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11/05/2014

Ukraine, enfin la vérité!

saloperie ordinaire

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« Christiane Taubira déclare sans ambages qu’il ne faut pas trop évoquer la traite négrière arabo-musulmane pour que les jeunes Arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes. Les enjeux du présent expliquent ces relectures du passé. (…) Roger Botte, chercheur au Centre d’études africaines du CNRS, constate qu’il privilégie également la traite transatlantique du fait de «la pression des représentants du monde arabe et des Etats africains». [...] L’Express

Par contre il est utile et urgent que les jeunes européens portent eux tout le poids de leur héritage colonial. Taubira n’est donc pas dans une démarche historienne (qu’elle n’est pas) ni républicaine puisque communautaire (les noirs vs les blancs, en gros). Pas un mot dans sa fameuse « loi » sur les traites non occidentales, notamment orientale et africaine.

L’européen seul est coupable et seul doit expier. Comme Sartre put faire l’apologie du totalitarisme communiste (puis maoïste) pour « ne pas désespérer Billancourt », Taubira falsifie l’histoire des traites négrières et prend en otage la république française et les historiens dans une logique victimaire et communautaire haineuse sous les dehors de l’anti-racisme militant. Ne pas désespérer Grigny peut-être?

Au fond, le problème n’est pas tant dans le fait que la pauvre Taubira puisse débiter ses élucubrations et sa névrose ménopausée mais dans le fait que ce genre de personnage, parfaitement nuisible à la paix civile, puisse être porté au pinacle par le Spectacle et institué non seulement en garant des lois républicaines mais aussi en figure de notre époque. Disons même que le surgissement régulier de ce genre de personnage malfaisant est le produit de cette époque de falsification ordinaire de l'histoire et de mensonge médiatique de masse.

" (...) La colonisation fut le péché majeur de l’Occident. Toutefois, dans le rapport de la vitalité et de la pluralité des cultures, je ne vois pas qu’avec  sa disparition on ait fait un grand bond en avant ", affirme Lévi-Strauss dans De prés et de loin. Votre appréciation ?

L’assertion est historiquement fausse. Les Grecs, les Romains, les Arabes ont tous entrepris et réussi des opérations immenses de colonisation. Plus que cela, ils ont assimilé ou converti –de gré ou de force- les peuples conquis. Les Arabes se présentent maintenant comme les éternelles victimes de l’Occident. C’est une mythologie grotesque. Les Arabes ont été, depuis Mahomet, une nation conquérante, qui s’est étendue en Asie, en Afrique et en Europe (Espagne, Sicile, Crète) en arabisant les populations conquises. Combien d’ « Arabes » y avait-il en Egypte au début du VIIème siècle ? L’extension actuelle des Arabes (et de l’Islam) est le produit de la conquête et de la conversion, plus ou moins forcée, à l’islam des populations soumises. Puis ils ont été à leur tour dominés par les Turcs pendant plus de quatre siècles. La semi-colonisation occidentale n’a duré, dans le pire des cas (Algérie), que cent trente ans, dans les autres beaucoup moins. Et ceux qui ont introduit les premiers la traite des Noirs en Afrique, trois siècles avant les Européens, ont été les Arabes.Tout cela ne diminue pas le poids des crimes coloniaux des Occidentaux. Mais il ne faut pas escamoter une différence essentielle. Très tôt, depuis Montaigne, a commencé en Occident une critique interne du colonialisme qui a abouti déjà au XIXème siècle à l’abolition de l’esclavage (lequel en fait continue d’exister dans certains pays musulmans), et , au XXième siècle, au refus des populations européennes et américaines (Vietnam) de sa battre pour conserver les colonies. Je n’ai jamais vu un Arabe ou un musulman quelconque faire son « autocritique », la critique de sa culture, à son point de vue. Au contraire, regardez le Soudan ou la Mauritanie. (...)

Cornélius Castoriadis, Une société à la dérive, Essais, 2005.

Cette salope de Taubira sait pourtant:

-que la traite des Slaves -européens- fut contemporaine des traites arabo- et turco-musulmanes qui ravagèrent l’Afrique Noire et de la guerre de course menée par les Barbaresques qui hantèrent les côtes de Méditerranée occidentale pendant mille ans,

-que c'est la geste coloniale occidentale (que célèbre le pauvre Hollande au travers de la figure de Jules Ferry, lol!) qui mit fin à cette pratique millénaire de la traite esclavagiste sur le continent africain,

-que la traite triangulaire occidentale (dont parle de Beketch ici) ne fut qu'une courte parenthèse occidentale dans la longue histoire -notamment africaine et musulmane- de la traite esclavagiste,

-qu'enfin, comme le rappelle ci-dessous Castoriadis, seul l'Occident sut critiquer cette pratique et y mettre fin...

« (...) On est capable en Occident, du moins certains d'entre nous, de dénoncer le totalitarisme, le colonialisme, la traite des Noirs ou l'extermination des Indiens d'Amérique. Mais je n'ai pas vu les descendants des Aztèques, les Hindous ou les Chinois, faire une autocritique analogue, et je vois encore aujourd'hui les Japonais nier les atrocités qu'ils ont commises pendant la Seconde guerre mondiale. La colonisation de certains pays arabes par les Européens a duré, dans le pire des cas, 130 ans: c'est le cas de l'Algérie, de 1830 à 1962. Mais ces mêmes Arabes ont été réduits à l'esclavage et colonisés par les Turcs pendant cinq siècles. La domination turque sur le Proche et le Moyen-Orient commence au XVe siècle et se termine en 1918. Il se trouve que les Turcs étaient musulmans - donc les Arabes n'en parlent pas. L'épanouissement de la culture arabe s'est arrêté vers le XIe, au plus le XIIe siècle, huit siècles avant qu'il soit question d'une conquête par l'Occident. Et cette même culture arabe s'était bâtie sur la conquête, l'extermination et/ou la conversion plus ou moins forcée des populations conquises. En Egypte, en 550 de notre ère, il n'y avait pas d'Arabes - pas plus qu'en Libye, en Algérie, au Maroc ou en Irak. Ils sont là comme des descendants des conquérants venus coloniser ces pays et convertir, de gré ou de force, les populations locales. Mais je ne vois aucune critique de ces faits dans le cercle civilisationnel arabe. De même, on parle de la traite des Noirs par les Européens à partir du XVIe siècle, mais on ne dit jamais que la traite et la réduction systématique des Noirs en esclavage a été introduite en Afrique par les marchands arabes à partir des XI-XIIe siècles (avec, comme toujours, la participation complice des rois et chefs de tribus noirs), que l'esclavage n'a jamais été aboli spontanément en pays islamique et qu'il subsiste toujours dans certains d'entre eux. »

Cornélius Castoriadis, http://www.republique-des-lettres.fr/232-cornelius-castoriadis.php

08/05/2014

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"Sur l’Ukraine

Ne pas réduire les nationalistes ukrainiens à une bande de cocus naïfs c'est d'abord les connaitre, les reconnaitre et les respecter.

Rester mesuré dans les critiques les concernant c’est se souvenir que nous sommes plantés bien au chaud dans notre cocon occidental à poser des jugements d’acier qui ne dépassant pas nos claviers.

Trouver dans le travail doctrinal et positionnel du Praviy Sektor bon nombre d'éléments positifs ne se confond en rien avec un soutien béat et inconditionnel au gouvernement ukrainien qu'il soit à base nationaliste ou pas.

Considérer l'Ukraine comme un ethnos recherchant un Etat-Nation ce n'est pas trahir l'idée d'Europe, ce n'est pas s'opposer à la Russie, ce n'est pas faire le jeu des yankees mais reconnaitre un fait identitaire tangible et historiquement fondé.

Ne pas se réjouir des morts de Maïdan, ne pas insulter des combattants c’est refuser le cynisme de certains pro-russes jusqu’auboutistes et se souvenir que dans notre héritage européen il n’y pas de place pour la haine et la démesure.

Sur la Russie et Vladimir Poutine

Critiquer la Russie sur la gestion de son étranger proche n'est pas s'opposer à la Russie mais lui opposer une vision différente, la vision européenne fondée sur l'entente. Russie et Europe sont complémentaires, non mimétiques.

Penser la Russie comme un partenaire, ce n'est pas s'en défier mais lui rendre sa destinée réelle, celle d'un pont stratégique entre l'Europe et l'Asie.

Ne pas se pâmer sur la pensée quasi "magique" de monsieur Douguine, ce n'est pas être anti-russe, mais exprimer une vision prioritairement centrée sur l'Europe, réalité ethno-culturelle et politique plurimillénaire.

Critiquer la personnalité de monsieur Poutine, ce n'est pas ouvrir un "second front" ou "faire le jeu des yankees", mais simplement rappeler que derrière la "figure" et le story-telling du Kremlin il existe une réalité moins étincelante et plus préoccupante qu’il faut analyser froidement, du point de vue de nos seuls intérêts.

Critiquer la politique de monsieur Poutine c'est aussi exprimer le point de vue de nos camarades russes qui subissent dans un silence de cathédrale la répression violente du régime pour le seul fait d'en dénoncer le virage libéral, autocratique et mafieux.

Répéter que le Kremlin a adopté le même arsenal législatif et répressif que l'occident à l'égard des radicaux et des dissidents c'est montrer que le "rempart" contre l'occident n'en est peut-être pas vraiment un.

Expliquer que monsieur Poutine est richissime, que cette richesse est sujette à caution, que son entourage d'oligarques bigarrés très établis à la City de Londres a tous les atours des capitalistes occidentaux (le voile démocratique en moins, ce qui rend les choses plus simples) n’a rien de sensationnel mais doit être porté à la connaissance de tous.

Rappeler que Vladimir Poutine a déclaré que l’Union Eurasiatique « est mue par les valeurs de liberté, de démocratie et les lois du marché » et qu’elle doit être un « des pôles du monde moderne et jouer le rôle de connecteur économique efficace entre l'Europe et L'Asie », ce n’est pas être anti-russe mais c’est surtout ne pas être dupe des schémas profonds.

Poser donc la question du caractère anti-occidental de l’Union Eurasiatique.

Rappeler également que la garde rapprochée de Poutine est composée d’oligarques presque tous juifs, formés aux Etats-Unis pour certains, résidents à Londres et clients VIP des Rothschilds. 

Ces  milliardaires (presque tous dans le palmarès des 400 plus grandes fortunes mondiales du journal Forbes), dirigeants de consortiums géants de taille mondiale (pétrole, gaz, banques d’investissements …) détiennent tous des postes politiques clé dans l’organigramme du Kremlin. Ils ont tous également des postes des postes clé dans le congrés juif de Russie, le congrès juif d’Europe et le congrès juif mondial. Voici quelques noms :

Arcady Rothenberg – (métallurgie, construction) ; Roman Abramovitch – 107e fortune mondiale (hydrocarbures, sport) ; Mikhail Friedman - 41e fortune mondiale (pétrole, secteur bancaire, télécommunications) ; Len Blavatnik – 44e fortune mondiale (divers) ; Oleg Deripaska (aluminim, services publics) ; Leonid Mikhelson – 47e fortune mondiale (gaz, produits chimiques) ; Viktor Vekselberg – 52e fortune mondiale (pétrole, métaux) ; Evgueny Shvidler – 369e fortune mondiale (pétrole, gaz) – naturalisé américain, grand ami d’Abramovitch ; Filaret Galchev, - 175e fortune mondiale (ciment) ; Aleksander Abramov, - 186e fortune mondiale (acier, métallurgie) ; Vladimir Yevtushenkov, 176e fortune mondiale (microélectronique) ; German Kahn – 103e fortune mondiale (pétrole, banque, télécommunications) ; David Davidovich -782e fortune mondiale (restauration, métallurgie) … Il est possible de consulter à loisir consulter sur internet les postes, fortunes et entreprises détenus par ces oligarques.

On peut également citer dans le cercle fermé des intimes de Vladimir Poutine, le rabbin loubavitch Berel Lazar, grand rabbin de Russie. Né à Milan formé dans une école rabbinique de New York (Collège rabbinique d’Amérique, Morristown, New jersey). En 1990, Berel Lazar a été nommé rabbin de la synagogue Maryina Roshcha de Moscou. En 1992, Lazar rencontre à Moscou le diamantaire israélien Lev Leviev avec qui il se lie d’amitié.  Ce dernier le présente aux hommes d’affaire juifs russes Boris Berezovski  et Roman Abramovich. Abramovich, ami intime et appui politique de Poutine le présente au futur président de Russie qui une fois au pouvoir le fera grand Rabbin et citoyen russe.

Enfin, on peut également citer Moshe Kantor, de son vrai nom Viatcheslav Moshe Kantor, né à Moscou en 1958, businessman, 56e fortune mondiale, ami d’Abramovitch, de Blavatnik et de Berel mais surtout président du Congrès Juif Européen depuis 2007.

Poser en conséquence, froidement la question cruciale de la « multi-polarité » revendiquée par les pro-russes pour la Russie de Poutine au regard du comportement très capitalistique et mondialiste de cette garde rapprochée.

Poser aussi la question du caractère « oppositionnel » de la Russie au regard des liens étroits pour ne pas dire « familiaux » que la garde rapprochée de Poutine entretient avec ses homologues anglo-saxons (Warburg, Rothschild …), israéliens (Stanley Fischer, Leviev, Libermann,  Idan Ofer …), français (DSK, Sarkozy) ou sud-africain (Gill Marcus président de la banque centrale d’Afrique du Sud) …

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07/05/2014

tolérance à la fraude

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(...) Le monde de la finance ne constitue pas une tribu, ne serait-ce que parce que ceux qui travaillent dans sa sphère se redistribuent immédiatement en deux sous-populations : les décideurs et les non-décideurs. Même les non-décideurs prennent bien évidemment des décisions, individuellement ou en tant que membres de comités, mais celles-ci sont de nature purement technique, visant à résoudre des problèmes d’ordre pratique, sans conséquences pour ce qui touche à l’interaction de la compagnie avec le monde extérieur. Les décideurs décident et lorsque les implications de leurs décisions empiètent sur le monde des non-décideurs ceux-ci ne manquent pas de les déplorer, les évoquant péjorativement comme des interférences « politiciennes ».

Personnellement, et quel que soit le titre relativement élevé dont on m’ait gratifié (« First Vice-President » au sommet de ma carrière), j’ai toujours appartenu au sein de la finance au monde des non-décideurs. La compétence dont on fait preuve alimente en permanence une dynamique de promotion et, recruté initialement par une compagnie en capacité de programmeur, je me suis retrouvé après quelques mois rebaptisé « business analyst » en raison de ma bonne culture en finance proprement dite. Les promotions peuvent cependant atteindre un plafond, un « glass ceiling » comme on dit en anglais : un plafond de verre, séparant précisément la classe des non-décideurs de celle des décideurs. Ce plafond est constitué d’un jugement porté – explicitement ou implicitement – sur la capacité du candidat à fonctionner au sein du monde plus secret des décideurs.

Les décideurs aiment caractériser le critère d’appartenance à leur club en termes de compétence, mon expérience de dix-huit ans m’a cependant convaincu que ce critère était en réalité d’un autre ordre : la tolérance personnelle à la fraude.

Problèmes techniques et enjeux politiques

Une fois parvenu immédiatement au-dessous du seuil correspondant au « plafond de verre », le candidat est testé : il est invité à des réunions où sont évoquées des questions impliquant des décisions d’ordre politique. Je me souviens ainsi d’une réunion à laquelle j’avais participé et où la question posée était de savoir s’il fallait ou non rétrocéder des commissions à une compagnie qui nous transférait une portion de son chiffre d’affaires, j’imagine pour qu’elle puisse rester en-dessous d’un certain seuil fiscal, ou pour qu’elle puisse maintenir un certain statut, lui permettant de continuer à bénéficier d’un régulateur coulant par exemple. La rétrocession de commissions prendrait la forme classique de la commande d’études que nul n’aurait l’intention d’effectuer ou de la sous-facturation de services. Il ne s’agissait donc pas d’escroquerie de haut vol mais de malhonnêtetés à la petite semaine. Je m’abstins de toutes remarques mais mon silence dut être interprété en soi comme une marque de désapprobation car on ne me réinvita jamais à des réunions de ce type. Mieux, quand un peu plus tard je tombai accidentellement et sans m’en apercevoir initialement sur une supercherie de grande envergure, on me licencia aussitôt. Une alternative aurait consisté à me prendre à part et à m’expliquer de quoi il s’agissait, en me faisant comprendre que mon silence allait de soi, tactique qui était utilisée avec d’autres mais que l’on rejeta dans mon cas. Le fait que mon comportement général suggérait a priori une probité sans compromis transparut à une autre occasion, dans le cadre d’une compagnie où je découvris accidentellement que les cadres supérieurs recevaient des pots-de-vin de nos clients en échange d’un traitement plus favorable que celui prévu par les barèmes, pénalisant bien entendu la compagnie qui nous employait et plus particulièrement son propriétaire. Comme dans le cas précédent, c’était une certaine dextérité dans l’extraction et l’analyse de données appartenant à la comptabilité de mon employeur qui m’avait fait découvrir ces faits. Je fus convoqué dans les dix minutes qui suivirent ma découverte et on me dit sans ambages : « Vous comprendrez aisément que le nouveau contexte nous oblige à réclamer votre démission ».

J’aurais pu choisir de faire du bruit, mais j’entendais poursuivre mon expérience au sein du monde de la finance, et toute dénonciation de ce type m’aurait transformé en persona non grata dans l’industrie. Je m’en abstins donc prudemment. Privé d’accès à des fonds de recherche depuis 1989, je consacrai chaque fois les allocations de licenciement généreuses que l’on me consentait pour acheter mon silence à rédiger un livre relatif à ce que je découvrais, mais traité sur un plan plus général. Ce fut dans le premier cas rapporté ci-dessus : Investing in a Post-Enron World (Jorion 2003), et dans le second cas : Vers la crise du capitalisme américain ? (Jorion 2007).

Le profil que j’adoptais était celui du « savant distrait », du technicien absorbé par la résolution de problèmes purement techniques et prétendument incapable de noter les enjeux politiques du cadre au sein duquel il évolue. Cela suffisait en général à ce qu’on me laisse tranquille puisque je réalisais par ailleurs les tâches que l’on me confiait (le plus souvent d’ailleurs celles sur lesquelles mes prédécesseurs s’étaient cassé les dents, ce qui me rendait indispensable malgré mon caractère atypique et assez inquiétant). Il m’arriva pourtant un jour que l’on me rappelle en termes explicites la nature des enjeux politiques et leur préséance sur la résolution technique des problèmes. L’anecdote mérite d’être rapportée car elle est éclairante en soi quant au monde financier et au rapport de force existant entre lui et ses autorités de tutelle : le régulateur étatique qui supervise, en principe du moins, son activité.

Je faisais partie à l’époque d’une équipe de consultants introduisant dans une banque européenne (la plus importante du pays en question) le protocole de gestion du risque « VaR », Value at Risk. Les autorités de tutelle avaient imposé que les banques produisent dorénavant journellement ce chiffre de Value at Risk exprimant, pour dire les choses en deux mots, sa perte maximale probable au cours d’une période donnée, vu son exposition au risque sur les marchés. Mon rôle consistait à tester le logiciel que nous installions. J’avais pour cela créé un portefeuille fictif de l’ensemble des instruments de dette que possédait la banque, dont je calculais le prix « à la main », c’est-à-dire en ayant créé un modèle de cet instrument sur un tableur, puis je comparais les valeurs obtenues à celles que le logiciel générait pour les mêmes configurations. Or ça ne collait pas : on trouvait dans les prix des produits (en amont du calcul de la « VaR ») des erreurs de l’ordre – si je me souviens bien – de 1%, ce qui sur des portefeuilles de la taille des portefeuilles bancaires était tout à fait inacceptable.

Je demandai à examiner le code (C++), ce qu’on m’accorda, bien qu’en me maudissant silencieusement. Le code était correct et il ne s’agissait donc pas d’un bug, d’une erreur de programmation. La méthodologie VaR était codée à l’intérieur d’un module inséré lui au sein d’un logiciel beaucoup plus vaste. Je me mis à examiner les chiffres en entrée dans le module VaR en provenance du logiciel général. La source des erreurs était là. Or ce logiciel était d’usage courant depuis plusieurs années, installé dans des centaines de banques de par le monde, le vendeur bénéficiant d’une part considérable du marché. Nos services étaient coûteux pour la banque hôte et l’équipe à laquelle j’appartenais était restée bloquée depuis plusieurs jours, attendant le résultat de mes investigations. La nouvelle que j’annonçais : que le problème était en amont et beaucoup plus général que nul n’avait envisagé puisqu’il affectait la valorisation de produits financiers très répandus, jeta la consternation.

Quelques jours plus tard, la banque organisait un cocktail dans un excellent restaurant de la ville. J’étais là, mon verre à la main, quand un vieux monsieur m’aborda : « Vous savez qui je suis ? » Non, je ne le savais pas. Il me dit son nom qui m’était familier : c’était celui du numéro deux ou trois de cette grande banque dont tout le monde connaît le nom. « Et moi je sais qui vous êtes : vous êtes l’emmerdeur qui bloquez tout. Il y a une chose que vous n’avez pas l’air de comprendre mon petit Monsieur : le régulateur, ce n’est pas lui qui me dira ce que je dois faire. Non, ce n’est pas comme ça que les choses se passent : c’est moi qui lui dirai quels sont les chiffres, il ne mouftera pas et les choses en resteront là. Un point c’est tout ! » Et il tourna les talons, me plantant là, moi et mon verre.

On s’interroge aujourd’hui pourquoi dans la période qui s’acheva en 2007 les régulateurs de la finance étaient assoupis aux commandes. Mon expérience m’avait offert la réponse : le rapport de force existant véritablement entre banques et régulateurs. (...)

Paul Jorion 2010/source

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Je vous suggère de lire entiérement ce texte de Jorion, tellement il est éclairant sur le fonctionnement intime et criminel de la finance globalisée. Michéa y fait une brève allusion dans son dernier opus (Le complexe d'Orphée), non sans raison. Jorion y décrit, avec l'oeil de l'anthropologue qu'il est, et du candide aussi, les situations de ruptures professionnelles que vont amener ses compétences hors-normes et sa simple probité dans un milieu, donc, ou ce qu'il est convenu d'appeller "esprit d'équipe" n'est en fait que l'aptitude à tolérer l'usage systématique de la fraude. passionnant+++