01/06/2008
What's a mook?
22:01 | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : mean streets, keitel, de niro
le blog de Todomodo
Trajan fasciste
La Colonne Trajane est formée de douze blocs de marbre de Paros superposés reposant sur un piédestal carré, sur laquelle sont représentés les épisodes de la guerre contre les Daces, sculptés en une seule bande continue qui forme une spirale d'environ 200 mètres de longueur ornée de plus de 2.500 figures.
Voilà pour l'histoire. Maintenant posez-vous la question : comment pouvait-on bien à l'époque admirer les sculptures au-delà de deux mètres de hauteur lorsqu'on sait que la colonne était insérée entre les deux bibliothèques et le dépôt d'archive qui l'entouraient et ne pouvait ainsi être regardée avec recul.
On ne pouvait tout simplement pas. Et pour la même raison qu'un serf du Moyen-Âge ne pouvait saisir les détails des vitraux perchés à vingt mètres ou découvrir les personnages scuptés au sommet des colonnes.
Il faut donc bien admettre que les scènes de bataille contre les Daces, les rois bibliques des vitraux de Chartes ou les victoires napoléoniennes de la colonne Vendôme n'ont pas été sculptées pour être vus.
"C'est donc qu'elle sont inutiles" répondra aussitôt le le militant socialiste pour qui rien n'existe ou ne doit exister que le peuple ne puisse voir (l'obsession démocratique pour le transparent et le visible est apparue en même temps que le porno sur Canal +).
Tu te trompes, pauvre Septembriseur : si les vandales de la Commune on renversé la Colonne Vendôme ça n'était pas pour se venger de son inutilité. Mais bien au contraire pour abattre ce qu'elle ne cessait de représenter à leurs yeux et qui les faisait enrager en chiens rouges qu'ils étaient.
Car vois-tu Ô Sans-culotte, les statues des empereurs, les palais des rois, les tombeaux des héros sont bien autre chose que de la propagande dont l'unique objectif aurait été de maintenir le peuple dans la crainte respectueuse des Maîtres.
Les monuments ne possèdent le plus souvent qu'un contenu informatif fort simple : l'Empereur est puissant il a vaincu les Daces, Auguste a rétabli l'Age d'Or. Or l'Empereur ne cherche par ses victoires ni l'approbation ni le soutien du peuple. Il exprime seulement à la face des dieux la grandeur de son règne. Ces oeuvres monumentales n'ont quasi aucun contenu informatif, et quand elles semble en avoir un personne n'y a accès hors l'artiste qui les a créées.
Les églises, les statues, les colonnes, les arcs de triomphes, les autels de la paix sont dédiés à César ou à Dieu et à eux seuls. Ces monuments ne quémandent pas l'attention et encore moins l'assentiment du peuple parce que ceux qui les ont bâtis n'avaient rien à faire de ceux qui n'avaient qu'à obéir. Il n'y a que les professionnels de la lutte contre l'aliénation des peuples pour croire que ce sont-là des oeuvres de propagande.
Les polémiques sur les colonnes de Buren ou la pyramide du Louvre étaient à ce titre bien révélatrices de la médiocrité de ceux qui nous gouvernent : médiocrité de leurs choix artistiques (matériaux minables à peine bons pour construire des LEP en ZEP ou des bornes pour faire pisser les chiens) mais surtout soucis vulgaire de l'assentiment du peuple pour les choix du prince.
Il y a donc eu des époques capables de bâtir des monuments qui durent encore à seule fin d'exprimer la puissance du prince et témoigner de sa grandeur : culte que le pouvoir se rendait à lui-même et qui n'avait pas besoin de fidèles.
Aujourd'hui on prétend que certains princes ont voulu marquer leur septennat en construisant des pyramides, des opéras ou des musées. C'est bien moins la célébration de leur règne ou de leur pouvoir qu'ils ont tenté de faire que le souvenir de leur nom qu'ils on voulu laisser.
Ce faisant ils témoignaient du dégoûtant soucis démocratique de plaire aux générations futures.
La démocratie ne saurait faire oeuvre d'art mais seulement oeuvre de propagande. Là aussi le fascisme et le nazisme ne sont que les enfants dégénérés de la démocratie et leurs manifestations artistiques sont bien représentatives d'un type de gouvernement qui pense encore que l'opinion du peuple doit être manipulée parce qu'elle a une valeur. Nuremberg n'est pas loin de la Fête de l'Être suprême.
Nous autres réactionnaires gréco-romains appelons de nos voeux un gouvernement qui ne prendrait aucun soin de sa propagande par pur mépris de l'opinion du peuple.
http://todomodo.unblog.fr/
21:26 | Lien permanent | Commentaires (6)
Promenade
« Moi j'ai élu un président de la république, c'est la chose publique. Et je souhaite le voir en costume, et pas le voir dans sa transpiration. Et puis le jogging." "Pas simplement de dignité, c'est pas la personne privé qui m'intéresse, et surtout. Oui c'est son coté soixante-huitard. Je trouve qu'il est trop 68ard." "Non, mais voilà je vais vous dire ça. Je l'ai vu jogguer tout le temps, donc, et avec François Fillon et puis tout seul, et puis au fort de Brégançon, enfin bon. Ca m'a rappelé par anti-phrase en quelque sorte la promenade.
La merveille de la promenade, l'occident dans ce qu'il a de beau, est né de la promenade. Aristote se promenait, c'était un péripatéticien («les Chemins qui ne mènent nulle part» de Heidegger), Rimbaud vagabondait. La promenade c'est une expérience sensible, spirituelle. Le jogging c'est la gestion du corps. La gestion du corps tout le monde à le droit, mais c'est pas la peine de le montrer." "Mais c'est le triomphe définitif, si vous voulez, du calcul, de l'affairement. Voilà je gère, je gère tout, je gère même mon corps sur quelque chose qui aurait avoir avec la conversation, la méditation, la longueur de temps. Donc voilà, je veux bien que la politique change, mais j'ai pas envie de voir un président de la république qui jogge tout les jours. Les rêveries du promeneur solitaire, oui les rêveries du joggeur accompagné, j’y crois pas !»
( France 2 / Mots Croisés : Alain Finkielkraut - Sarkozy: assez de jogging ! - (21/05/07))
*
« Le phénomène capital, le désastre par excellence, est la veille ininterrompue, ce néant sans trêve. Pendant des heures et des heures, je me promenais la nuit dans des rues vides ou, parfois, dans celles que hantaient des solitaires professionnelles, compagnes idéales dans les moments de suprême désarroi. L’insomnie est une lucidité vertigineuse qui convertirait le paradis en un lieu de torture. Tout est préférable à c et éveil permanent, à cette absence criminelle de l’oubli. C’est pendant ces nuits infernales que j’ai compris l’inanité de la philosophie. Les heures de veille sont au fond un interminable rejet de la pensée par la pensée, c’est la conscience exaspérée par elle-même, une déclaration de guerre, un ultimatum infernal de l’esprit à lui-même. La marche, elle, vous empêche de tourner et retourner des interrogations sans réponse, alors qu’au lit on remâche l’insoluble jusqu’au vertige.
Voila dans quel état d’esprit j’ai conçu ce livre, qui a été pour moi une sorte de libération, d’exploration salutaire. Si je ne l’avais pas écrit, j’aurais sûrement mis un terme à mes nuits. »
(Cioran, Sur les cimes du désespoir, biblio, P8.)
15:26 | Lien permanent | Commentaires (2) | Tags : finkielkraut, cioran, aristote, heidegger, platon, sarkosy
30/05/2008
Europe et Islam
Cette histoire de mariage annulé pour défaut de virginité de l’épouse est assez intéressante et révélatrice.
Il semble que la plupart des mariages annulés par la justice de nos jours (80% ais-je ouï sur radio France ce matin) le soit pour mariage arrangé ou forcé ou pour bigamie (ce qui suffit à nous éclairer sur les populations concernées en principe). Une minorité l’est pour des causes diverses (infertilité, découverte d’une caractéristique de la personnalité du conjoint non connue ou dissimulée lors de la signature du contrat de mariage, comme un passé criminel ou une sexualité déviante).
Le mariage reste un contrat entre deux parties contractantes devant la loi. Pour rester sur le terrain profane...
Ce qui nous choque, au dela de l'aspect simplement juridique, nous occidentaux, est le motif d’annulation de ce contrat –la non virginité de la femme, mais non la rupture du dit contrat (pour mensonge sur une "qualité essentielle de l'épouse"). Ce motif nous parait scandaleux car il y a bien longtemps que la virginité de la future épouse n’est plus une condition siné qua non d’une union maritale entre deux occidentaux. Mais un Oriental ne raisonne pas comme nous et la virginité de sa future épouse est bien sur déterminante et engage son honneur…pratique d’allure médiévale ou barbare de ce coté de la Méditerranée, mais fondamentale de l’autre coté…
Finalement, ce qui est dérangeant dans cette affaire est l’irruption de la tradition musulmane, du droit musulman dans notre tradition, notre culture laïque occidentale.
L’Europe compte aujourd’hui plus de 50 millions de musulmans installés définitivement en terre chrétienne depuis une voire deux générations maximum, situation totalement inédite au regard de l’histoire de ce continent sur lequel le Sarrasin ou le Turc ont toujours constitués une menace. Il me parait illusoire de considérer que ces femmes et ces hommes, en si peu de temps, vont se transformer en occidentaux par une acculturation miraculeuse et sans douleur… Raisonnablement, ils demeurent des orientaux, vivant en occident, tant bien que mal et essayant de vivre leur culture orientale dans le cadre laïque de nos sociétés sécularisées.
Cette décision de justice apparaît donc fondée en droit –français/occidental, mais scandaleuse, inacceptable au regard de considérations morales/culturelles occidentales qui, à juste titre, considèrent que la sexualité ou la religion relèvent de la liberté de chacun(e).
Or, compte tenu de l’importance des flux migratoires européens en provenance de pays musulmans (qui s’apparentent parfois à une véritable substitution de populations), il faut sans doute s’attendre à une multiplication de ce genre de situations conflictuelles entre des valeurs juridiques et morales de ces deux civilisations antagonistes. Et s’il est probable qu’une partie de ces populations vont progressivement s’occidentaliser à notre contact, il me parait illusoire de penser que l’occident puisse rester lui-même et ne pas s’orientaliser.
Il suffit pour s’en convaincre de considérer le nombre d’endroits en europe ou s’appliquent de fait les lois ou la tradition musulmane (certaines banlieues de Seine saint denis ou de la région lyonnaise en France, le quartier de Mollenbek en Belgique, Hollande, Angleterre, etc).
Dans le même ordre d'idées, les cris éffarouchés des partis politiques de tous bords et des organisations bien-pensantes (Ni putes ni soumises, LDH, etc) me semblent relever d'une tartuferie stratosphérique. Les mêmes qui cautionnent voire encouragent ces flux migratoires -et donc l'implantation en europe de ces populations aux moeurs et coutumes étrangères depuis plus de trente ans- ne peuvent pas sérieusement s'indigner qu'elles puissent réclamer la prise en compte de leur culture d'origine dans notre code civilisationnel.
*
«Je suis chaque jour plus convaincu qu'en ce moment nous assistons à un changement dans l'histoire dont l'ampleur égale celle de la chute de Rome, l'avènement de l'Islam ou la découverte des Amériques. Quand les peuples d’Asie et d’Afrique envahirent l’Europe, ce n’était pas de l’impérialisme ; lorsque l’Europe attaqua l’Asie et l’Afrique, ce fut de l’impérialisme. Cette notion nouvelle eut un double usage –pour nourrir le ressentiment d’un côté, la culpabilité de l’autre. L’Occident, certainement à cause de son héritage judéo-chrétien, a une longue tradition de culpabilité et d’auto flagellation. Impérialisme, sexisme, racisme sont autant de termes forgés par l’Occident, non pas du fait que l’Occident aurait inventé ce que nous avons en commun d’héritage humain, et peut-être animal, mais parce que, le premier, il les a identifiés, nommés, condamnés et combattus avec un succès relatif. (…)
Une approche frappante de l’approche contemporaine de cette guerre de quatorze siècles a été donnée le 8 octobre 2002, par le premier ministre français de l’époque, Jean-pierre Raffarin, dans son discours sur l’Irak à l’assemblée nationale. Evoquant devant les députés la figure de Saddam Hussein, il releva qu’un des personnages historiques favoris de Saddam Hussein était son compatriote Saladin, lui aussi originaire de la ville de Tikrit. Au cas ou les députés auraient ignoré qui était Saladin, Jean-pierre Raffarin tînt à préciser qu’il fut celui « qui défit les croisés et libéra Jérusalem ». Qu’un premier ministre catholique présente la prise de Jérusalem par Saladin comme une libération de la domination des croisés, français de surcroît pour la plupart, témoigne d’un cas extrême de nouvel alignement, sinon des loyautés, du moins des perceptions des choses. » (Bernard Lewis, L’Europe et l’Islam, Le débat, mai 2008, p.27)
Je rebondis sur l’article passionnant –et édifiant, de Bernard Lewis, érudit et islamologue renommé, paru dans Le débat de mai 2008. Lewis décrit, avec la hauteur et la profondeur qui lui sont habituels, les rapports complexes et mouvants entre ces deux grandes civilisations. Pour rappeler l’antagonisme constant qui les a concernées et pour évoquer cette troisième vague conquérante de l’Islam en Europe aujourd’hui, après une première vague dans le courant du VII ème siècle, après l’hégire, qui déferla sur tout le pourtour Méditerranéen, puis une deuxième, du XIIIème au XVIIème siècle (conquête de la Russie par les Mongols convertis à l’Islam, impérialisme Ottoman en Asie Mineure, chute de Constantinople en 1453, invasion des Balkans, siège de Vienne, barbaresque en Méditerranée jusqu’à Lépante en 1571).
« Où en est l’Europe ? Aura-t-elle de la chance une troisième fois ? Les musulmans ont en apparence des avantages : ferveur, conviction, ce qui, dans la plupart des pays occidentaux, soit manque, soit est de faible intensité. Ils sont assurés de la certitude de leur cause, là ou les Occidentaux, la plupart du temps, se dénigrent ou s’abaissent. Les musulmans déploient loyauté et discipline, mais l’élément qui joue le plus en leur faveur est la démographie. L’accroissement naturel et les mouvements migratoires entraînent de profondes modifications des populations : il se pourrait que dans un avenir envisageable des musulmans soient majoritaires dans quelques villes européennes, du moins sinon dans quelques pays. Sadiq al-Azm, philosophe syrien, fait remarquer que la question pendante est celle de savoir si c’est l’Europe qui sera islamisée ou l’islam qui s’européanisera. La formulation est pertinente, et grandes sont les conséquences de la réponse qui sera apportée. » (Idem, p.29)
21:20 | Lien permanent | Commentaires (21) | Tags : europe, islam, virginité, mariage, bernard lewis
