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15/05/2010

survie

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"Un système sain présente en général une très grande capacité à supporter la présence de parasites. Mais si ceux-ci pullulent alors, passé un certain seuil dans l'affaiblissement, leur présence peut tuer l'animal. La mort de l'hôte n'est pas dans l'intérêt du parasite mais comme il ne sait rien faire d'autre que d'être ce qu'il est selon sa nature, il n'interrompt pas son effort, provoquant la perte de son hôte ainsi que la sienne propre.

On en a eu l'illustration en 2009 : alors que l'économie était toujours dans les derniers dessous, le secteur bancaire, sauvé par les aides étatiques, retrouvait la santé et dispensait à nouveau ses largesses à ses dirigeants et à ses employés les plus talentueux dans l'accumulation du profit. Largesses qui ne trahissaient pas la folie, mais ne faisaient que refléter la proportion colossale dans laquelle ce secteur parvenait à nouveau à détourner vers lui la richesse. Quand les politiques proposèrent de plafonner les bonus, ils choisirent d'ignorer que ces primes indécentes n'étaient que des commissions relativement modestes sur des sommes elles à proprement parler pharamineuses. Quand des velléités apparurent de taxer ces profits monstrueux, les financiers firent immédiatement savoir que toute charge ponctionnée sur leurs opérations serait automatiquement répercutée par eux sur leurs clients. Vu l'impunité de principe dont ils bénéficient, cela aurait sûrement été le cas.

Au cours des semaines récentes, le travail d'investigation des régulateurs et les bureaux des procureurs d'États américains a mis toujours davantage en lumière le rôle joué par la simple cupidité dans le déclenchement de la crise. L'économie étant devenue au fil des années l'otage du secteur financier - et ceci, d'intention délibérée, par choix idéologique - s'effondra dans son sillage. Les États se précipitèrent alors au secours de ce secteur financier, en raison du risque systémique que son écroulement faisait courir. Mais en se refusant à opérer dans les activités financières un tri entre celles utiles à l'économie (ce que Lord Adair Turner, président de la FSA, le régulateur des marchés britanniques appelle les transactions « socialement utiles ») et celles dont la seule fonction est de siphonner une partie de la richesse vers les plus grosses fortunes. Les États ayant épuisé leurs ressources, imposent ce qu'ils appellent l'« austérité » ou (pourquoi se gêneraient-ils ?) la « rigueur », c'est-à-dire se tournent vers les classes populaires et les classes moyennes en exigeant d'elles par un impôt non-progressif et en opérant des coupes sombres dans les mesures de protection sociale en place, de rembourser les sommes manquantes.

La logique en marche est implacable : une évolution a eu lieu, d'une situation où le parasitisme de la finance était relativement tolérable à une autre où il a cessé de l'être. Les États, et les organismes supranationaux peut-être encore davantage, au lieu de tenter d'exterminer le parasite, se tournent au contraire vers l'animal et exigent de lui un effort supplémentaire. Comme c'est de sa propre survie qu'il s'agit désormais, la réaction de celui-ci est prévisible.

Imbécillité profonde des États, encouragée par les « vérités » charlatanesques de la « science » économique, ou complicité caractérisée avec les ennemis de leurs peuples ? Au point où l'on en est arrivé, la distinction a cessé d'être pertinente. Facteur aggravant : ces mêmes États ne manqueront pas de considérer que les sursauts des peuples, réaction saine de leur instinct de survie, sont excessifs et les condamneront, sans penser à leurs erreurs et à leur propre responsabilité dans l'aggravation de la crise.

Un retour à la progressivité de l'impôt est souhaitable. Pourrait-elle seulement être réinstaurée - ce qui paraît peu probable vu le pouvoir historique de l'argent à prévenir un tel rééquilibrage - qu'elle ne parviendrait encore qu'à figer la concentration de la richesse dans son état présent. Or cette concentration est telle aujourd'hui qu'aucune économie ne peut plus fonctionner dans son cadre : les ressources font à ce point défaut là où elles sont requises comme avances dans la production des marchandises ou comme soutien à la consommation des ménages, que le montant des intérêts versés compris dans le prix de tout produit ou service rend celui-ci excessif. Il faudra donc remédier à la concentration des richesses telle qu'elle existe dans son état présent. C'est seulement après qu'une certaine redistribution aura été opérée qu'une imposition progressive pourra s'assurer que le processus de concentration ne reprenne une nouvelle fois son cours mortifère. Bien sûr, ceux qui ont accumulé des fortunes colossales s'affirmeront spoliés (le mot « liberté » sera sans aucun doute galvaudé par eux une fois encore) et prétendront que la possession de ces sommes leur est indispensable pour être ceux qu'ils sont à leurs propres yeux. La réponse qu'il faudra leur opposer est que l'image qu'ils se font d'eux-mêmes importe peu puisque leur fonction est claire désormais : ils se contentent de pomper le sang de leur hôte. Quant à celui-ci, la dégradation généralisée du capitalisme l'a acculé à faire un choix entre sa propre survie et celle des parasites qui l'infestent. Et ce choix, il l'a fait."

Paul Jorion

03/03/2010

ciel et cul

amanda alves.jpg"Le ciel et le cul, les deux grands leviers." (Emile Zola)

Amanda, habille-toi s'il te plait.

 

J'oubliais! le fric...

"On entend beaucoup dire ces jours-ci, à propos de la Grèce et des contournements du « pacte de stabilité et de croissance » de la zone euro que Goldman Sachs lui a permis d'opérer : « Comment est-ce possible qu'un établissement financier vende un produit et parie ensuite sur sa mauvaise performance ? » Et il faudrait ajouter : « Au risque de couler la Grèce - et dans son sillage, par un effet de dominos : le Portugal, l'Espagne... et l'ensemble de la zone euro ».

Mon premier début de réponse, je le propose sous forme d'une autre question : « Comment est-ce possible que Mr. Alan Greenspan, président de la Federal Reserve de 1987 à 2006, gardienne des taux d'intérêt américains, puisse être dans un premier temps l'ange gardien du crédit immobilier américain, et devenir ensuite dans un second temps - quand il a échoué dans sa tâche - le conseiller d'un hedge fund, Paulson & Co, qui a gagné 23,5 milliards de dollars en pariant sur l'effondrement de la valeur des titres de ce même crédit immobilier ? »

Et la réponse intégrale est celle-ci : parce qu'on peut gagner beaucoup d'argent en vendant cher de la camelote, et qu'on peut aussi gagner beaucoup d'argent en s'assurant ensuite contre les dégâts provoqués par cette camelote. Beaucoup d'argent dans un sens, beaucoup d'argent dans l'autre sens.

« Ces gens n'ont vraiment aucune dignité ? », direz-vous. Non : ni dignité, ni honneur, ni morale. Ils sont les homo oeconomicus, que la « science » économique n'a pas arrêté de nous vendre comme le nec plus ultra depuis cent cinquante ans : ils sont « rationnels » et dans une seule dimension : celle du profit. Avez-vous jamais entendu dire que l'homo oeconomicus ait une dignité, un honneur, une morale ? Soyons sérieux : si c'était le cas, comment voudriez-vous décrire son comportement à l'aide d'équations et de courbes ?

Pourquoi en reparler aujourd'hui ? Parce que l'on commence à comprendre ce qui s'est passé en Grèce. Parce qu' un article paru sur le site de l'agence Bloomberg ce matin nous fait comprendre pourquoi la Société Générale a été la principale bénéficiaire du sauvetage de l'assureur américain AIG à l'automne 2008 : parce que Goldman Sachs lui avait vendu les CDO (Collateralized-Debt Obligations - voir le glossaire) les plus vérolés qui soient : Davis Square Funding Ltd.'s DVSQ 2006-6A capital ayant perdu 77,7 % de sa valeur. Si la France s'est fâchée à cette occasion, on ne peut que l'en féliciter, mais comme on ne l'a pas su, c'est qu'on n'a pas voulu nous le dire : on a une fois de plus lavé le linge sale en famille.

Notre espèce a inventé la démocratie pour que nous apprivoisions notre comportement politique mais nous avons pendant ce temps-là laissé la loi de la jungle présider à nos comportements économiques. J'écrivais le 28 août dernier que « L'extraterritorialité morale de la finance n'a que trop duré ! », je n' arrête pas de le répéter depuis." (Paul Jorion)

01/03/2010

contre toute attente...

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Le mieux, aujourdhui, est de lire ce billet de Paul Jorion:

"Les choses ne sont pas en train de s'arranger. Et les temps ont changé : on avait pris l'habitude de vivre dans des contextes de bulle financière, et ce n'est plus le cas. Dans un contexte de bulle on peut continuer sans danger de croire que la finance est autorégulée. On peut croire aussi que le risque n'existe plus, qu'il a été réduit en poudre et que de cette manière il a été neutralisé. Quand la bulle éclate, on constate avec consternation que les choses ne s'arrangent pas d'elles-mêmes et que le risque s'est au contraire concentré : parce que son invisibilité momentanée en faisait une excellente affaire. Certains diront : « Si ! on est toujours dans un contexte de bulle : la bulle de la dette publique des États ! ». Mais ce n'est pas de bulles qu'ils parlent : ils veulent simplement dire que la dette des États gonfle. Ce qui est vrai, mais tout ce qui gonfle n'est pas bulle pour autant.

Non, les choses ne sont pas en train de s'arranger. Vous vous souvenez sans doute que la crise est née en 2007 au sein de l'immobilier américain. On ne parle plus beaucoup de l'immobilier résidentiel aux États-Unis, parce qu'il existe une nouvelle menace : celle de l'immobilier commercial qui point à l'horizon. Savez-vous qu'il y a en ce moment aux États-Unis, 35 banques dont plus de 30 % du montant des crédits est en défaut ? Il va sans dire que leurs jours sont comptés ! Il y en a aussi 140 dont plus de 20 % du montant des crédits est en défaut. C'est sûr qu'on reparlera d'elles. Et 683 dont plus de 10 % du montant des crédits est en défaut. Elles attendent toutes que les clients reviennent dans les centres commerciaux. Avec un taux de chômage officiel de près de 10 % et officieux de 20 %, et 8,4 millions d'emplois perdus depuis le début de la crise, il faut leur souhaiter bonne chance.

On ne parle plus beaucoup de l'immobilier résidentiel américain et pourtant on devrait. Parce que tant que cette infection persiste, c'est l'Amérique toute entière qui continuera d'être malade. Quelques chiffres. En janvier de cette année, il y eut chaque jour aux États-Unis, 4.300 saisies de maisons individuelles. C'est un grand pays mais quand même : 4.300 par jour, c'est énorme, et le chiffre est en hausse. En 2009, 75 % des crédits hypothécaires aux États-Unis, ont été accordés par Fannie Mae et Freddie Mac. Étant invendables, ils les ont achetés essentiellement eux-mêmes. Seule à les aider un peu : la Federal Reserve, mais elle s'arrêtera bientôt de le faire. Le 30 juin 2009, la valeur nette de Fannie Mae était de -10,6 milliards de dollars : le 31 décembre de -15,3 milliards. Une aggravation de 44 % en six mois seulement.

Un quart des crédits hypothécaires ont aujourd'hui un montant plus élevé que la valeur du logement et le chiffre est de 40 % pour l'immobilier commercial. Les ventes de logements neufs (un peu moins de 6 % du parc) ont baissé de 11,2 % en janvier et celles de logements anciens, de 7,2 % ; ce sont les pires chiffres depuis 1963. En 2009, il y eut dans le pays 2,82 millions de saisies de logements, et pour cette année-ci, on sait déjà que ce chiffre de 3 millions sera dépassé. On parle, paraît-il, au sein de l'administration Obama, d'un moratoire pur et simple des saisies. On comprend facilement pourquoi.

Non, les choses ne sont pas en train de s'arranger aux États-Unis."

 

puis celui de Jovanovic:

"Un papier du correspondant de l'Express aux US: "Les armureries prises d'assaut: plus une seule cartouche!", et il me dit "J'avais un peu de mal à le croire, mais oui, il y a bien une pénurie de munitions aux Etats-Unis. Les étalages des armuriers, ceux des supermarchés Walmart, parmi les plus fréquentés, manquent cruellement de balles de calibre 40mm, 9mm et même 357". Eh bien, une fois de plus, cette Revue de Presse avait de l'avance, puisque j'avais expliqué ici il y a quelques mois que les seuls journaux américains qui ne s'étaient pas pris un -30% sur leurs ventes, ce sont justement les magazines consacrés aux armes! Mieux: ils avaient progressé de 10%, en pleine crise (!) un indicateur infaillible que les Américains étaient en train de s'armer comme des fous. Et voici un autre article, anglais pourtant, pays où les ventes d'armes sont donc interdites, qui va dans le même sens, voyez: "We must arm ourselves for a class war. The recession has increased the wealth gap to dangerous". Edmund Conway écrit que l'écart entre les classes supérieures s'accroissant de jour en jour avec la crise et surtout les délocalisations, le système est devenu politiquement instable et dangereux. "When a company shifts factories overseas, the shareholders make more money, but the workers lose their jobs. Optimists claim that this wealth should trickle down to those unemployed workers as the shareholders go out and spend more, but reality has proved otherwise". Lire ici le Telegraph."

 

puis Orlov, pour vous achever...

Edifiant, non?

 

"En politique, rien n'arrive par hasard. Chaque fois qu'un évènement survient, on peut être certain qu'il avait été prévu pour se dérouler ainsi."

(Franklin D. Roosevelt, Président des Etats-Unis (1933-1945))

"Le monde se divise en trois catégories de gens: un très petit nombre qui fait se produire les évènements, un groupe un peu plus important qui veille à leur exécution et les regarde s'accomplir, et enfin une vaste majorité qui ne sait jamais ce qui s'est produit en réalité."

(Nicholas Murray Butler, Président de la Pilgrim Society, membre de la Carnegie, membre du CFR (Council on Foreign Relations))

 

15/10/2009

pays réel et pays légal

paul-jorion.pngC’est un très mauvais signe pour les démocraties quand l’opinion publique se met à prêter attention à des notions comme « pays réel » : cela signifie que le sentiment se répand que dans la communication officielle, la propagande l’emporte sur la diffusion de nouvelles authentiques, et qu’il existe au-delà des annonces, de réelles informations, mais qui demeurent cachées – d’intention délibérée.

Ce qui me fait penser à cette notion de « pays réel », utilisée par un politicien infréquentable, c’est le fait que dans les réunions auxquelles je participe ces jours-ci, organisées par diverses organisations sectorielles, on présente de tout autres informations financières et économiques que celles qui sont communiquées dans la presse, qu’on entend dire à la radio, ou que l’on voit présentées à la télévision. Il existe un fossé entre le réalisme sans concession des premières et l’optimisme béat des secondes.

Bien sûr la différence s’explique aisément : les informations dont je parle émanent de bureaux d’études qui réclament des organismes qui leur commandent ces rapports, des sommes considérables, reflétant le travail en profondeur qu’ils effectuent quand ils les produisent : où l’on va creuser dans des données financières et économiques d’accès souvent difficile. Ces bureaux d’études exigent la confidentialité de leur commanditaire qui, lui-même, n’est pas disposé à partager avec le reste du monde, une information qui lui a coûté très cher.

Mais le résultat, c’est – pour parler comme le font les économistes – une « asymétrie dans l’information » : d’une part, des professionnels à qui l’on explique la situation actuelle comme à des adultes. D’autre part, le grand public, à qui l’on ne communique que des informations qui sont précisément publiques, et que l’on traite du coup, comme un enfant.

http://www.pauljorion.com/blog/