22/04/2012

Bourgogne et codéine

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« Durant les combats de Bapaume, je promenais une petite édition de Tristam Shandy dans mon porte-carte, et je l’avais également sur moi lorsque nous fument engagés devant Favreuil. On nous garda en réserve au niveau des positions de l’artillerie depuis le matin jusque tard dans l’après-midi, et bientôt, nous nous ennuyâmes fort, bien que la position ne fut pas sans danger. Je me mis donc à feuilleter mon livre, et sa mélodie si diverse, semée de tant de scintillements, fut bientôt comme une voix discrète qui se mariait aux circonstances extérieures en une harmonie toute en demi-teintes. Après maintes interruptions, et comme j’avais lu quelques chapitres, nous reçûmes enfin l’ordre de marche ; je remis le livre en poche, et le soleil n’était pas encore couché que j’étais par terre avec une blessure.

 A l’hôpital, je repris le fil de ma lecture, comme si tout l’intervalle n’avait été qu’un rêve, ou bien eut fait partie du livre lui-même, intercalant dans le texte un chapitre d’une force particulièrement convaincante. On me donnait de la morphine, et je lisais, tantôt éveillé, tantôt plongé dans un demi-assoupissement, de sorte qu’un grand nombre d’états d’âme divisaient et fragmentaient à nouveau le texte déjà mille fois fragmenté. Des accès de fièvre, combattus à l’aide de Bourgogne et de codéine, l’artillerie et l’aviation qui bombardaient notre localité, où les troupes en retraite commençaient à refluer et dans laquelle on nous oubliait presque, ajoutèrent encore à la confusion, si bien que je n’ai gardé de ces jours que le trouble souvenir d’une agitation où se mêlaient sentimentalité et sursauts farouches, d’un état ou rien n’eut pu nous étonner, pas même l’éruption d’un volcan, et où le pauvre Yorick et l’honnête oncle Toby étaient les plus familières parmi les figures qui nous faisaient visite. »

 

Ernst Jünger, Le cœur aventureux, 1929.

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Commentaires

j'ai dit ce que j'en pensais.

maintenant, que les islandais croient que des elfes vivent dans les rochers, dehors,ça ne m'étonne pas dutout.

Écrit par : jp | 23/04/2012

@jp, gaffe à la codéine, quand même.

Écrit par : hoplite | 23/04/2012

merci du tuyau.

l'aroseur ectopique arroséedumatin, champs de salades, escargots...
fraicheur des fougères dans les bois...
odeurs d'humus, creuser de sa main le sol, arracher les racines, monde...

au milieu des bruits intraduisibles
de ce rythme qu'ils tuent
et qui existe pourtant
comme un battement de l'être
se renvoyant à lui-même son propre échos

quand tu sens les sons se répondre, tsé

l'alchimie d'un truc qui les pousse à s'harmoniser
indicible
un "rythme", j'insiste

j'en avais parlé à marie une fois, qu'on redescendait vers un abris-bus

y'avait un chantier, des pelles mécaniques en action, pas loin d'un hypermarché
mais y'avait un truc en plus, une "globalité", un truc qui faisait que le mouvement des choses s'harmonisait, comme un échos de ton battement propre, une onde universelle.

têtre un coeur, NOTRE coeur, pélo

le battement de la vie, celui que tu peux capter quand tu te débarasses de leurs choses

bon matin, gardien, écoute un peu de gnawa, de la bone, ça te reviendra peut-être

rien n'est jamais "perdu".

ça veut rien dire, "perdu".

bye

Écrit par : jp | 01/05/2012

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