient leurs enfants dans des écoles privées, elles s'assurent contre les problèmes de santé en adhérant à des plans financés par les entreprises où elles travaillent et elles embauchent des vigiles privés pour se protéger contre la violence croissante qui s'en prend à elles. Elles se sont effectivement sorties de la vie commune. Les mêmes tendances sont à l'oeuvre dans le monde entier. En europe, les référendums qui se sont tenus sur la question de l'unification ont révélé une faille profonde et qui va en s'élargissant entre le monde politique et les membres plus humbles de la société qui redoutent que l'UE ne soit dominée par des bureaucrates et des techniciens dépourvus de tout sentiment d'identité ou d'appartenance nationale. Une Europe gouvernée de Bruxelles sera de leur point de vue de moins en moins sensible au contrôle des peuples. Le langage international de l'argent parlera plus fort que les dialectes locaux. Ce sont ces peurs qui sont sous-jacentes à la résurgence des particularités ethniques en Europe, tandis que le déclin de l'Etat-nation affaiblit la seule autorité capable de maintenir le couvercle sur les rivalités ethniques. Par réaction, la renaissance du tribalisme renforce le cosmopolitisme chez les élites. » (Christopher Lasch, La révolte des élites, 1996)
Christopher Lasch a théorisé cette sécession élitaire, cette trahison de la démocratie, en 1996, dans un livre cardinal, La révolte des élites, qui fut bien sûr ignoré par tout le ban et l’arrière-ban de l’intelligentsia progressiste, notamment en France. Certaines vérités, certaines analyses, trop dérangeantes et anti-conformistes s’enterrant beaucoup plus facilement en les ignorant délibérément qu’en les affrontant. Jean-claude Michéa, dans une courte préface à cet ouvrage, dit l’essentiel :
« Profondément enracinés dans l’économie planétaire et ses technologies sophistiquées, culturellement libérales, c’est-à-dire, « modernes », « ouvertes », voire « de gauche », les nouvelles élites du capitalisme avancé, celles qui contrôlent le flux international de l’argent et de l’information, manifestent en effet, à mesure que leur pouvoir s’accroît et se mondialise, un mépris grandissant pour les valeurs et les vertus qui fondaient autrefois l’idéal démocratique. Enclavées dans leurs multiples « réseaux », au sein desquels elles « nomadisent » perpétuellement, elles vivent leur enfermement dans le monde humainement rétréci de l’Economie comme une noble aventure « cosmopolite », alors que chaque jour devient plus manifeste leur incapacité dramatique à comprendre ceux qui ne leur ressemblent pas : en premier lieu, les gens ordinaires de leur propre pays (on sait par exemple, que dans le monde de l’élite, situé « nulle part ailleurs », l’homme ordinaire ne peut apparaître que sous la figure moquée des Deschiens). Christopher Lasch a tenu à placer sa critique des nouvelles élites du capitalisme avancé sous le signe du « populisme », c’est-à-dire conformément au sens historique du mot, d’un combat radical pour la liberté, et l’égalité mené au nom des vertus populaires. On sait à quel point, depuis quelques années, les media officiels travaillent méthodiquement à effacer le sens originel du mot, à seule fin de pouvoir dénoncer comme « fascistes » ou « moralisateurs » (à notre époque, le crime de pensée suprême) tous les efforts des simples gens pour maintenir une civilité démocratique minimale et s’opposer à l’emprise croissante des « experts » que le système a préposé à la défense médiatique de ses nuisances, s’empresseront de faire courir le bruit –pour affecter de s’en réjouir ou pour s’en lamenter- que ce livre est « réactionnaire ». Il n’est cependant pas interdit d’espérer que le lecteur intelligent puisse encore se faire une opinion par lui-même. »
L’actualité est particulièrement riche en illustrations de ce processus d’éclatement en cours, de l’invraisemblable affaire de l’ « Equipe de France » (une horde de mercenaires parvenus et arrogants aux allégeances incertaines) au non moins invraisemblable feuilleton Plus belle la vie de la bande de Neuilly Woerth/Sarko/Bettencourt en passant par les dernières mesures de « ri-lance » annoncées par le petit pitre Baroin (suppression de certaines aides au logement, allocations handicapés, etc.), espoir raisonnable de l’hyperclasse libérale-libertaire.

(photo: l'hyperclasse nomade est parfois agréable à regarder, hu hu!)
18:03 | Lien permanent | Commentaires (11)

Commentaires
Cela n'est pas très gentil pour cette demoiselle.
Sinon, je viens de découvrir ce blog très intéressant, bonne continuation à vous et merci.
Un peu de réflexion, doublée d'une bonne dose d'érudition, ça change de pas mal de blogs...
Écrit par : Sunofthesleepless | 07/07/2010
http://www.dailymotion.com/video/xdxois_entretien-de-plieux-v-deuxieme-part_news?start=0#from=embed
Écrit par : Carine | 08/07/2010
Exemple hier au JT de France 2 (donc AVANT Espagne Allemagne), on a eu une apologie du foot métissé et des bienfaits d'une équipe de diversité. Eh ben il en faut de l'aplomb pour nous balancer ça à la tronche après notre beau passage en coupe du monde...
Je mangeais avec des amis pourtant foncièrement anti-racistes. (des jeunes de mon âge en somme...) Réaction unanime: "Elle se fout de notre gueule?!?"
Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres thèmes, mais les idées font leur chemin. Mais j'ai peur que le chemin soit encore long, ce peuple est d'une inertie incroyable.
PS: c'est vrai que cette hyperclasse est attirante, en revanche je retirerai autant de richesse qu'en parlant avec Attali.
Écrit par : M. Nice Guy | 08/07/2010
C'est très encourageant. Pourvu que Laurent Blanc continue dans cette voie...
Écrit par : Carine | 08/07/2010
Non, nous refaire la lutte des classes façon marxisme du futur, très peu pour moi.
Écrit par : tzatza | 08/07/2010
Curieux, non?
Parce qu'il faut ajouter qu'elle disait cependant préférer vivre normalement toute l'année avec son salaire "correct" plutôt que d'économiser toute l'année pour partir en vacances.
Va comprendre... les gens s'adaptent à leur paupérisation et vénèrent ceux qui se foutent ouvertement de leur tête.
Écrit par : Carine | 09/07/2010
@carine, merci pour le lien de renaud camus que j'avais écouté sur desouche. toujours aussi érudit et percutant. une voix dans la nuit.
et oui, effectivement, cette équipe de fwance pitoyable fait mille fois mieux que mille blogs réacs...
@niceguy,
"Ce n'est qu'un exemple parmi d'autres thèmes, mais les idées font leur chemin. Mais j'ai peur que le chemin soit encore long, ce peuple est d'une inertie incroyable."
Dieu vous entende..
@tzatza,
il ne s'agit pas re refaire la lutte des classes mais d'observer la réalité et voir la séparation qui s'opère: sur des bases ethniques bien sûr mais également sur des bases sociales. serions nous en 1788?
Écrit par : hoplite | 09/07/2010
J'ai bien peur que les veaux qu'on appelle français, on les neurones un peu trop courtcircuités par les émissions de Starac et de Arte pour envisager quoi que ce soit qui leur permettrait de renverser la situation car je vous pari qu'ils ne voteront pas pour la bonne personne en 2012.
Cela dit, je sens que l'état de dormition dont soufre les européens dans toute sa globalité est effectivement sur le point de toucher à sa fin.
Écrit par : Windir | 10/07/2010
"Cela dit, je sens que l'état de dormition dont soufre les européens dans toute sa globalité est effectivement sur le point de toucher à sa fin."
je l'espère aussi.
Écrit par : hoplite | 10/07/2010
Écrit par : solko | 11/07/2010
Écrit par : galafron | 14/07/2010
Les commentaires sont fermés.