07.11.2009
de la gauche moderne et de la caillera
« Dans la culture de gauche (ou encore progressiste, ou encore moderniste), toute porte fermée constitue, par définition, une provocation intolérable et un crime contre l’esprit humain. C’est donc, de ce point de vue, un impératif catégorique que d’ouvrir, et de laisser ouvertes, toutes les portes existantes (même si elles donnent sur la voie et que le train est en marche). Tel est, en dernière instance, le fondement métaphysique de cette peur panique d’interdire quoi que ce soit, qui définit un si grand nombre d’éducateurs et de parents, qui, pour leur confort intellectuel, tiennent à tout prix à « rester de gauche ». Il convient naturellement d’ajouter que, selon le circuit classique des compensations de l’inconscient, cette peur d’interdire se transforme assez vite en besoin forcené d’interdire (par la pétition, la pression de la rue, le recours au tribunal, etc.) tout ce qui n’est pas politiquement correct. On reconnaît ici la triste et contradictoire psychologie de ces nouvelles classes moyennes dont la Gauche moderne (une fois liquidé son enracinement populaire) est devenue le refuge politique de prédilection. »
« Si l’on parle, en effet, de l’intégration à une société, c’est-à-dire de la capacité pour un sujet de
s’inscrire aux différentes places que prescrit l’échange symbolique, il est clair que cette fraction modernisée du Lumpen n’est pas « intégrée », qu’elles que soient, par ailleurs, les raisons concrètes (familiales et autres) qui expliquent ce défaut d’intégration. S’il s’agit, en revanche, de l’intégration au système capitaliste, il est évident que la Caillera est infiniment mieux intégrée à celui-ci (elle a parfaitement assimilé les éloges que le Spectacle en propose quotidiennement) que ne le sont les populations indigènes et immigrées, dont elle assure le contrôle et l’exploitation à l’intérieur de ces quartiers expérimentaux que l’Etat lui a laissé en gérance. En assignant à toute activité humaine un objectif unique (la thune), un modèle unique (la transaction violente ou bizness) et un modèle anthropologique unique (être un vrai chacal), la Caillera se contente, en effet, de recycler, à l’usage des périphéries du système, la pratique et l’imaginaire qui en définissent le Centre et le Sommet. L’ambition de ses membres n’a, certes, jamais été d’être la négation en actes de l’Economie régnante. Ils n’aspirent, tout au contraire, qu’à devenir les golden boys des bas-fonds. »
JC Michéa, L’enseignement de l’ignorance, 1999.
00:50 Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gauche, michéa, progressiste, racaille, système, thune, chacal, bizness
07.10.2007
Des Lois et de la "désobéissance civile".
A midi, ce jour, j’écoutais, comme souvent, France Inter et ses émissions hallucinantes de parti pris et de propagande progressiste. Pourquoi alors ne pas écouter plutôt La flûte enchantée, pourrait-on me rétorquer ? Plusieurs raisons à cela. Parce que j’écoute aussi Die Zauberflöte, parce qu' il est toujours nécessaire de se familiariser avec la novlangue progressiste qui règne en maître sur nos média et parce qu’il m’est physiquement impossible d’écouter tout autre radio commerciale saturée de messages publicitaires toujours plus ahurissants de débilité (au sens propre).
Ce jour, donc, à la fin d’une émission de la mi journée présentée par une pintade enthousiaste formatée au politiquement correct, portant sur certains apports linguistiques (indéniables) de l’Arabe à nos belles langues romanes cet ersatz de journaliste termina l’émission par cette phrase merveilleuse de courage et d’engagement citoyen: « et les mots, contrairement aux hommes, ne peuvent pas être expulsés. »
Il n’y a pas si longtemps, une telle assertion sur une chaîne du service public aurait suffit à mettre un terme ipso facto à la carrière inepte de cette pasionaria de la cause sans papieriste. Aujourd’hui, sous les flots continus de la propagande progressiste appellant à la désobéissance civile, c'est-à-dire à la simple transgression de la loi commune, un tel manquement au devoir de réserve de la part de journalistes du service public non seulement ne choque plus que quelques esprits encore lucides, dont votre serviteur, mais parait sans doute naturel au plus grand nombre.
A travers certains faits de société comme le combat pour la régularisation inconditionnelle des « sans-papiers » alias de simple délinquants, le refus, sinon de la culture, mais aussi de l’expérimentation des OGM par des organismes de recherche publics, le climat d’insurrection armée qui règne de façon chronique dans de nombreux ghettos Africains de notre territoire, on peut mesurer à quel point les notions de justice, d’injustice, et d’obéissance aux lois de la Cité ont subit un dévoiement profond.
Qu’il me soit permis de recourir encore une fois aux Anciens, notamment à Platon, pour illustrer le sens originel de ces concepts, autrefois vivants et chargés de sens, aujourd’hui de simples coquilles vides dans la bouche de politiciens veules et surtout incultes.
Dans son Criton, Platon relate les derniers moments de Socrate, alors condamné à mort par ses pairs pour apostasie et corruption de la jeunesse. Son ami Criton, bien décidé à lui éviter la ciguë par la fuite et l’exil, mène avec son maître une réflexion philosophique sur les notions de justice et d’injustice. Socrate, à l’issue d’un court dialogue, et faisant intervenir un troisième interlocuteur-les Lois-, démontre à son ami qu’il vaut mieux affronter la mort plutôt que de contrevenir aux lois de la cité et ainsi commettre l’injustice.
Pour les Grecs, dont la raison de vivre était que la vie ait un sens et non pas qu’elle soit agréable, l’alternative qui s’offrait à celui qui était en désaccord avec les Lois de la Cité était simple : l’exil ou bien convaincre ses pairs de la nécessité de changer ces dernières. Par contre, et c’est le sens de la réflexion de Socrate à quelques heures de son trépas, celui qui élevé dans le respect des Lois de la Cité, y contrevient doit subir le jugement de ses pairs et l’accepter pour ne pas commettre l’injustice.
Socrate : « Eh bien, considère la chose sous le jour que voici. Suppose que, au moment ou nous allons nous évader d’ici, viennent se dresser devant nous les Lois et l’Etat, et qu’ils nous posent cette question :
Les Lois : « Dis-moi, Socrate, qu’as-tu l’intention de faire ? Ce que tu entreprends de faire, est-ce autre chose que de tramer notre perte à nous, les Lois et l’Etat, autant qu’il est dans ton pouvoir ? Crois-tu vraiment qu’un Etat arrive à subsister et à ne pas chavirer, lorsque les jugements rendus y restent sans force, et que les particuliers se permettent d’en saper l’autorité et d’en tramer la perte ? (…)Socrate : Que répliquons-nous à ce discours, Criton ? Les Lois ont-elles tort ou ont-elles raison ?
Criton : Pour ma part, je crois qu’elles ont raison.
Les Lois : Considère donc, Socrate, si nous n’avons pas raison de dire qu’il est injuste d’entreprendre de nous traiter comme tu projettes de le faire. Nous qui t’avons mis au monde, nourri, instruit, nous qui vous avons, toi et les autres citoyens, fait bénéficier de la bonne organisation que nous étions en mesure d’assurer, nous proclamons pourtant, qu’il est possible à tout Athénien qui le souhaite, après qu’il a été mis en possession de ses droits civiques et qu’il a fait l’expérience de la vie publique et pris connaissance de nous, les Lois, de quitter la Cité, à supposer que nous ne lui plaisons pas, en emportant ce qui est à lui, et aller là ou il le souhaite. (…) Mais si quelqu’un de vous reste ici, expérience faite de la façon dont nous rendons la justice et dont nous administrons la Cité, celui-là, nous déclarons que désormais il est vraiment d’accord avec nous pour faire ce que nous pourrions lui ordonner de faire. Et nous affirmons que, s’il n’obéit pas, il est coupable à trois titres : parce qu’il se révolte contre nous qui l’avons mis au monde, parce que nous l’avons élevé, et enfin parce que, ayant convenu de nous obéir, il ne nous obéit pas sans même chercher à nous faire changer d’avis. » (Criton, 49e-50b)Les mots ne peuvent donc pas "être expulsés" car eux n'ont pas transgressé la loi. La véritable injustice est donc bien la désobéissance à la loi commune. Ceux qui sont en désaccord avec nos lois ont tous loisirs de s’exiler sous des cieux plus favorables (s’ils existent) ou bien d’essayer légalement, dans le respect des usages, de changer la loi.
Que des journalistes du service public ou des hommes en charges de l’autorité publique (maires parrainant des « sans papiers » ou préfets refusant d’exécuter les décisions de justice à l’égard de simples délinquants, enseignants manquants gravement au simple devoir de reserve) ne soient pas sanctionnés, que leur « résistance citoyenne » soit valorisée alors même qu’elle contrevient directement à nos lois, que nombre d’organisations subversives puissent imposer leur discours par la violence et la coercition, tout cela montre assez bien l’état de déliquescence de notre société.
Pour terminer sur une note d’espoir, dans la même émission « citoyenne », il était demandé à une petite fille de 11 ou 12 ans de nommer un aventurier ; in petto je pensais alors immédiatement à Marco Polo, Giotto, Reinhold Messner ou Thémistocle… Non! La petite fille répondit : « aujourd’hui l’aventure est sociale, l'aventurier, c'est Coluche et ses restos du coeur. » La relève est donc assurée.
Bon dimanche !
15:00 Lien permanent | Commentaires (22) | Envoyer cette note | Tags : france inter, progressiste, désobéissance civile, lois, transgression, injustice, sans papiers
22.02.2007
Haïr son ennemi?
En démissionnant récemment de son poste de secrétaire national à l’économie et la fiscalité du PS, Eric Besson, qui m’a l’air largement plus intègre que la moyenne des apparatchiks socialistes, a sévèrement critiqué la campagne présidentielle menée par Ségolène Royal. Aussi bien sur la forme (entourage peu crédible, conseillers incompétents (les « truffes » de B Tapie..), mise à l’écart des éléphants du parti à la carrure pourtant avérée, amateurisme global, et désinvolture à son égard), que sur le fond (archaïsme d’une ligne économique toujours ambiguë vis a vis de l’économie de marché et souvent plus proche de la « rupture avec le capitalisme », déconnexion entre l’économie et le social, etc.).
Plus intéressant, Besson, faisant référence à sa « relation cordiale » avec Sarkozy, a pu dire : « Il n’y a qu’en France que l’on se croit obligé de haïr ceux du camp politique opposé. » (1)
Réflexion intéressante…Faut-il haïr son ennemi ? Est-ce une spécificité Française ? La référence martiale n’est pas anodine, et l’extrapolation du terrain politique au terrain militaire, à mon avis légitime.
Jusqu’en 1914, nous vivions en Europe selon un « ordre européen », fondé sur la conscience forte d’une appartenance à une même famille de peuples entre lesquels les guerres devaient rester limitées et soumises au « droit des gens européens ou jus publicum europeum » (2) défini en 1648 sur les ruines de la chrétienté, lors du traité de Westphalie qui mit fin aux désastres des guerres de religion et de la guerre de trente ans. Ce droit européen impliquait une parfaite symétrie entre les états. Chacun reconnaissait que la cause des autres était juste. Cette conception permettait de négocier des traités avec l’ennemi de la veille sans en faire un criminel. Il était seulement un adversaire ayant lutté pour une cause juste. Et il pouvait devenir l’allié du lendemain.
Ce droit européen fut contesté une première fois durant les guerres de la Révolution. Les révolutionnaires Français donnèrent en effet d’emblée à leur guerre un caractère idéologique, prétendant au monopole de la juste cause et justifiant la haine illimitée de l’ennemi (les « tyrans »). Le XIX éme siècle renoua avec la pratique des conférences et du respect de l’adversaire mais tout rebascula de nouveau en 1914, puis en 1939, deux guerres civiles européennes dramatiques, suicidaires. Pour Dominique Venner, « le concert européen reposait sur des valeurs de civilisation communes à toutes les élites dirigeantes » (3) « Or, depuis la fin du XIX éme siècle, la démocratisation de la vie publique, l’arrivée au pouvoir de couches nouvelles, remettent en cause ce véritable club international qui avait jusque la géré les affaires européennes. » (4) En d’autres termes, les valeurs fondatrices de la civilisation européenne avait été abandonnées au profit des passions nationalistes et des haines entre européens. Cette mobilisation passionnelle, cette haine de l’ennemi, ne doit rien aux principes de l’ancienne Europe, respectueuse du jus publicum europaeum, car elle est un héritage direct de la Révolution Française.
Après 1870, partout en Europe, le nationalisme d’origine révolutionnaire avait contaminé les esprits, même ceux qui, à l’exemple de Charles Maurras, étaient les adversaires déclarés de 1789. Les révolutionnaires substituèrent d’emblée la haine des autres (« aristocrates », « étrangers ») à l’ancestrale fidélité à la patrie. Et pour éveiller un sentiment national qui n’allait pas de soi, il fallut désigner un ennemi absolu, exhorter à une lutte à mort dont témoignent les paroles de la Marseillaise : « qu’un sang impur abreuve nos sillons ». Il fallut imposer l’idée que la France était d’une nature essentiellement différente à l’Allemagne, et non un peuple ami parmi les peuples Européens. Que la première était l’incarnation du droit, de la liberté, de la civilisation, alors que l’autre n’était que barbarie. La haine du voisin- de l’ennemi- fut ainsi instrumentalisée comme un facteur de cohésion nationale capable d’apporter un exutoire aux divisions sociales ou politiques qui déchiraient le pays. (l’ennemi pouvait aussi être intérieur, comme en témoigne le génocide Vendéen) La logique de haine de l’ennemi accompagne donc naturellement la criminalisation et la volonté de destruction du vaincu. Cette vision nouvelle, « révolutionnaire » des conflits Européens permettra d’imposer aux vaincus des sanctions économiques et politiques particulièrement lourdes et injustes. Le but étant de détruire, au moins d’affaiblir durablement l’ennemi.
Revenant dans le champ politique contemporain, il est permis à chacun de constater que le respect de l’adversaire politique, tout au moins de ses idées, n’est pas la valeur dominante dans la classe politique. Terrorisme intellectuel et politiquement correct règnent en maîtres, et tend à s’imposer l’idée qu’ existerait un camp du « Bien et de la vertu universelle » (comme disait Philippe Muray), naturellement progressiste, versus le camp obscur de la Réaction aux idéaux naturellement autoritaires…

« La mise à l’index est la mise en joue des temps de trève » notait Jules Vallès. La disqualification de l’adversaire par la condamnation morale et la dénonciation édifiante est la méthode de guerre politico culturelle héritée des totalitarismes, ou l’on retrouve l’esprit Robespierriste- éliminer l’adversaire au nom du Bien, de la Raison, du Progrès, des Lumières ou de la Révolution. Il s’agit de faire de l’adversaire un criminel, un « scélérat », un ennemi du peuple », un « salaud », en lui appliquant une épithète injurieuse choisie dans un court répertoire : « fasciste », « raciste », « sioniste », « réac », récemment enrichi par « islamophobe », « homophobe » et « néoréac ». "(5)
(1) Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/election-presidentielle-2007/20070...
(2) Dominique Venner, Le siècle de 1914. p 72.
(3) idem, p 73.
(4) Georges-Henri Soutou, L’ordre Européen du XVIé au XX é siecle, p 129.
(5) PA Taguieff, Les contre-réactionnaires, Denoel 2007.
21:05 Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : ennemi, haine, révolutionnaire, europe, guerres, progressiste, vertu
