24/03/2014

anarchiste tory

orwell, michéa,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

" (...) Bref, récapitulons ce que nous enseigne la pensée orwellienne, telle qu’exposée à travers cet entretien et ses (très) nombreuses scolies :

-          le Progrès est un mythe, une foi dont les postulats n’ont aucune base réelle mais reposent sur l’amoralité des élites les énonçant. Comme tout dogme, il est totalitaire par essence car ne souffre aucune contestation sérieuse sans aussitôt se montrer répressif ;

-          le Progressiste est un croyant, messianiste suprémaciste et amoral, mais aussi infantile, qui a peur de devenir adulte ; il est atteint d’une pathologie du lien et d’une peur adolescente du sentiment (propos de Michéa). L’humanisme des Lumières dont il se réclame est macabre et machiniste. En ce sens, le Progressiste est inhumain ;

-          seul un Socialisme digne de ce nom, celui des humbles, des travailleurs, de ceux qui restent ancrés dans le réel, est viable. Non parce que le travailleur est à déifier, loin de là, mais parce qu’il conserve des valeurs comme le don agoniste, l’entraide, les fondements qui permettent à toute société humaine d’exister en tant qu’entité collective ;

-          être Socialiste c’est être réactionnaire, refuser la tabula rasa et ses arguments fallacieux. En prenant conscience de cela, et à toutes fins utiles quand nous savons que l’opposition entre les partis au pouvoir est une fausse opposition, il nous appartient de voir en quoi l’opposition entre le nationalisme et le socialisme est aussi une opposition fabriquée par le pouvoir pour faire apparaître antagonistes des tendances en réalité proches et complémentaires, qui devraient faire œuvre commune.

Et à nous, nationalistes, Michéa nous donne quelques pistes de réflexion et de découverte complémentaires : Pierre Leroux, Philippe Buchez, Paul Goodman, Christopher Lasch, George Orwell, Pier Paolo Pasolini, Marcel Mauss, André Prudhommeaux… A la lecture ! Source/Scriptoblog

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Sur la criminalisation de toute critique du Progrès :

« Dans les sciences progressistes de l’indignation, dont les lois sont soigneusement codifiées, la rhétorique du Plus-jamais-ça autorise ainsi, à peu de frais, tous les morceaux de bravoure possibles, tout en procurant, pour un investissement intellectuel minimal, une dose de bonne conscience, pure et d’une qualité sans égale. Le tout, ce qui n’est pas négligeable, pour une absence à peu près totale de danger à encourir personnellement (on songera tout particulièrement, ici, aux merveilleuses processions de pénitents d’avril 2002). »

« La mobilité perpétuelle des individus atomisés est l’aboutissement logique du mode de vie capitaliste, la condition anthropologique ultime sous laquelle sont censés pouvoir se réaliser l’adaptation parfaite de l’offre à la demande et « l’équilibre général » du Marché. Cette conjonction métaphysique d’une prescription religieuse (Lève-toi et marche!) et d’un impératif policier (Circulez, il n’y a rien à voir !), trouve dans l’apologie moderne du « Nomade » son habillage poétique le plus mensonger. On sait bien, en effet, que la vie réelle des tribus nomades que l’Histoire a connues, s’est toujours fondée sur des traditions profondément étrangères à cette passion moderne du déplacement compensatoire dont le tourisme (comme négation définitive du Voyage) est la forme la plus ridicule quoiqu’en même temps, la plus destructrice pour l’humanité. Bouygues et Attali auront beau s’agiter sans fin, leur pauvre univers personnel se situera donc toujours à des années-lumière de celui de Segalen ou de Stevenson. Sénèque avait, du reste, répondu par avance à tous ces agités du Marché : « C’est n’être nulle part que d’être partout. Ceux dont la vie se passe à voyager finissent par avoir des milliers d’hôtes et pas un seul ami » (Lettres à Lucilius). » Citations tirées de l'ouvrage Orwell éducateur (Michéa).

La common decency selon André Prudhommeaux, cité par Michéa :

« L’anarchisme c’est tout d’abord le contact direct entre l’homme et ses actes ; il y a des choses qu’on ne peut pas faire, quel qu’en soit le prétexte conventionnel : moucharder, dénoncer, frapper un adversaire à terre, marcher au pas de l’oie, tricher avec la parole donnée, rester oisif quand les autres travaillent, humilier un « inférieur » etc. ; il y a aussi des choses qu’on ne peut pas ne pas faire, même s’il en résulte certains risques – fatigues, dépenses, réprobation du milieu, etc. Si l’on veut une définition de base, sans sectarisme ni faux-semblants idéologiques, de l’anarchiste (ou plutôt de celui qui aspire à l’être), c’est en tenant compte de ces attitudes négatives et positives qu’on pourra l’établir, et non point en faisant réciter un credo, ou appliquer un règlement intérieur […] Les rapports entre le comportement (ou le caractère) d’une part, et de l’autre l’idéologie, sont ambivalents et contradictoires. Il y a souvent désaccord profond entre le moi et l’idéal du moi. Tel camarade se pose en adversaire enragé de l’individualisme « égocentrique », de la « propriété » et même de toute « vie privée », qui s’avère un compagnon impossible : persécuteur, calculateur et profiteur en diable : il pense moi, et il prononce nous. » (Texte rédigé en 1956). source/scriptoblog

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Par les temps (d'imposture) qui courent, il est toujours sain de revenir à certaines évidences, en l'occurrence celles figurant dans cet ouvrage de Michéa répondant à la -très progressiste et très salope- Aude Lancelin (du mal-nommé journal Libération...je propose Liquidation).

Le Spectacle promu par nos modernes et leurs organes de propagande estampillés FFI prend soin d'occulter la matrice idéologique commune (rationalisme des Lumières) des deux tendances politiques majoritaires dans ce pays (et partout ailleurs en Occident): la "gauche" progressiste (et libérale) et la "droite" libérale (et non moins progressiste) partagent ce même messianisme du Progrès et cette quête individualiste d'émancipation absolue de tout attachement familial, communautaire, géographique, historique, culturel, religieux ou civilisationnel. Les uns et les autres, comme le décrit joliment Michéa, ne sont que les deux faces du même ruban libéral juridico-marchand de Möbius. En ce sens, le pseudo affrontement politique entre "droite" et "gauche" ne peut que se résumer aux quelques marronniers pour presse people que met en avant le Spectacle et sa nombreuse domesticité à paillettes  ("le vote des étrangers, pour ou contre?", "l'homoparentalité, pour ou contre?", "la dépénalisation des drogues douces, pour ou contre?", "la viande hallal, pour ou contre?", ad lib...) permettant d'occulter aux masses non agissantes gavées de tittytainment, des enjeux moins festifs mais cruciaux: quelle critique du capitalisme globalisé? quelle modèle de société? Quelle communauté? Quel contrat? Quelle identité? Quelle critique sociale? Quel développement? Quelle économie? Quelle place de l'économie? Quelle démocratie? Quelle représentation? Quel pouvoir? Quelle éducation? Quels droits? Quels devoirs? Quelles valeurs communes? Quelles vision du monde ?

Déminons immédiatement la question libérale: je nomme "libéral" ce qui correspond à ce projet de la modernité occidentale basé sur l'individualisme, la marché (les fameuses "lois naturelles de l'économie" censées transformer les vices privés en vertus publiques" selon la fable des abeilles de Mandeville), la raison, l'idéologie de Progrès, l'ideal d'autonomie, d'émancipation de toute hétéronomie (autre que celle du "marché auto-régulé" (cette blague pour trader du Forex..), des "droits de l'homme" et, accessoirement en Europe, celle de la Shoah, au profit de l'unification juridico-marchande de nos sociétés contemporaines ("commercial societies" d'Adam Smith) en rupture avec l'idée de communauté enracinée dans un contexte social-historique, des valeurs communes, un projet commun, en rupture avec toute affiliation ou toute détermination antérieure au Moi...Pour dire que la question libérale est plus pour moi une question de philosophie politique que de place de l'Etat dans la société civile (qui a son importance mais qui me parait secondaire; en ce sens, la France et d'autres pays en Europe issus du « compromis Fordiste » et Keynésien de l'après-guerre reposant sur un équilibre singulier (et nullement spontané) entre exigences sociales et logique marchande, trouve une place à part en raison de l'importance de la place de l'Etat et de la planification dans la société. Mais il n'en demeure pas moins que sur un plan philosophique, nos modernes restent des libéraux. Je fait volontairement l'impasse sur cette autre variété de modernes, les républicains, qui bien que nominalistes (l'homme est par nature un être radicalement indépendant) comme leurs cousins libéraux (qui eux font le pari de l’égoïsme anthropologique comme structure fondatrice) , croient eux en les vertus civiques et militaires et pensent qu'une république ne peut survivre sans ces comportements vertueux.

Mais les uns comme les autres, parce que modernes, font délibérément l'impasse sur les conditions anthropologiques de toute vie en communauté, l'obligation réciproque, l'intersubjectivité, le cycle du don et du contre-don (qui structure encore largement les rapports humains dés que l'on quitte les palais lambrissés, les couloirs de Libération ou les coulisses de la Star'ac...) théorisé par Mauss mais présent intuitivement en chacun de nous (cette "common decency" Orwellienne qui ndique simplement que certaines choses se font et d'autres pas).

Par ailleurs et concernant cette intervention étatique toujours excessive aux yeux d’un libéral conséquent (ou d'un républicain, donc), il est important de comprendre que celle-ci est directement corrélée à la disparition des protections, corporations et solidarités multiples, réciproques et naturelles des sociétés traditionnelles et communautaires. En ce sens, en s’émancipant de tout et de tous, nos modernes séparés et désaffiliés ne peuvent plus guère trouver assistance et protection que dans des politiques étatiques toujours plus coûteuses et envahissantes…Si l’on ajoute à cela la récente et très radicale remise en question de cet Etat-Providence sur l’autel des « nécessaires ajustements de rigueur » destinés à « rassurer les marchés », on peut avoir une idée assez juste du monde à venir tel que le concevait le penseur libéral Hobbes (la « guerre de tous contre tous »), ce monde profondément pessimiste et sombre auquel ce penseur de la modernité n’envisageait, pour éviter la guerre civile, qu’un état fort, voire tyrannique (mais non totalitaire), le Léviathan, seul à même de faire régner l’ordre et d’éviter le chaos. Ainsi, émancipation et Etat thérapeutique avec pseudopodes festifs et panopticoïdes avancent ensemble. C’est donc parce que festivus-festivus, cet homoncule hors-sol à tablette prôné par Attali et Carglass, existe et devient la nouvelle figure de la modernité que la bureaucratie étatique si décriée par tous les Marchenoir (parfois à juste titre d’ailleurs mais sans en comprendre la génèse) devient la trame de nos commercial societies…

Un dernier mot sur l'impossibilité pour un libéral conséquent de défendre des identités collectives: le libéralisme est une anthropologie individualiste radicale niant la dimension sociale première de tout homme (chacun de nous vient au monde enraciné dans un contexte social historique, dans une langue, une culture, une communauté culturele sinon ethnique, des paysages, une religion, bref une civilisation); cela ne signifie pas que des libéraux ne puissent pas défendre des identités collectives mais qu'ils le font en contradiction avec les principes dont ils se prévalent. Plus que « réactionnaire », il est aujourd’hui –plus que jamais- nécessaire d’être rebelle au monde tel qu’il ne va plus, sinon révolutionnaire, c'est-à-dire conservateur (refuser le postulat des Lumières selon lequel l'homme est radicalement seul et la société un simple conglomerat de monades vertueuses ou pas selon son inclinaison de moderne, libéral ou républicain). Et socialiste (au sens orwellien du terme…pas au sens strausskahnien). Sorte de sonderweg entre le prussianisme d’un Jünger et l’anarchisme conservateur d’un Orwell.

Bref, de mauvais bourgeois, comme disait Jünger:

« La domination du tiers-état n’a jamais pu toucher en Allemagne à ce noyau le plus intime qui détermine la richesse, la puissance et la plénitude d’une vie. Jetant un regard rétrospectif sur plus d’un siècle d’histoire Allemande, nous pouvons avouer avec fierté que nous avons été de mauvais bourgeois. » Jünger, Le travailleur, 1931

Commentaires

Je pense qu'il n'est pas prêt de figurer dans les programmes de philo des terminales...

1984 en littérature, à la rigueur, pour l'anecdote et le frisson.
Mais la réflexion politico-philosophique repassera, avec les gens de l'éduc...

Écrit par : Carine | 25/03/2014

"Je pense qu'il n'est pas prêt de figurer dans les programmes de philo des terminales..."

non. anyway, je ne crois pas qu'il y ait une seule chance que le système puisse se réformer. parallèle avec la réflexion de Meadows sur l'effondrement inéluctable sur le modèle anthropologique contemporain promis à un effondrement certain à court terme.

comme dit Meadows, le concept de démocratie (non pertinent pour le régimes actuels en Ocicident) est sans valeur sur la longue histoire car simple accident de l'évolution et bien moins pertinent que celui de clan/tribu.

http://www.noeud-gordien.fr/index.php?

on est au premières loges, ça va être long. avec peut -etre quelques compensations secondaires, qui sait?

Écrit par : hoplite | 25/03/2014

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