19/11/2011
principe de Noah
« La décomposition des solidarités locales traditionnelles ne menace pas seulement les bases anthropologiques de la résistance morale et culturelle au capitalisme. En sapant également les fondements relationnels de la confiance (tels qu’ils prennent habituellement leur source dans la triple obligation de donner, recevoir et rendre) la logique libérale contribue tout autant à détruire ses propres murs porteurs, c’est-à-dire l’échange marchand et le contrat juridique. Dés que l’on se place sur le plan du simple calcul (et l’égoïste –ou l’économiste- n’en connaît pas d’autre) rien ne m’oblige plus, en effet, à tenir ma parole ou à respecter mes engagements (par exemple sur la qualité de la marchandise promise ou sur le fait que je ne me doperai pas), si j’ai acquis la certitude que nul ne s’en apercevra. A partir d’un certain seuil de désarticulation historique de l’ « esprit du don » (matrice anthropologique de toute confiance réelle) c’est donc la défiance et le soupçon qui doivent logiquement prendre le relais.
Dans ce nouveau cadre psychologique et culturel, le cynisme tend alors à devenir la stratégie humaine la plus rationnelle ; et « pas vu, pas pris », la maxime la plus sûre du libéralisme triomphant (comme le sport en administre la preuve quotidienne à mesure qu’il se professionnalise et qu’il est médiatisé). Comme souvent, c’est le sympathique Yannick Noah qui a su formuler, avec sa rigueur philosophique habituelle, les nouveaux aspects de cette question morale. Son fils, Joakim, ayant récemment commis, selon les mots de Yannick lui-même, « une petite boulette » (alcool et drogue au volant d’un véhicule sans permis avec, en prime, excès de vitesse), notre héros national a aussitôt tenu à lui rappeler publiquement que l’essentiel, en l’occurrence, aurait été « de ne pas se faire pécho » ; ajoutant au passage, que « ça fait vingt ans que je fais le con et je suis encore populaire parce que les gens pensent que je suis un mec bien. Alors Joakim peut faire la même chose. » En hommage à cette belle leçon de pédagogie paternelle, je propose donc d’appeler principe de Noah la loi qui tend à gouverner une partie croissante des échanges économiques contemporains (on sait par exemple que la contrefaçon est effectivement devenue l’une des industries les plus florissantes du capitalisme moderne).
JC Michéa, La double pensée, 2008.
photo: abrutis congénitaux
22:33 | Lien permanent | Commentaires (9) | Tags : michéa, noah, abruti congénital
full of beer II
Une femme de ménage confond une oeuvre d’art avec une baignoire encrassée
"Une femme de ménage trop zélée a détruit à jamais une oeuvre d’art. Elle a retiré la patine d’une baignoire en caoutchouc placée sous des planches en bois empilées, a indiqué jeudi le musée de Dortmund, dans l’ouest de l’Allemagne.
“Il n’est plus possible de remettre dans son état initial cette installation de l’artiste allemand Martin Kippenberger, aujourd’hui décédé”, a indiqué une porte-parole de la ville de Dortmund.
Baptisée “Quand des gouttes d’eau commencent à tomber du plafond”, l’oeuvre était assurée pour 800.000 euros. L’incident est survenu le 21 octobre. Dans ce musée, les femmes de ménage sont censées respecter une distance d’au moins 20 centimètres entre elles et les oeuvres d’art, a indiqué la porte-parole de la ville. Elle a toutefois précisé que dans ce cas précis, il n’avait pas été encore établi si la technicienne de surface, employée par une société indépendante du musée, avait été informée de cette règle. Ce n’est pas la première fois qu’une oeuvre d’art est sacrifiée sur l’autel de la propreté en Allemagne: en 1986, “Fettecke” (littéralement “coin gras”), une motte de beurre suintante de l’artiste allemand Joseph Beuys installée dans un musée de Düsseldorf (ouest), avait été elle aussi été “nettoyée”." source
Comme quoi, il ne faut pas désespérer de la providence...
12:38 | Lien permanent | Commentaires (25)
18/11/2011
yo!
20:58 | Lien permanent | Commentaires (13)
full of beer
Heureusement c'est un pote, P. Ses photos de "créations contemporaines" dans une église romane désaffectée, c'est de la merde. Et je pense qu'au fond de lui, il le sait: des bouts de bois "flottés", des masques africains, des plumes de volatiles, assemblages grotesques car dépourvus du moindre SENS, de la moindre BEAUTE, hormis celle, toujours bankable, de "bousculer les conventions" et de "faire tomber les derniers tabous"...comme si ce monde moderne si parfaitement haïssable avec ses stupides totems n'était pas lui-même LE dernier tabou. Le drame c'est que ces objets ridicules et faux étaient posés sur des dalles usées par les pas de millions de vrais croyants, le tragique, c'était que ces "performances insolites" scabreuses étaient fixées dans le choeur magnifique de simplicité d'en endroit sacré, ou considéré comme tel depuis prés de mille ans. Que s'est-il passé? N'importe quelle pierre de cette petite église me parlait plus que toutes ces merdes sur lesquelles je me devais de m'extasier. N'importe quel souvenir de fresque sur les murs de Pompéi ou à Chauvet, n'importe quel bijoux de la princesse de Vix est mille fois plus beau et surtout plus rempli de sens et de sacré que tout ce fatras de conneries modernes. Il aurait pas compris, P, si je lui avais dit ça et pourtant c'est un mec bien. Eloge du nihilisme.
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Quelques jours plutôt, j'étais allé à l'inauguration de la nouvelle mairie de M, sorte de cube bleuté bardé de ferrailles et célébré par le landernau progressiste comme la nouvelle merveille du monde. Aprés le discours évidemment grotesque et vide de sens de notre édile à gueule de gorgone célébrant le "vivre-ensemble" et se "félicitant" du dernier mariage homosexuel célébré dans le coin, nous eumes droit à une sorte de cérémonie républicaine ou se voulant telle mettant en scène un "performer" funambulant sur l'arête du batiment, éventrant un orieller avant de jeter les plumes sur la foule impassible et finissant par descendre la façade en rappel pour apporter le ruban inaugural à la dite gorgone armée d'une paire de ciseau. Du grand n'importe quoi mais célébré sur l'autel à roulettes de la Raison et du Progrès. Muray aurait adoré ce happeninge en forme de sortie de l'Histoire.
Ya des soirs, comme ça. Vaut mieux rien dire. Souffrir en silence. Je recommande d'ailleurs à tous ceux qui le peuvent d'expérimenter la souffrance, la vraie, pas son Iphone 4 qui tombe en panne, non, le manque, la douleur, la perte, le désespoir, l'impasse qui saisit et détruit. Ou pas. Peu de choses (peut-être l'âge, et encore, ou la guerre, l'alcool, les drogues, la musique?) permettent d'accéder à ce surcroit de lucidité comme elle. et d'apaisement. Je sais c'est pas trés festif comme programme, mais on s'en tape de la fête. Seul un Dieu peut nous sauver, disait Heidegger. Quel qu'il soit.
« Mange comme un homme, bois comme un homme, habille-toi, marie-toi, aie des enfants, mène une vie de citoyen… Montre-nous cela pour que nous sachions si tu as appris véritablement quelque chose des philosophes », disait Epictète dont Marc-Aurèle fut le disciple.
Et chante comme un homme, aussi.
In the port of Amsterdam
There's a sailor who dies
Full of beer, full of cries
In a drunken town fight
In the port of Amsterdam
There's a sailor who's born
On a hot muggy morn
By the dawn's early light
20:58 | Lien permanent | Commentaires (8)
16/11/2011
demandez plus à votre banquier
As Europe grinds out yet another doomed banking system rescue plan, it might be helpful to examine the underlying assumption, which is that we need these big banks.
Do we really? If Goldman Sachs, JP Morgan Chase, Deutsche Bank, Crédit Lyonnais and five or six of their peers ceased to exist tonight, what would happen? Would their absence change the number of factories, hospitals, farms, biotech research labs, oil wells, or gold mines? Would there be fewer houses or cars? Would computers get slower or TVs lower-def? No. The world of tomorrow morning would have exactly the same amount of real wealth and productive capacity as it does today. The main thing it wouldn’t have is a lot of arcane financial instruments that don’t produce anything edible, and a hundred thousand or so bankers making inordinate amounts of money moving this paper around. To the extent that those bankers would have to take jobs making real things, the post-Goldman world would arguably be richer and more productive.
The big banks’ disappearance might, admittedly, leave some ripples in the pond. Interest rates might rise and stock prices fall as countries like the US and Japan have to suddenly live within their means. Military budgets, public services and pensions would shrink dramatically. But there would be compensations. Where today’s low interest rate regime is devastating to retirees living on the proceeds of bank CDs and Treasury bonds, higher interest rates would give them back their personal incomes, probably more than offsetting lower Social Security and Medicare benefits. For young families, falling real estate prices (also due to higher interest rates) would bring starter homes within closer reach. And all those soldiers now occupying foreign countries, or training to, would be freed up to take real jobs alongside the ex-bankers.
People who have leveraged themselves to the hilt to buy various assets would have to sell, of course, but savers — especially those with a lot of precious metals — would snap up those assets and put them to productive use. Apple and Warren Buffett’s Berkshire Hathaway between them have over $100 billion of ready cash, which they’ll use to acquire and deploy cheap assets. Community banks that focus on mortgages, business loans, and customer service(!) will thrive as depositors abandon Bank of America for local institutions. Farmers markets and local farms will grow to replace a disrupted global agribusiness supply chain. Freed from all those financial sector campaign contributions, politics might even get a little cleaner.
Viewed this way, the process looks a lot less threatening, and might even be a path to the kind of world most rational people would prefer. So relax, let the big banks go, and let’s see what happens. source
Pas grand-chose, en fait: petite hausse des taux d'intérèts,une grosse baisse du prix des actions mais globalement un facteur positif pour l'économie réelle US (cf. GEAB). Comme quoi, il y a des bonnes nouvelles, Dia..
19:33 | Lien permanent | Commentaires (14)
15/11/2011
what's up?
"Nous arrivons vers la fin du second semestre 2011 et 15.000 milliards d'actifs-fantômes se sont bien envolés en fumée depuis Juillet dernier comme anticipé par LEAP/E2020 (GEAB N°56 ). Et, selon notre équipe, ce processus va se poursuivre au même rythme tout au long de l'année en venir. Nous estimons en effet que, avec la mise en place de la décote de 50% sur les dettes publiques grecques, la crise systémique globale entre dans une nouvelle phase : celle de la décote généralisée des dettes publiques occidentales et de son corollaire, la fragmentation du marché financier mondial. Notre équipe considère que 2012 va voir une décote moyenne de 30% de l'ensemble des dettes publiques occidentales (1) auquel s'ajoutera un montant équivalent de disparition d'actifs des bilans des établissements financiers mondiaux. Concrètement, LEAP/E2020 anticipe donc la disparition de 30.000 milliards d'actifs-fantômes d'ici le début 2013 (2) et l'accélération courant 2012 du processus de partition du marché financier mondial (3) en trois grandes zones monétaires de plus en plus déconnectées : Dollar, Euro, Yuan. Ces deux phénomènes se nourrissent l'un l'autre. Ils vont notamment être à l'origine de la baisse de 30% de la devise US en 2012 (4), comme nous l'avons annoncé en Avril dernier (GEAB N°54 ), sur fond de forte réduction de la demande de Dollars US et d'aggravation de la crise de dette publique US. La fin 2011 va donc voir, comme prévu, le détonateur des dettes publiques européennes déclencher l'explosion de la bombe US.
(...) Dans ce communiqué public nous avons choisi de présenter les éléments qui déterminent la prochaine aggravation de la crise de la dette US, tout en faisant le point sur les conséquences du sommet européen de la fin Octobre et du sommet du G20 de Cannes. Comme anticipé par LEAP/2020 depuis plusieurs mois, le sommet du G20 de Cannes s'est révélé être un échec flagrant puisqu'il n'a accouché d'absolument aucune mesure significative, se révélant incapable d'aborder les questions du changement de système monétaire international, de la relance de l'économie mondiale et de la réforme de la gouvernance globale. Si la question grecque a pris une telle place au cours de ce sommet, c'est notamment parce que ce dernier n'avait aucun contenu. George Papandreou a ainsi permis aux dirigeants du G20 de « faire comme si » la Grèce avait perturbé leurs travaux (6) alors que, en fait, elle leur a permis de cacher en partie leur impuissance à définir le moindre agenda commun. Parallèlement, les décisions du sommet européen de la semaine précédant le G20 illustrent désormais de manière officielle l'émergence de l'Euroland (doté notamment de deux sommets spécifiques chaque année (7)) et affirment de facto sa primauté décisionnelle au sein de l'UE (8). La pression de la crise a également permis en quelques jours de renforcer les capacités politiques de l'Euroland à progresser sur le chemin d'une intégration accrue (9), préalable à toute évolution positive vers le monde d'après la crise (10). (...) Ainsi le Royaume-Uni est tout simplement définitivement « mis à la porte » des réunions de l'Euroland (13). Et les autres pays membres de l'UE hors zone Euro se sont à nouveau regroupés derrière l'Euroland en refusant de soutenir la proposition britannique d'un droit de véto des 27 sur les décisions de l'Euroland. La dérive du Royaume-Uni connaît donc un coup d'accélérateur illustré par les tentatives accrues des Eurosceptiques britanniques (qui sont généralement les fantassins de la City (14)) pour tenter de couper au plus vite le maximum de liens avec l'Europe continentale (15). Loin d'être une preuve du succès de leur politique, c'est au contraire un aveu d'échec complet (16) : après vingt ans de tentatives ininterrompues, ils n'ont pas réussi à briser le processus d'intégration européenne qui reprend de plus belle sous la pression de la crise. Ils tentent donc de « larguer les amarres » par crainte (fondée d'ailleurs (17)) de voir le Royaume-Uni obligé de se fondre dans l'Euroland d'ici la fin de cette décennie (18).
Sur le fond, c'est une fuite en avant désespérée qui, comme le souligne Will Hutton dans un article remarquable de lucidité paru dans le Guardian du 30/10/2011, ne peut conduire le Royaume-Uni qu'à l'éclatement avec une Ecosse qui veut revendiquer non seulement son indépendance (19) mais également son ancrage européen, et à une situation socio-économique de marché financier off-shore sans protection sociale (20) ni base industrielle (21) : en résumé, un Royaume-Désuni à la dérive (22) ! Et l'allié américain étant dans un état aussi désespéré, la dérive peut s'éterniser pour le plus grand malheur du peuple britannique qui se montre de plus en plus agressif avec la City. Même les anciens combattants commencent à rejoindre le mouvement Occupy the City (23) : visiblement, sur ce point, il y a une étonnante convergence de points de vue entre l'Euroland et le peuple britannique ! Pour se consoler, les financiers britanniques pourront se dire qu'ils détiennent la plus grande proportion d'actifs publics japonais hors Japon … mais au moment où le FMI met en garde de plus en plus fermement le Japon sur le risque systémique de sa dette publique qui dépasse les 200% du PIB (24), est-ce bien une consolation ?
.
(...) Puisque nous parlons d'endettement public, il est temps de revenir aux Etats-Unis. Les toutes prochaines semaines vont en effet rappeler au monde que c'est bien ce pays, et non pas la Grèce, qui est l'épicentre de la crise systémique globale. Dans une semaine, le 23 Novembre, la « supercommission » du Congrès en charge de réduire le déficit fédéral US devra avouer son échec à trouver les 1.500 Milliards USD d'économies sur dix ans. Chaque parti affûte déjà ses arguments pour faire porter la faute de l'échec sur l'autre camp (25). Quand à Barack Obama, en-dehors de ses minauderies télévisées avec Nicolas Sarkozy, il contemple passivement la situation tout en constatant que le Congrès a mis en pièce son grand projet de plan pour l'emploi présenté en fanfare il y a à peine deux mois (26). Et ce n'est pas l'annonce complètement irréaliste d'une nouvelle union douanière du Pacifique (sans la Chine) (27) à la veille d'un sommet de l'APEC où Chinois et Américains s'affrontent de plus en plus durement, qui va renforcer sa stature de chef d'Etat et encore moins ses chances de réélection. Cet échec prévisible de la « supercommission », qui ne fait que refléter la paralysie totale du système politique fédéral américain, va avoir des conséquences immédiates et très lourdes : une nouvelle série de dégradation de la note de crédit des Etats-Unis. L'agence chinoise Dagon a ouvert le feu en confirmant qu'elle allait à nouveau baisser cette note en cas d'échec de la « supercommission » (28). S&P va probablement faire baisser encore d'un cran la note US et Moody's et Fitch n'auront plus d'autres choix que de se mettre au diapason puisqu'elles avaient donné un répit jusqu'à la fin de l'année sous condition de résultats en matière de réduction du déficit public. Au passage, pour essayer de diluer l'information négative pour les Etats-Unis, il est fort probable qu'il y aura une tentative de relancer la crise de l'endettement public dans la zone Euro (29) en abaissant la note de la France pour affaiblir le Fonds Européen de Stabilisation Financière (30).
Tout cela prépare une fin d'année très mouvementée sur les marchés financiers et monétaires et va entraîner des chocs violents dans les systèmes bancaires occidentaux et, au-delà, pour tous ceux qui sont détenteurs de Bons du Trésor US. Mais au-delà de l'échec de la « supercommission » à réduire le déficit fédéral, c'est toute la pyramide de l'endettement US qui va être à nouveau auscultée, dans un contexte de récession mondiale et bien entendue américaine : chute des recettes fiscales, poursuite de l'augmentation du nombre de chômeurs et en particulier des chômeurs qui ne reçoivent plus d'indemnités (31), poursuite de la chute des prix de l'immobilier, …"
19:56 | Lien permanent | Commentaires (8)
bogoss
18:55 | Lien permanent | Commentaires (17)
14/11/2011
mm
21:10 | Lien permanent | Commentaires (20) | Tags : jihae
day after
Le “Jour d’Après” (les élections présidentielles US de 2012). Manifestations, troubles sociaux et affrontements feront “la Une” des médias, par Juan Vargas, Mexico.
"Dès le résultat des élections présidentielles 2012 connu, les espoirs et les craintes d’une société profondément en opposition éclateront sous forme d’affrontements et de manifestations de rue. Jusqu’à cette date, ces sentiments seront canalisés par les médias et les discours de campagne électorale, chaque camp espérant que son point de vue sociétal (les progressistes supportant Obama et l’aile droite américaine soutenant le candidat républicain) se voit le gagnant avec une apothéose digne d’Hollywood marquant la fin des problèmes de l’Amérique. Hélas, le “Jour d’Après” se vivra comme un dur retour à la réalité, où les problèmes sont bien présents et où rien n’a changé, à part le désespoir total de la population envers le monde politique, quelque soit le vainqueur.Les signaux avant-coureurs sont déjà là, sous nos yeux ; manifestations à Madison dans le Wisconsin, à Wall-Street, sit-in sur les campus universitaire à travers le pays ou encore manifestations d’immigrants latinos. Madison est la ville qui a connu ce que nous pourrions qualifier de prologue d’un mouvement social. D’une part, plus de 100 000 travailleurs et leurs familles s’installant dans le siège du Gouverneur pour défendre leurs droits à négocier sur la base de conventions collectives existantes que le Gouverneur veut abroger. D’autre part, les frères Koch, une des familles les plus riches au monde, priant sur internet les habitants de descendre dans la rue pour défendre le Gouverneur (1). On assiste là aux manifestations les plus importantes en 40 ans, en fait depuis la guerre du Vietnam (2).
Et ce n’est qu’un début ; le feu se propage à d’autres états tels l’Ohio, l’Iowa, l’Idaho et l'Alaska. Notons qu’un sondage USA Today/Gallup annonce que 61% des américains s’opposeraient à la mise en place d’une loi similaire à celle du Wisconsin dans leur Etat (3). En fait, la vraie bataille est entre des travailleurs qui luttent pour leur survie et des Républicains qui font tout pour mettre les syndicats à genoux pour diminuer leur capacité de résistance lors des combats à venir (4) et tarir une source de financement d’Obama nécessaire à sa campagne pour un second mandat. Plusieurs facteurs ont mené les USA dans l’impasse dans laquelle ils se trouvent aujourd’hui. Principalement l’état lamentable du système d’enseignement qui est sans doute le pire du monde industrialisé (ou développé).
Les dysfonctionnements de ce système génèrent non seulement une extrême pauvreté, des inégalités et une violence souvent à l’origine de manifestations, mais il interdit aussi tout débat sur ce qui se passe aux USA, la responsabilité de l’Etat et les directions qu’il souhaite prendre. Pour illustrer cet état, notons que 50% des adultes sont incapables de lire un livre du niveau “fin de primaire” ce qui les condamne à être mis en marge de la société. A tel point que certains Etats projettent le nombre de places nécessaires en prison pour partie sur les résultats de test de lecture d’écoliers. L’illettrisme est en lien direct avec la pauvreté, le taux de crime et d’internement (5). A titre d’exemple, la ville de Detroit, la plus affectée par ces phénomènes connait un taux d’analphabétisme de 47% (6). L’échec de ce système éducatif fait passer l’Amérique à côté de l’essentiel et entraîne une chute du niveau du débat d’idées dans les domaines sociaux, politiques ou économiques. “Sur-simplifications” et idées toutes faites sont la norme, les medias étant souvent l’exemple de références Kafkaïennes. D’une part, nous avons les carences de ce système éducatif qui font le lit du dogmatisme et de l’affrontement systématique dans les débats socio-économiques et politiques. D’autre part, nous avons d’autres facteurs qui, une fois combinés avec ces carences, nous conduisent tout droit vers les troubles sociaux, les affrontements et les manifestations de rue. La plupart de ces facteurs, déjà identifiés lors du printemps arabe et du mouvement des indignés sont :
-Une augmentation des prix des produits alimentaires,
-Le chômage,
-Le manque de perspectives pour la jeune génération,
-La pauvreté,
-Les inégalités sociales,
-La perte du domicile.
Les denrées alimentaires ont connu leur plus forte augmentation en 36 ans, touchant des pans entiers de la population (7), celle-ci devant puiser dans ses réserves (aussi faibles soient-elles) pour assumer des dépenses alimentaires et/ou énergétiques (8). Les Américains sont en train de perdre espoir et nombreux sont ceux qui ne croient plus au “rêve américain” (43% on perdu cet espoir) (9). Côté emploi, les perspectives ne sont pas meilleures. En fait, la situation est catastrophique. Parmi ceux qui ont la chance d’avoir un travail, 35% ont vu leur salaire baisser (10). Et même si le taux de chômage officiel était de 9% dans le rapport d’avril 2011, le même rapport nous montre que le taux d’emploi de la population U.S. était de 58,4% (11). Et, quand bien même vous auriez la chance d’avoir retrouvé un job, il y a fort à parier qu’il sera moins payé que le précédent. Ainsi, pendant la récession, 23% des boulots étaient des bas revenus et 49% des nouveaux emplois étaient des emplois à revenu faible. Pour couronner le tout, il est très difficile de décrocher un emploi à durée indéterminée (en 2010, 26% des emplois étaient des CDD, à comparer avec les 7% lors de la récession de 2001 (12)) et les conservateurs continuent leur destruction des syndicats pour la raison qu’un travailleur syndiqué touche 200$ de plus par semaine qu’un travailleur non-syndiqué. En conclusion, deux chiffres, le taux de chômage des jeunes de moins de 24 ans est de 17,6% (13) et 5,8 million de travailleurs on été inscrits au chômage pour des durées supérieures à 6 mois.
![]()
Comme nous pouvons le constater dans le schéma ci-dessus, les USA ont le taux de pauvreté le plus élevé des pays industrialisés. Et cette pauvreté continue d’augmenter dans la logique de la crise économique et financière, les revenus de la classe moyenne continuant à se dégrader, impactant d’autant plus ceux qui ne sont pas passés par l’université (12% de perte au cours du dernier quart de siècle) (14). Les signes d’aggravation pour la population pauvre sont là :
-Les clients de Wal-Mart, ceux qui ont du mal à joindre les deux bouts, achètent une quantité au début du mois, quand leur compte est créditeur, puis vivent au jour le jour, à court de liquide,
-Les achats s’effondrent avec les fins de mois (15),
-43 millions d’américains (1 sur 7) vivent grâce à l’aide alimentaire, ce qui représente une augmentation de 16% en un an (16),
-6 de ces 43 millions n’ont pas d’autre revenu, pas de cash, pas d’assurance chômage, pas de retraite ou de pension d’invalidité, pas d’aide à l’enfance (17),
-Selon le Census Bureau, 1 enfant sur 5 aux USA vit dans la pauvreté (18),
-En 2007, 62% des faillites personnelles étaient dues à des dépenses médicales, sachant que 75% de ces personnes étaient couvertes par une assurance maladie,
T.R. Reid, journaliste au Washington Post, a posé la question au Président de la Confédération Helvétique : “Combien de personnes, en Suisse, se sont-elles déclarées en faillite personnelle à cause de frais médicaux qu’elles ne pouvaient assumer ?“. Le Président Pascal Couchepin a répondu “Aucune. Ca n’arrive jamais. Ce serait un scandale énorme si cela se passait.” (19)
Nous pourrions continuer ainsi “ad infinitum” avec les statistiques. Les faits sont incontournables, la population américaine s’appauvrit de jour en jour à vitesse croissante. Mais cela ne suffit pas d’être pauvre. Il y a en plus le fait que les gens ont parfaitement conscience des ressources de leur pays et de ses inégalités de revenus. Ainsi, les USA ont un des taux les plus élevés de disparité des revenus selon l’index Gini, comparable aux écarts que connaissent des pays aux revenus plus faibles, tels la Russie ou la Turquie. Notons qu’en 1915 (un siècle), le 1% le plus riche de citoyens américains représentaient 18% des revenus, aujourd’hui ce 1% représente 24% de la totalité des revenus (20). Cerise sur le gâteau, nous constatons sur le schéma que le taux d’imposition d’Exxon Mobil est inférieur au taux moyen d’un individu, ceci se vérifiant, non seulement pour d’autres corporation (GE, GM,…), mais aussi pour les individus les plus riches en général. Dernier aspect de cette paupérisation galopante: la perte de leur domicile par les citoyens les plus pauvres (sans compter la crise systémique financière et économique, de la fin du QE II, de la crise des bons d’état et des bons municipaux, des coupes budgétaires qui vont toucher les Américains):
-Les ventes de logements familiaux se sont éffondrées de 80% en février 2011 comparativement au pic de 2005
-Les ventes de maisons unifamiliales neuves sont à leur plus bas depuis que l’on collecte ce type de statistiques (1963) alors qu’à l’époque les USA ne comptaient que 260 millions d’habitants (21)
-En 2010, 2,9 millions de propriétaires ont reçu une assignation d’expulsion (en augmentation de 2% par rapport à 2009 et de 23% par rapport à 2008 (22)
- A ce jour, 5,5 millions de propriétaires ont un retard de 90 jours ou plus sur leur échéance de prêt immobilier
- 20% des propriétaires sont en retard de paiement
- 3,5 millions ont reçu un avis d’expulsion
- 1,5 millions sont dans la période de “non rachat possible de leur dette” (23)
- Enfin, 15 millions d’Américains ont une dette supérieure à la valeur de leurs biens
- Et 27% sont “sous la ligne de flottaison” (24)
Nous réalisons que les tendances sont là, et que les ruptures sont déjà bien engagées, qu’après le QE II et le pseudo QE III (qui ne dit pas son nom), nous n’échapperons pas aux coupes budgétaires féroces. Quel que soit le niveau de gouvernement (fédéral, Etat fédéré, local), la colère des Américains va exploser car ils réaliseront que le peu qu’il reste d’un fragile et maigre filet de sécurité a complètement disparu. Durant la seconde moitié de 2011 et en 2012, les manifestations et les protestations ne feront qu’augmenter. Canalisées par la campagne électorale et les médias, ces évènements resteront sous contrôle. En fait, ce sera la dernière fois que les électeurs essaieront d’influencer le débat politique par des moyens pacifiques. Mais ce débat ne fera qu’accroître les oppositions et nous devons craindre d’assister à la plus “sale” des campagnes présidentielles de notre histoire. Une fois l’élection passée, et quel qu’en soit le résultat, le “Jour d’Après” verra les manifestations et les protestations se transformer en troubles sociaux, affrontements et émeutes." source
1. “Class war in Wisconsin”, 22.02.2011, The Guardian
2 “US left finds its voice over Wisconsin attack on
union rights”, 24.02.2011, The Guardian
3 “Poll : Americans favor union bargaining rights”,
23.02.2011, USA Today
4 “Tomgram : Andy Kroll, Union-Busting or Republican-
Busting in Wisconsin?”, 31.03.2011, TomDispatch
5. “Illiteracy : The Downfall of American
Society”, 13.06.2011, Education-Portal
6. “Nearly Half Of Detroit’s Adults Are
Functionally Illiterate, Report Finds”,
05.07.2011, The Huffington Post
7. “Food prices increase most in 36 years”,
16.03.2011, CBS News
8. “US consumers use savings to pay for
basics”, 28.03.2011, The Telegraph
9. “John Zogby : The American Dream
redefined”, 29.03.2011, BBC
10. “John Zogby : The American Dream
redefined”, 29.03.2011, BBC
11. Source : Bureau of Labor Statistics
12. “Tomgram : Andy Kroll, Welcome to the
McJobs Recovery”, 08.05.2011, TomDispatch
13. “The Jobs Numbers and the President’s
Job”, 08.05.2011, The Huffington Post
14. “Of the 1%, by the 1%, for the 1%”,
05.2011, Vanity Fair
15. “Wal-Mart’s customers are running out of money”,
28.04.2011, Truthdig
16. “1 in 7 Americans rely on food stamps”, 21.12.2010,
CNN
17. “Living on Nothing but Food Stamps”, 02.01.2010, The
New York Times
18. “Hunger in America : 2011 United States Hunger and
Poverty Facts”, 25.09.2011, World Hunger Notes
19. “We’re #1 -- Ten Depressing Ways America Is
Exceptional”, 20.04.2011, AlterNet
20. Source : Income inequality in the United States,
Wikipedia
21. “Builders of New Homes Seeing No Sign of Recovery”, 22.04.2011, The New York Times
22. “2010 Had Record 2.9 Million Foreclosures”, 13.01.2011, ABC
23. “Current Foreclosure Statistics in the U.S.”, 04.02.2011, Twin Cities Real Estate
24. “Homeowners Hit Brick Wall, With Many Owing More Than Homes Are Worth”, 09.02.2011,
Fox News
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