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11/10/2014

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10/10/2014

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podcast

08/10/2014

inside job

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"La vérité est que les Américains furent battus par les Américains, du jour où l'opinion aux Etats-Unis se retourna, notamment parce que la conscription ne touchait plus seulement les Noirs et les chômeurs mais les classes aisées, les étudiants des campus. Et ceux qui allaient à pied la nuit gagnèrent. Encore vingt ans plus tard, j'aurai l'occasion d'une nouvelle discussion avec un Américain sur l'Indochine. Henry Kissinger est venu à Paris pour le quinzième anniversaire des accords, invité à un colloque universitaire qui se tient aux lieux mêmes de la conférence USA-Viêt-nam, avenue Kléber. Nous déjeunons ensemble. Il y a du point de vue militaire et diplomatique quelque chose qui m'a toujours surpris: la façon dont les Américains vont lâcher le Sud-Viêt-nam. L'offensive du Viêt-minh (et cette fois pas en poussant des vélos à l'abri de la jungle comme à Diên Bien Phû) déferle par Ban Methuot. De véritables colonnes, blindés et camions, contournent par l'intérieur les positions de l'armée du Sud. (En débordant par la droite, en laissant l'ennemi sur sa gauche, aurait dit le colonel du secteur. Très facile de tirer...) Pourquoi l'Amérique n'a-t-elle pas bougé ?

Kissinger. - Parce que l'Amérique était engagée dans une négociation avec Hanoi pour l'éventuelle libération d'aviateurs capturés lors des bombardements sur le Nord. Nous n'étions même pas sûrs de leur nombre, la presse américaine ne s'intéressait qu'à ce sujet, très émotionnel. La télévision montrait les photos des disparus et de leurs familles sans nouvelles.

- Alors vous n'avez rien fait ?

- Alors nous n'avons rien fait. Il était très facile d'écraser avec l'aviation toutes les colonnes d'assaut du Viêt-minh. Je l'ai proposé au Président. Pour la première fois, la victoire décisive était à notre portée. Cela aurait pris moins de vingt-quatre heures. Et toute la situation basculait en faveur de nous et du Sud-Viêt-nam. Le risque était que Hanoi arrête les conversations sur les aviateurs américains prisonniers, risque que Ford ne voulait pas prendre. J'ai expliqué que le Viêt-minh serait bien obligé de les renouer après sa défaite, et dans des conditions bien meilleures pour nous... Le Président m'a dit avec un soupir :

« On voit bien, Henry, que vous n'êtes pas un élu. » Avant d'arriver avenue Kléber où je l'emmène-en voiture, Henry Kissinger me confie : « Cette conférence anniversaire m'ennuie énormément. Elle est publique, et la salle va être truffée de ces intellectuels de la gauche américaine, pacifistes et prosoviétiques, qui ont inventé l'expression "la sale guerre" et qui vont une fois de plus m'accuser d'être un nazi et un criminel. Ils me fatiguent. » Ce n'est pas ainsi que les choses vont se passer. A la tribune, un éminent représentant de la Sorbonne, historien. Je siège, invité d'honneur, à sa gauche. À sa droite des journalistes français très connus. La salle est bondée. Kissinger parle une petite demi-heure sur la conférence de l'avenue Kléber et son prix Nobel, sans rien apporter de nouveau. Le président de séance demande s'il y a des questions dans la salle. Alors se lève une Vietnamienne dont l'âge est difficile à dire, peut-être 45, 50 ans.

- Je m'appelle Thu-Lin. J'ai 23 ans. Mon père., officier dans l'armée du Sud-Viêt-nam, est mort de faim et de maladie dans un camp de rééducation à régime sévère. Ma mère et mon frère ont été égorgés devant moi et jetés à la mer quand nous avons fui, boat people. J'ai été violée onze fois, et vendue à un réseau de prostitution a Bangkok. Monsieur Kissinger, quand vous vous levez le matin, quand vous vous rasez, est-ce que vous pouvez vous regarder dans la glace? Silence de mort. Le président tousse et suggère :

- Nous allons regrouper les questions, pour permettre au professeur Kissinger clé mieux répondre. Hum, hum. Y a-t-il une autre question ? Alors un Vietnamien, sans âge, se lève.

-je m'appelle NguyenThan. J'ai 60 ans. J'ai été conseiller des troupes américaines. J'ai continué à me battre avec mon unité contre les communistes encore après la chute de Saigon. Pour l'honneur. Les communistes ont tué sur place la moitié d'entre nous. Les autres ont disparu. Parce que j'étais le chef, on ne m'a pas tué, on m'a mis dans une cage comme un animal, et on m'a promené de village en village avec un écriteau « traître au peuple, traître à la patrie ». Les enfants me jetaient de la boue et des excréments. Monsieur Kissinger, prix Nobel de la paix, comment faites-vous pour réussir à dormir.

Toute la salle est pleine de Vietnamiens qui se sont organisés et vont se lever tour à tour pour dénoncer les horreurs de la répression communiste et de la misère du peuple. Le président ne sait plus quoi dire. Face a ces revenants, Kissinger est pâle comme un revenant. C'est le porte-parole de cette gauche intellectuelle et pacifiste américaine, qu'il redoutait, qui va le sauver. Un Américain se lève et dit :

- Je suis le rédacteur en chef de Remparts, revue qui a joué un très grand rôle dans l'arrêt de la guerre du Viêt-nam en mobilisant l'opinion américaine contre elle. Ce n'est pas M. Kissinger qu'il faut attaquer sur les conséquences de la paix. Il n'a pas capitulé devant le Viêt-minh. Il a été battu par nous.

La séance est suspendue."

Jean-francois Deniau "Mémoires de sept vies", 1988.

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« Bien des erreurs furent commises et tout particulièrement l'expédition de Sicile. Pourtant s'il y eut faute dans cette affaire, ce fut moins parce qu'on avait sous-estimé l'adversaire auquel on s'attaquait, que parce que les hommes qui avaient fait partir cette expédition se rendaient mal compte des moyens qu'il fallait mettre à sa disposition. Tout occupés à s'entre déchirer dans la compétition engagée dans la direction du peuple, ils affaiblirent le corps expéditionnaire et provoquèrent dans la cité même les premiers troubles politiques. (...) Athènes ne succomba que lorsqu'elle se fut épuisée dans les discordes intérieures. »

Thucydide, La guerre du Péloponnèse. II, 65, 12-13.

 

anémones

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« Le soir du 22 avril, nous quittâmes Prény et fîmes une marche de plus de trente kilomètres jusqu'au village d'Hattonchâtel, sans avoir un seul éclopé, malgré le poids du barda ; nous campâmes à droite de la fameuse « grande tranchée »*, en plein cœur de la forêt. Tout indiquait que nous allions être mis en ligne le lendemain. On nous distribua des paquets de pansements, une seconde ration de « singe » et des fanions de signalisations, pour l'artillerie.

Je restais longtemps assis, ce soir-là, dans cet état de songerie prémonitoire dont se souviennent les guerriers de tous les temps, sur une souche autour de laquelle foisonnaient des anémones bleuâtres, avant de regagner ma place sous la tente, en rampant par-dessus mes camarades, et j'eus dans la nuit des rêves confus, où une tête de mort jouait le rôle principal.

Priepke, à qui j'en parlais le lendemain matin, émit l'espoir qu'il se soit agi d'un crâne Français. »

(Ernst Jünger, Orages d'acier, 12 avril 1915)

Je crois que nulle part ailleurs que dans ses carnets de la première guerre mondiale (Orages d'aciers), qu'il traversera de décembre 1914 à août 1918 n'apparaît mieux la singularité de ce jeune homme qui dés les premiers jours, sous le feu, va faire montre à la fois d'un courage physique hors du commun et d'une maturité sans bornes qui éclate dans sa capacité à s'extraire de l'horreur quotidienne et traumatisante du front -en première ligne- pour évoquer Saint Simon ou Tallemant des Réaux, la beauté d'une anémone ou le détail d'un rêve prémonitoire.

On retrouve la même distance contemplative (qui va de pair avec un engagement physique total dans quelques bataillons de choc durant la première guerre mondiale), largement amplifiée par l'âge et l'érudition, dans son Jardins et routes, carnets de la campagne de France qui mêle considérations guerrières, stratégiques, botaniques et oniriques.

Un homme supérieur, à maints égards.

*ou tranchée de Calonne, route forestière courant aux pieds des Hauts de Meuse. Elle constituera l'axe de l'attaque allemande d'avril.