24/01/2015
anatomie du chaos n+1
Sollicité par de nombreux médias après les attentats du 7 janvier, vous vous êtes démarqué du « compassionnel » dominant : pourquoi ?
Cela faisait des années que je m’attendais à ce que le monde musulman se défende un jour. Depuis 1991, on le bombarde partout sur la planète, en Irak, en Afghanistan, en Lybie, au Mali… Sous prétexte de lutter contre le terrorisme, la France mène une politique étrangère islamophobe qui crée le terrorisme. On monte les populations musulmanes contre nous, on peut comprendre qu’elles en aient assez.
Mais les auteurs des attentats du 7 janvier étaient des Français, pas des Arabes ou des Africains venus se venger…
C’est la vengeance de « l’oumma ». Les musulmans pensent en terme de communauté planétaire. Pour un musulman, le monde se sépare entre musulmans et non-musulmans. En regard des juifs, avec la question d’Israël, et des chrétiens, avec la question de l’Europe et des États-Unis qui leur balancent des bombes en permanence, les terroristes musulmans activent la riposte du faible au fort. Il ne faut pas mépriser l’islam en considérant que les musulmans seraient des barbares et nous des civilisés.
Vous ne croyez pas à l’interventionnisme pour des raisons morales, de soutien aux populations locales…
Si la morale faisait la loi, pourquoi n’interviendrions-nous pas à Cuba, en Corée du Nord, en Chine, au Pakistan, au Venezuela, voire aux États-Unis, où les armes à feu tuent chaque année 30 000 personnes ? Le néocolonialisme nourrit la haine des musulmans contre les Occidentaux. La France paie aujourd’hui le prix de deux erreurs paradoxales : d’un côté, cette politique extérieure islamophobe ; de l’autre, une politique intérieure islamophile. Car à l’intérieur de nos frontières, nos gouvernants nous disent que l’islam est une religion de tolérance, de paix et d’amour. On ment. Il existe un certain nombre de musulmans toxiques et dangereux sur le territoire français, dans les prisons, dans les banlieues, mais on s’empresse de dire que ça n’a rien à voir avec l’islam, qu’il ne faut pas faire d’amalgames. Il aurait fallu depuis très longtemps que la République interdise que l’islam fasse la loi dans certains quartiers, mélangé aux trafics de drogue et d’armes.
Pourquoi cette « islamophilie » à usage domestique, selon vous ?
Les raisons sont multiples. Il existe depuis très longtemps un antisémitisme latent à gauche, l’opposition à l’argent, au capital, qu’on associe fautivement à Israël et aux États-Unis. Il y a toujours une tentation de l’islam à gauche. Plus généralement, on ne veut pas d’ennuis avec la communauté musulmane dans sa totalité. On fait donc silence sur sa frange délinquante et terroriste. Quand on nous dit que toute la France était dans la rue le 11 janvier, ce n’est pas vrai : Benjamin Stora et Alain Finkielkraut ont souligné qu’elle n’était pas très « black-blanc-beur ». Et quand le ministère de l’Éducation nationale affirme qu’il y aurait eu 200 « incidents » dans les écoles lors des hommages aux victimes du 7 janvier, on peut douter du nombre. Ce délire généralisé de la gauche qui refuse la réalité qui contrarie son idéologie a laissé de côté la République en abandonnant sa défense à Marine Le Pen.
Vous qui avez écrit en 2005 un « Traité d’athéologie », pensez-vous qu’au lieu de vouloir enseigner « le fait religieux », la République serait plus fidèle à ses valeurs en portant un athéisme actif ?
Je suis athée, l’idéal serait que les autres le soient aussi, mais il ne faut pas rêver. Je défends donc la laïcité. Si les gens ont besoin de religion, ils doivent comprendre que, sur le territoire national, la souveraineté est populaire : en France, depuis 1789, la démocratie fait la loi, plus la théocratie. Ça vaut ce que ça vaut, ça ne fonctionne pas toujours bien, mais la volonté générale fait la loi. Au contraire, l’islam non républicain croit à la loi du Coran, à la charia, à la théocratie. Ce sont deux visions du monde radicalement différentes. Si cette religion est pratiquée intégralement, elle est incompatible avec la République, puisqu’il y a dans le Coran des propos antisémites, bellicistes, misogynes, phallocrates, homophobes, des invitations à égorger les gens, à les massacrer… À un moment donné, il faut donc se demander ce que l’on fait avec ce texte. Il faut un islam républicain, en liaison avec l’État : le ministre de l’Intérieur, qui est aussi en charge des cultes, devrait envisager la formation des imams, leur paiement, éventuellement aussi le financement des mosquées par l’État, avec un droit de regard sur les prêches. Chaque fois qu’un imam se ferait remarquer par des propos incompatibles avec la République, le gouvernement réagirait en conséquence.
Vous avez démissionné de l’Éducation nationale en 2002 : quel rôle peut encore JOUER l’école dans le contexte actuel ?
L’école, c’est fini ! En 1983, Mitterrand s’est converti au libéralisme, on nous a dit que le marché devait faire la loi partout. C’est le cas à l’école depuis un quart de siècle. Les enfants ne savent plus ni lire, ni écrire, ni compter, ni penser. Ils sont formatés par les médias de masse. Et depuis des années, les enseignants sont désavoués chaque fois qu’ils mettent une mauvaise note à un élève et que les parents se plaignent. On ne rétablira pas leur autorité du jour au lendemain…
Vous semblez bien pessimiste…
En effet, je n’y crois plus. Depuis 1983, la gauche a renoncé à être de gauche, tous les gens responsables de la situation actuelle évitent soigneusement toute autocritique et renvoient la responsabilité à Houellebecq et à Zemmour. Ils ont cassé la République. C’est même notre civilisation tout entière qui s’effondre. C’est un mouvement, que l’on pouvait accélérer ou ralentir, et on a tout fait pour l’accélérer depuis 25 ans.
« Il n’y a pas de liberté d’expression en France, estime Michel Onfray.
Minute et Charlie Hebdo ne sont pas traités sur un pied d’égalité. La liberté d’expression, c’est pour tout le monde. Si la rédaction de Minute avait été ravagée par des tueurs, je ne suis pas sûr que la mobilisation aurait été comparable. Toutefois, je ne pense pas que la liberté d’expression soit le pouvoir de dire tout ce qu’on veut, quand on veut. Je suis athée, mais je ne crois pas que le blasphème soit la meilleure façon de lutter contre les religions. Il faut défendre la satire, l’ironie, mais le propre de la liberté, c’est qu’elle n’est pas illimitée. A-t-on la liberté de violer ? De massacrer ? De mentir ? Nous vivons dans une société d’irresponsables, où n’importe qui fait n’importe quoi, sans souci des conséquences. Charlie Hebdo , c’était la tyrannie de l’enfant-roi : je dessine ce que je veux, comme je veux, quand je veux, avec force scatologie. Mais si votre dessin met le feu à tous les pays musulmans de la planète, si à cause de lui on brûle des chrétiens et leurs églises, faut-il continuer comme si de rien n’était ? Certains dessins et certains propos tuent. La responsabilité n’est pas un vain mot. »
Onfray, 2015.
10:46 | Lien permanent | Commentaires (43)
22/01/2015
what else?
"Les "nationaux" qui admirent tant la discipline chez les autres sont en pratique de véritables anarchistes. Incapables de se situer à leur place dans la lutte, ils ont le goût de l'action désordonnée. Leur vanité les pousse aux actes individuels gratuits, leur cause dut-elle en pâtir. Ils ignorent la parole donnée et nul ne peut prévoir où les entrainera leur fantaisie. Ils suivent à la rigueur un chef de bande et s'épanouissent dans les petits clans. L'absence de référence idéologique commune accroit leur éparpillement et interdit leur unité.
(...) La révolution n'est pas l'acte de la violence qui parfois accompagne une destitution de pouvoir. Ce n'est pas non plus un simple changement d'institutions ou de clan politique. La révolution est moins la prise du pouvoir que son utilisation pour la construction de la nouvelle société.
Cette tâche immense ne peut être envisagée dans le désordre des esprits et des actes. Elle nécessite un vaste outil de travail de préparation et de formation. Le combat "national" s'enlise dans des ornières vieilles d'un demi-siècle. Avant toute chose, une nouvelle théorie révolutionnaire doit être élaborée.
(...) Par ses militants, l'Organisation doit être présente partout, y compris chez l'adversaire. La présence de militants dans certains rouages économiques ou administratifs peut être d'une utilité infiniment supérieure à leur participation comme simples manœuvres aux activités d'un groupe d'action. La luttes n'est pas une dans ses formes. C’est pourquoi la division du travail doit être également appliquée à l'échelon des organisations locales. Les membres doivent être des éléments actifs du travail commun, responsables de tâches précises et non de simples exécutants. A cette condition, des militants efficaces, des organisateurs, des cadres se formeront."
Pour une critique positive, Dominique Venner, 1962.
19:04 | Lien permanent | Commentaires (25)
19/01/2015
la botte* toujours
"Vu d'Afrique, l' "affaire Charlie hebdo" illustre les limites de l'universalisme européo-centré. Vendredi 16 janvier, alors que les sociétés de l'hémisphère nord communiaient dans le culte de la liberté d'expression, une partie de l'Afrique s' insurgeait contre la France des "Charlie". Du Sénégal à la Mauritanie, du Mali au Niger, de l'Algérie à la Tunisie et au Soudan, le drapeau français a été brûlé, des bâtiments français incendiés et en "prime", des églises détruites. Quant aux imprudents chefs d'Etat africains qui participèrent à la marche des "Charlie", dont Ibrahim Boubacar Keita du Mali, les voilà désormais désignés ennemis de l'islam.Aveuglés par la légitime émotion et noyés sous l'immédiateté, nos responsables politiques n'ont pas songé à se demander comment l'Afrique percevait les événements. Or, alors que pour nous, il s'agit d'un ignoble attentat contre la liberté d'expression commis contre des journalistes, personnes sacrées dans nos sociétés de la communication, pour une grande partie de l'Afrique, il s'agit tout au contraire de la "juste punition de blasphémateurs". Qui plus est ces derniers n'en étaient pas à leur coup d'essai et ils avaient même été solennellement mis en garde. Voilà pourquoi leurs assassins sont considérés comme des "héros". Quant aux foules de "Charlie", elles sont vues comme complices des insultes faites au Prophète. De plus, comme le président de la République a marché à leur tête, cela signifie que la France et les Français sont coupables.Les conséquences géopolitiques qui vont découler de cette situation ne peuvent encore être mesurées, notamment dans les pays du Sahel en raison du jihadisme récurrent contre lequel nos troupes sont engagées. Le plus grave est ce qui s'est passé au Niger où Boko Haram qui, jusqu'à présent ne s'était pas manifesté, a pris le prétexte de la nouvelle livraison de Charlie Hebdo pour lancer les foules contre le centre culturel français de Zinder; au même moment, nos postes militaires avancés veillent aux frontières du pays...Personne n'a dit ou vu que l' "affaire Charlie Hebdo" n'est que la goutte d'eau qui a fait déborder le vase des impératifs politiques et moraux que nous imposons à l'Afrique: démocratie, droits de l'homme, avortement, mariage homosexuel, anthropomorphisme etc. Tous y sont considérés avec dédain ou même comme de "diaboliques déviances".C'est donc dans les larmes et dans le sang que les bonnes âmes et les idéologues vont devoir constater que le "village Terre" n'existait que dans leurs fantasmes universalistes. Ce qui est bon ou juste aux yeux de leur branchitude est en effet une abomination pour une grande partie de l'Afrique et même de la planète.En plus de cela, pour nombre d'Africains, l'Europe est devenue une terre à prendre : ses habitants ne croient plus en Dieu, ses femmes à la vertu volage ne font plus d'enfants, les homosexuels s'y marient et la féminisation y a dévirilisé ses mâles. Paradoxe cruel, ceux qui, depuis des décennies, ont permis cette révolution en tournant systématiquement en dérision les valeurs fondatrices et le socle social (famille, travail, discipline, ordre, effort, armée, police etc.) ont été odieusement assassinés par les enfants de ceux auxquels ils ont si largement ouvert les portes...Nous voilà donc au terme du processus. Désormais, la contradiction est telle que seul un "saut qualitatif brusque", comme le disaient les marxistes, permettrait de la surmonter. L'obsolète méthode "soustellienne" de l'intégration ou celle du "radeau de la Méduse" de la laïcité n'y suffiront sans doute pas..."
Bernard Lugan
17/01/2015
* « La botte souveraine de la réalité, disait le vieux Léon. Les censeurs, les idéologues, les inquisiteurs de la pensée libre travestissent la réalité, la badigeonnent de leurs mensonges, traînent en justice ceux qui osent égratigner les façades peinturlurées. Et puis un jour, on entend un bruit de plus en plus proche, un fracas puissant qu'on ne parvient plus à étouffer, géante, irrésistible, « la botte souveraine de la réalité » vient, s'impose. Le contreplaqué de mensonges s'écroule, le glapissement des folliculaires stipendiés s'étrangle, les mots prostitués retrouvent leur sens. La réalité se dresse devant nous, irréfutable. Bien vu, camarade Trotski ! » (Andrei Makine 2008, Cette France qu'on oublie d'aimer)
10:05 | Lien permanent | Commentaires (29)


