20/09/2008
L'âme des progressistes
Ce qui est frappant dans le "Plan pic nic" de Borloo, idole des progressistes de tous bords, c'est le souffle et le coté visionnaire du projet.
Au moment ou on martyrise 65 millions de nos compatriotes pour abandonner leur auto, faire du vélo et manger avec leurs doigts, de l'autre côté de la planête, plus d'un milliard d'asiatiques, tous plus fourbes les uns que les autres par nature, abandonnent massivement leurs vélos pour faire l'acquisition de véhicules motorisés et ouvrent en douce chaque année une cinquantaine d'usines thermiques à charbon...
Or il ne me semble pas que le caractère dérisoire, pour tout dire abscon, de ce projet radieux, ait marqué mes contemporains, notamment ceux qui ambitionnent de sauver la planête.
Sans doute considèrent-ils que l'Occident seul est capable de mener pareille réflexion et pareils aménagements révolutionnaires. Peut-être même croient-ils que la mondialisation, qui n'est autre que la diffusion planétaire du modèle productiviste et consumériste occidental, porte en lui les anticorps qui lui permettront de surmonter ses contradictions propres.
Nul doute également que nos petits clercs adeptes de l'idéologie du progrès mais pétris d'ethno masochisme pensent, en leur for intérieur, qu'au moment même ou ce modèle de développement destructeur devient dominant, il n'est pas question d'interroger nos voisins sur la pertinence de ce choix.
Prôner sans le dire ouvertement la décroissance, c'est-à-dire abandonner ou réformer notre modèle économique, alors que le monde non occidental , notamment asiatique, découvre les joies du capitalisme originel et de l'industrialisation de masse, est sans doute éclairant sur le niveau de réflexion de notre ministricule.
Mais, bon. Vais vendanger, tiens, ça me changera.
08:22 | Lien permanent | Commentaires (4) | Tags : borloo est un con
15/09/2008
Mort de l'homicide Hector
Achille, qui avait bu et mangé, venait d’achever son repas, et même la table était encore devant lui. Le grand Priam entra sans être aperçu ; et, s’approchant d’Achille, il lui prit les genoux et baisa ses mains terribles, homicides, qui lui avaient tué tant de fils. Lorsqu’un mortel, en proie à un fatal égarement, a commis un meurtre dans sa patrie, et que, réfugié sur une terre étrangère, il entre dans la maison d’un homme opulent, la stupeur s’empare des assistants : de même, Achille demeura stupéfait à la vue de Priam, semblable aux dieux : et ses compagnons, également stupéfaits, se regardèrent l’un l’autre.
Alors Priam, suppliant, lui adressa ces paroles : « Souviens toi de ton père, Achille égal aux dieux : il est de mon âge, et touche, comme moi, au terme fatal de la vieillesse. Peut-être des voisins l’assiègent et le pressent, et il n’a personne pour écarter de lui la ruine et la mort. Mais lui, du moins, en apprenant que tu vis, se réjouit dans son cœur ; et, de plus, il espère tous les jours voir son cher fils de retour de Troie. Mais moi, infortuné que je suis, j’avais engendré des fils vaillants dans la vaste Troie, et, pas un d’eux, je crois, ne me reste…Le seul que j’avais et qui défendais la ville et nous même, tu l’as tué naguère tandis qu’il combattait pour sa patrie : Hector n’est plus. C’est pour lui que je viens aujourd’hui aux vaisseaux des Grecs, et, pour te racheter son corps, j’apporte une magnifique rançon. Eh bien respecte les dieux, Achille, et, prends pitié de moi-même, au souvenir de ton père. Je suis plus à plaindre que lui : car j’ai pu faire ce que n’a fait encore aucun autre mortel vivant sur la terre : j’ai touché avec la main le menton de celui qui a tué mon enfant. » Il dit ; et Achille, en songeant à son père, sentit le besoin de pleurer ; il prit le vieillard par la main, et, le repoussa doucement. Tous deux se ressouvenaient : Priam, prosterné aux pieds d’Achille, pleurait abondamment l’homicide Hector ; Achille pleurait, tantôt son père, tantôt Patrocle, son ami ; et la maison retentissait de leurs sanglots. Quand le divin Achille se fut rassasié de larmes, il s’élança aussitôt de son siège, releva le vieillard en le prenant par la main ; et, touché de pitié pour cette tête blanche et cette barbe blanche, il lui adressa ces paroles ailées : « Ah! Malheureux, tu as supporté bien des maux dans ton cœur ! Comment as-tu osé venir seul vers les vaisseaux des Grecs, et paraître aux yeux de l’homme qui t’as tué tant et de si valeureux fils ? Tu as certes un coeur de fer. Mais allons, assieds-toi sur ce siège : quelque affligés que nous soyons, laissons les douleurs reposer au fond de notre âme : car rien ne sert de gémir amèrement. »
Achille, fils de Pélée, s’est vengé de la mort de son ami Patrocle en égorgeant Hector, fils de Priam et héros de Troie, puis en outrageant son cadavre, sous les murailles d’Ilion et sous les yeux de son épouse, Andromaque. Priam, protégé par Hermès, se décide à aller seul dans le camp des Grecs pour supplier Achille de lui rendre la dépouille de son fils et lui rendre les honneurs du bûcher.
L’entrevue du vainqueur redoutable et du vieux père suppliant est pour moi une des scènes les plus pathétiques de la poésie grecque ; ainsi, Achille se laisse fléchir et rend à Priam le cadavre de son fils. Alors, tandis que les Grecs, pour honorer la mémoire de Patrocle, célèbrent des jeux, les Troyens rendent à Hector les derniers honneurs. L’Iliade se termine sur le récit de ces funérailles.
(Achille gardant le corps d'Hector)
20:50 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : iliade
