04/05/2013

de mauvais bourgeois

ernst junger



















« Les défenseurs d’abris aménagés en terrain creux sortirent et s’enfuirent. J’en abattis un au moment où il bondissait hors du dernier abri. (…) Mon anglais était étendu devant –un jeune garçon à qui ma balle avait traversé le crâne de part en part. Il gisait là, le visage détendu. Je me contraignis à le regarder dans les yeux. Je suis souvent revenu en pensée à ce mort. Il existe une responsabilité dont l’Etat ne peut nous décharger ; c’est un compte à régler avec nous-mêmes. Elle pénètre jusque dans les profondeurs de nos rêves. » Ernst Jünger, Orages d’aciers, 1920.

Ceux qui lisent Hoplite savent l’importance que j’attache à Jünger. Probablement un des rares fils rouges de ce blog (avec adriana Lima et kate Upton :-)). La lecture de cet homme, notamment ses carnets de guerre, m’a toujours été un baume, en particulier dans les moments difficiles. Tout récemment, une lectrice d’Hoplite m’a dit sa reconnaissance de lui avoir fait découvrir cet homme hors du commun, ce qui m’a conduit à m’interroger sur la raison de cette admiration. Sans doute le figure du guerrier et du philosophe (ou du poète) y est-elle pour quelque chose et explique aussi l’admiration que je porte à un Marc-Aurèle, un Malaparte (ou un Achille…). Sans doute aussi la constance et  la noblesse de cet homme dans son engagement et sa résilience à une vie largement chaotique (deux guerres perdues et l’effondrement de son pays, un fils mort à la guerre, la disparition de mondes –politiques, littéraires, philosophiques, entomologiques, humains- qu’il devait aimer au plus haut point). Sorte d’archétype européen aujourd’hui bien largement disparu (quoique), de figure anthropologique archaïque…

Du jeune Jünger quittant sa famille pour s’engager dans la Légion à 17 ans au vieillard contemplatif et lucide (notamment sur ses vertes années), du théoricien de la révolution conservatrice et contempteur d’une république de Weimar mal née ( et sauvée in extremis de la révolution spartakiste par l’alliance entre le socialiste Noske et les Frei Korps, ces corps francs auxquels Jünger n’appartiendra pas) à l’entomologiste et botaniste de renom qui donnera son nom à un papillon (Trachydora Juengeri) ou à une Cicindèle, la vie de Jünger est éminemment singulière et probablement exemplaire. Je ne sais plus qui (peut-être Hervier ?) l’a qualifié de « sismographe », voulant par là signifier la façon dont Jünger fut le témoin fidèle, le courrier et l’acteur privilégié d’un siècle chaotique.

Ses premiers carnets de guerre (qui donneront Orages d’aciers et d’autres essais) sont stupéfiants de maturité et de profondeur pour un gamin d’une vingtaine d’années noyé dans la boue, le froid, la mort et le chaos d’un conflit qu’il va vivre pendant quatre ans en étant blessé x fois et décoré d’à peu près tout ce qui existe…On songe à Thibaudet et sa « Campagne avec Thucydide » mais Thibaudet avait alors quarante ans…et la maturité qui va avec. On songe aussi au Kaputt de Malaparte ou à l’Iliade... Plus étonnant encore est sa réaction à deux conflits perdus (le premier qu’il vit intensément, le second, contraint : contrairement à un Céline ou un Drieu, Jünger ne cède pas à l’accablement ou au suicide mais transforme ces expériences effroyables en force, en expérience intérieure, et devient un autre…On songe aussi à Mussolini et Hitler ou D’Annunzio qui connurent le même enfer des tranchées et la même expérience fondatrice de fraternité d’armes…avec le destin qu’on leur connaît.

« Je remarquais un peu plus tard que la présence des sept cent Français [prisonniers de la compagnie de Jünger après la campagne éclair de mai 1940] ne m'avait pas inquiété le moins du monde, quoique je ne fusse accompagné que d'une seule sentinelle, plutôt symbolique. Combien plus terrible avait été cet unique Français, au bois Le Prêtre, en 1917, dans le brouillard matinal, qui lançait sur moi sa grenade à main. Cette réflexion me fut un enseignement et me confirma dans ma résolution de ne jamais me rendre, résolution à laquelle j'étais demeuré fidèle pendant l'autre guerre. Toute reddition des armes implique un acte irrévocable qui atteint le combattant à la source même de sa force. Je suis convaincu que la langue elle-même en est atteinte. On s'en rend surtout compte dans la guerre civile, ou la prose du parti battu perd aussitôt de sa vigueur. Je m'en tiens là-dessus au "Qu'on se fasse tuer" de Napoléon. Cela ne vaut naturellement que pour des hommes qui savent quel est notre enjeu sur cette terre. (…) Les compartiments non fumeurs sont toujours moins garnis que les autres : un ascétisme même inférieur procure de l'espace aux hommes. Lorsque nous vivons en saints, l'infini nous tient compagnie. » Ernst Jünger, Jardins et routes, 1942.

Après la guerre, Jünger, avec « Le travailleur » rejoint alors dans cette époque troublée la bien-nommée « Konservative Révolution », ce courant philosophique nationaliste et militariste hostile aussi bien au libéralisme des Lumières qu’au marxisme et largement imprégné de romantisme Allemand et de pensée Nietzschéenne et y croise des hommes comme Schmitt, Mann, Spengler, Sombart ou Von Salomon. Sorte de réaction à la fois à la situation dramatique de son pays et au chaos moderne mais dans une optique révolutionnaire, non réactionnaire. Il est alors clairement nationaliste et pas des plus modérés…

« Nous revendiquons le nom de nationalistes –un nom qui est le fruit de la haine que nous vouent la populace grossière et raffinée, la canaille cultivée, le grouillement des attentistes et des profiteurs.(…) Nous ne revendiquons pas l’universalité. Nous la rejetons, depuis les droits de l’homme et le suffrage universel jusqu’à la culture et aux vérités générales ; nous ne voulons pas l’utile, le pratique ou l’agréable, nous voulons le nécessaire- ce que veut le Destin » Ernst Junger, La guerre comme expérience intérieure, 1934.

On croirait lire Ernst Von Salomon…sorte de manifeste de prussianisme et de haine de l’esprit bourgeois.

« La domination du tiers-état n’a jamais pu toucher en Allemagne à ce noyau le plus intime qui détermine la richesse, la puissance et la plénitude d’une vie. Jetant un regard rétrospectif sur plus d’un siècle d’histoire Allemande, nous pouvons avouer avec fierté que nous avons été de mauvais bourgeois. » Jünger, Le travailleur, 1931

Le « travailleur », ce personnage qui incarne la domination technique et guerrière de l’époque, sorte de Titan, comme dira Jünger lui-même par la suite; comme un symbole du nihilisme et du matérialisme triomphant du monde moderne et de cette première guerre mondiale industrielle. Difficile, bien sûr, de ne pas voir dans cette dénonciation de la démocratie libérale et des valeurs frelatées de la bourgeoisie de Weimar une sorte de proto-fascisme –au sens historique, non polémique du terme. Mais ce Jünger-là va choisir le tournant des années 30 et l’ascension irrésistible du parti nazi et de son chef charismatique, lui aussi héros de la première guerre mondiale, pour prendre ses distances avec l’engagement politique et la radicalité et s’engager dans une voie littéraire singulière marquée par la publication en 1939 de « Sur les falaises de marbres », hymne à l’« élémentaire », ces forces instinctives de la vie étouffées par le rationalisme et l’ordre bourgeois mais aussi fresque au vitriol de l’hubris national-socialiste et de son conducator à moustache, le « grand Forestier »…Prussianisme vs racialisme hitlérien, en un sens. La rupture avec les nationaux-socialistes est alors consommée et seule l’admiration (du combattant pour le combattant) que lui portât toujours Hitler (« On ne touche pas à Junger ! » AHitler cité par D Venner, E Junger, Un autre destin européen)) –et d’autres, notamment dans la Reichswehr- lui permit d’échapper « aux balles dans la nuque ». Un tournant radical, mieux, un exil intérieur.

Plus tard, en septembre 1939, le héros couturé de la première guerre mondiale, l’écrivain reconnu, l’entomologiste et botaniste en herbe, le père de famille remet l’uniforme et reprend le sentier de la guerre; après une drôle de guerre sur la ligne Sigfried où il se signale à nouveau par son courage devant les lignes ennemies, il fait la campagne de France, derrière les blindés de Guderian et les Stuka de Goering et note, jours après jours, ses rencontres entomologiques, minérales, humaines ou littéraires, les heurs et malheurs de ses hommes en guerre mais aussi tout un univers de songes, sensations, vibrations « spectrales », invisibles au plus grand nombre…

C’est le regard décalé de cet homme qui est singulier car, comme celui de l’anarque dont il détaillera plus tard la figure dans Eumeswil, il ne s’attache pas aux apparences ou à l’écume mais à l’essence du monde…Jünger est les trois à la fois : le philosophe, l’artiste et le croyant.

« Le libéral est mécontent de tout régime; l'anarque en traverse la série, si possible sans jamais se cogner, comme il ferait d'une colonnade. C'est la  bonne recette pour qui s'intéresse à l'essence du monde plutôt qu'à ses apparences - le philosophe, l'artiste, le croyant. » Eumeswil, 1977.

Ainsi, dans Jardins et routes (ou même dans Orages d’aciers), peut-il étudier le vol d’un papillon ou la course d'un nuage au bord d’une route encombrée de chars détruits et de cadavres de soldats ou bien revivre ses rêves d’une nuit avant de monter au front. On pense là au rêve de la jument de Malaparte dans la nuit ukrainienne, à ce cadavre qui vient le hanter et lui parler…

« Le soir du 22 avril, nous quittâmes Prény et fîmes une marche de plus de trente kilomètres jusqu'au village d'Hattonchâtel, sans avoir un seul éclopé, malgré le poids du barda ; nous campâmes à droite de la fameuse « grande tranchée »*, en plein cœur de la forêt. Tout indiquait que nous allions être mis en ligne le lendemain. On nous distribua des paquets de pansements, une seconde ration de « singe » et des fanions de signalisations, pour l'artillerie. Je restais longtemps assis, ce soir-là, dans cet état de songerie prémonitoire dont se souviennent les guerriers de tous les temps, sur une souche autour de laquelle foisonnaient des anémones bleuâtres, avant de regagner ma place sous la tente, en rampant par-dessus mes camarades, et j'eus dans la nuit des rêves confus, où une tête de mort jouait le rôle principal. Priepke, à qui j'en parlais le lendemain matin, émit l'espoir qu'il se soit agi d'un crâne Français. » Ernst Jünger, Orages d'acier, 12 avril 1915.

Ou encore :

« Les cathédrales considérées comme des fossiles endormis dans nos villes comme sous des sédiments tardifs. Mais nous sommes fort loin de déduire de ces proportions la vitalité qui se conjuguait avec elles et qui les a formées. Ce qui a vécu sous des apparences multicolores et ce qui les a crées, est plus loin de nous que les ammonites de la période crétacée ; et nous avons moins de peine à nous représenter un saurien d’après un os trouvé dans une carrière schisteuse. On pourrait également dire que les hommes d’aujourd’hui regardent ces œuvres comme un sourd voit les formes de violons ou de trompettes. » Ernst Jünger, Jardins et routes, 1940.

Fin 1944, Junger perd son fils ainé bien aimé, Ernstel. Celui-ci avait du s'engager in extremis dans l'armée alors que, jeune cadet de la marine, il avait critiqué vertement le Fuhrer...Il avait fallu son père en grand uniforme pour le tirer de ce trés mauvais pas mais il avait du s'enrôler dans l'armée sans délai...et y perd la vie en Italie, près de Carrare. Junger franchit un degré supplémentaire, intègre une autre communauté (en pleine expansion..), celle de ceux qui ont perdu des êtres aimés:

"Cher petit, depuis l'enfance il s'appliquait à suivre son père et rêvait de marcher sur ses traces. Et voici que, du premier coup, il fait mieux que lui et le dépasse infiniment." EJ, 13-01-1945.

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C'est à Jünger que je pensais tantôt en lisant les délires du fils Hollande dans le dernier numéro de Faits et Docs:

"Dans la parfaie lignée du think tank socialiste Terra Nova, qui a fait d'un côté du bobo et de l'autre l'immigré ou de l'homosexuel les deux facettes de "l'idéal-type" de l'électeur socialiste (avec abandon des ouvriers et employés, trop "français de souche" et trop réactionnaires), Thomas Hollande, Pierre Lenel et Virginie Martin se sont donc réunis pour pondre une note aussi prétentieuse qu'incompréhensible, avec la même propension à l'ethno-masochisme: "La théorie Queer se situe donc au-delà des oppositions entre cultures centrales colonisatrices dominantes et des cultures colonisées dépendantes et marginales. L'approche Queer permet de penser les hybridations culturelles, les appartenances multiples et les loyautés diverses. Dans ces moments d'échanges transnationaux intenses et de mixité des cultures et des altérités, penser l'hybridation -le tranversal dans l'identité- est incontournable." Faits et Documents, 1-15/05/2013.

ou bien cette mise au point d'E Ratier sur le "pauvre" Harlem Désir...

"Le premier secrétaire du parti socialiste n'est qu'un exemple parmi bien d'autres de ces dirigeants socialistes qui prétendent ne disposer que d'un trés modeste patrimoine. Pour l'ancien patron de SOS racisme, c'est "environ 20 000 euros", constitué par un livret d'épargne et une voiture. De quoi s'interroger sur cet étrange député européen depuis 14 ans, qui gagne chaque mois 8000 euros bruts (échappant largement à l'impôt) plus 4300 eurs de frais généraux qui ne sont pas à justifier, sans parler des voitures de fnction, des voyages gratuits, etc. La quasi-totalité des déclarations de patrimoine paraissent suspectes en rasion des oublis délibérés (patrimoine des conjoints notamment) et surtout des avantages en nature et cotisations retraites ultra-favorables." ibid.


podcast

essayons d'être de mauvais bourgeois :-)

photo: Junger à Majorque en 1931 avec son fils ainé, Ernstel, mort au combat en 44.

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Commentaires

Il ne t'étonnera pas, camarade, que je te témoigne une fois de plus ma reconnaissance pour cette nouvelle évocation de Jünger, ce grand homme qui est aussi un de mes exemples personnels les plus chers, avec d'ailleurs, à égalité de rang, Ernst Von Salomon dont Les Cadets et Les Réprouvés, littéralement psalmodiés nuit et jour dès un âge où la plupart de mes congénères découvraient, eux, les "boums" et les pétards... Ce qui illustre, comment dire, un léger, oh tout petit, décalage de vision du monde, dont je ne pourrais me défaire même si je le voulais - ce qui n'est heureusement pas le cas, même dans les situations de solitude la plus profonde. Ah, l'inversion de toutes les valeurs...

Merci, Hoplite.

Écrit par : Boreas | 03/05/2013

Ce coup ci, nous n'allons pas nous battre comme Junger ou Saint-Marc pour que vive la bourgeoisie.Nous n'allons pas nous battre pour que des héritiers de ministrules puissent continuer à vendre du néant et à emporter notre civilisation dans le trou noir marchand.

Mourir pour que le fils Hollande, Fabius ou Harlem Désir puissent continuer à s'engrainer sur nos cadavres aprés s'être engrainer de notre vivant?

Écrit par : Three piglets | 04/05/2013

Mais quels salauds ces Hoplites, avec leur piège à loup (est-ce des steppes ou pas !), aux fumets si délicieux de Jünger ou d’autres proies si peu évidentes, mais si nourricières et donc de survie !
Fais gaffe l’Hoplite, m’énerve pas hein !
Tare ta gueule à la récré.
Bien à vous.

Écrit par : Martin-Lothar | 04/05/2013

Oui c'est un bonne présentation merci hoplite

mon rêve ça aurait été : être transformé quelques heures en bâton de ski et accompagner Junger et Heidegger lors d'une de leurs promenade en montagne. :-)

la mobilisation totale de Junger c'est le "Gestell" de Heidegger... évidemment. C'est pareil. Je ramène ça sur la table ici car ce que Junger montre c'est que le destin (mauvais) de l'occident se joue bien au delà du domaine du "politique". Tout comme ces guerres mécanisées qui devastaient l'Europe, le désordre économique actuel, la destruction systématique des liens sociaux, l'oubli de la culture propre, la devastation de la Terre, la décadence des arts, etc. tous sont induits par une force destinale, aujourd'hui planétaire, jusqu'alors restée non pensée. Il faut admettre – pour prendre un exemple dérisoire – qu'il y a quelque chose DANS notre civilisation qui appelle, qui exige comme un "progrès", le mariage homo, la GPA, et toutes ces merdes.

Nietzsche disait que le "christianisme" induisait la liberté de conscience, le protestantisme et donc l'athéisme. Il est clair pour qui sait voir que les Femens sont des nones adamistes évangélisant leur morale de pureté mortifère.

Aucun dimanche électoral mais même aucune révolution politique ne pourra nous sauver de notre propre, insurmontable, toute puissante impuissance.

Écrit par : Dia | 04/05/2013

Nous sommes evolutifs.

Faut faire avec.

Écrit par : JÖ | 04/05/2013

Jünger est pour moi un modèle, celui de l'homme accompli : guerrier, penseur, poète, scientifique - l'aristocrate libre (pléonasme). Je le connaissais depuis longtemps, mais il est vrai que la lecture de notre cher Hoplite m'a poussé à acquérir l'intégralité de ses journaux/carnets, dans lesquels je me plonge régulièrement, entre deux consultations de guide du potager. Je lis Jünger comme je lis Nietzsche ou Epictète, il y a toujours chez lui quelque chose de profond et de simple, une humilité, une force d'âme intemporelle, une vibration qui d'après moi résume ce que l'Occident a produit de plus excellent.

Alors merci Hoplite !

Écrit par : Blaise Suarès | 04/05/2013

"Aucun dimanche électoral mais même aucune révolution politique ne pourra nous sauver de notre propre, insurmontable, toute puissante impuissance."

D'accord.
Alors au risque de me répéter, je propose qu'on aille tous zé toutes piner nos batates.
Au moins, j'espère qu'on arrivera à un petit résultat sur elles.

Écrit par : Carine | 04/05/2013

Je ne crois pas que le but de Hoplite soit la culture du désespoir…

Écrit par : Carine | 04/05/2013

Merci Hoplite et bon week end.

Écrit par : Malko | 04/05/2013

Superbe, merci Hoplite !

Écrit par : dimezzano | 04/05/2013

Bonjour,

J'ai lu l'intégralité des Journaux de guerre de Jungers dans la Pléïade en trois semaines. Outre le fait de revisiter, à travers ses réflexions, deux périodes charnières de l'Occident, j'ai été frappé par la maturité de cet homme et son élévation de pensée alors que nombreux ont été ceux qui ont succombé à la tentation du Mal. Malaparte m'a produit la même impression bien qu'il la traduise de façon nettement différente. Sous une apparente facilité, ce sont deux auteurs difficiles qui nécessitent, je le pense, une certaine maturité pour les apprécier. Il est des chanceux qui sont mûrs à vingt ans, d'autres doivent attendre. pour ma part, je ne regrette pas d'avoir attendu car leur lecture a trouvé beaucoup d'écho en moi. Je crois qu'un personnage comme Hélie de Saint-Marc est d'une trempe identique. Malparte m'a littéralement estomaqué tellement ses écrits sont forts. Jüngers ou Saint-Marc sont plus nuancés mais peut être plus profonds. De toute manière, c'est toujours agréable de voir tout ou partie de ses propres réflexions traduite de manière si juste et si élégante. J'ai la naïveté de croire que cela indique qu'on est sur quelque chose de vraie, chose difficile à une époque où le mensonge règne en maître.

Bonne soirée

Écrit par : H. | 04/05/2013

Un truc, meme sans etre representatif evidement, le jugement de beaucoup d'allemands avec qui j'ai parlé de Jünger est très mature (Certains l'apprecient evidement , mais meme ceux qui peuvent le critiquer, lui reconnaissent une grande profondeur et stature.)

Jamais vu de rejet frontal.

Mais je frequente pas assez de gauchistes ideologues, peut etre...

Écrit par : JÖ | 04/05/2013

Je n'ai pas lu Jünger. En revanche, la lecture d'Hélie de Saint-Marc (à qui il est comparé) quand j'étais au lycée m'a confirmé dans mon idée de choisir le métier des armes. Et c'est ainsi qu'on se retrouve en école d'officiers (même si j'ai depuis quitté l'armée après 10 ans de service) Dans le bordel qui s'annonce, cela me semble une bonne formation initiale.

Écrit par : Popeye | 06/05/2013

à tous, de rien! j'aime lire Junger et j'essaie de faire partager ce sentiment: j'ai oublié de parler de ses aventures pharmacologiques. next time. un homme hors du commun.

"Mais je frequente pas assez de gauchistes ideologues, peut etre..."

JÖ, faites un effort.

Écrit par : hoplite | 06/05/2013

Merci hoplite pour ce beau texte sur Jünger, incarnation du meilleur de l'esprit européen. Pour moi aussi, son oeuvre est essentielle. J'avais 18 ans quand j'ai lu le Boqueteau 125. Ca a été un choc de lire un ouvrage d'une telle violence (le livre débute par la traversée d’un village détruit par la guerre dans le nord de la France ou en Belgique. Jünger commence à ressentir une certaine tristesse devant les ruines, et de mémoire, commente de la sorte « surtout ne pas se laisser émouvoir par l’ampleur des destructions car il naîtra toujours plus d’hommes qu’il n’en ai besoin ») et d'une telle profondeur. J'ai depuis découvert, et continue de découvrir, les autres aspects de l’oeuvre de Jünger. De plus, c’est grâce à Jünger que j’ai découvert Venner et de Benoist. Je lui suis redevable à plus d’un titre.



« Ce qui illustre, comment dire, un léger, oh tout petit, décalage de vision du monde »

@ Boreas

On est un certain nombre à ressentir des choses similaires. En tout cas, c’est l’un des points positifs d’internet : pouvoir rencontrer virtuellement et parfois dans la vie réelle des personnes avec qui on partage une même vision du monde. On se sent moins isolé.

Écrit par : Sven | 10/05/2013

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