16/03/2014
guerre froide?
"Crise systémique globale – Escalade dans la réaction de survie des États-Unis : déclencher une guerre froide pour mieux annexer l’Europe.
Mais ni Mme Ashton, ni M. O’Sullivan (2), en charge du Service d’Action Extérieure de la Commission européenne, pas plus que M. Fule qui du haut de la DG Élargissement passe son temps à essayer d’intégrer tout ce qui bouge à l’Est de l’Europe (3), ne voulaient cela. À l’inverse, ils ont obligé l’Ukraine à « choisir son camp » (4), créant ainsi les conditions à la suite inéluctable d’événements que l’on sait : l’Ukraine a en effet choisi… et le pays, en toute logique, est entré dans un dramatique et sanglant processus de division dont nous ne sommes qu’au début. Mme Ashton et M. O’Sullivan ont littéralement tendu un piège à l’Ukraine… et à l’Europe.
Cinq mois plus tard, les dégâts obtenus sont immenses : plus de 100 morts (5), l’Ukraine se retrouve avec un gouvernement non élu porté au pouvoir par des factions d’extrême-droite (6), les relations Euro-Russes sont brisées, l’Ukraine et la Russie sont au bord d’une guerre qui n’est pas loin d’être une guerre entre l’Europe et la Russie (7), les militaires russes ont repris le contrôle de leur arsenal criméen, la flotte américaine croise dans les eaux de la mer Noire (8), l’armée américaine se réinstalle en Europe (en Pologne, Lituanie, Roumanie (9)), les médias excités par le sang sont une pure machine de propagande décidés à pousser politiques et citoyens à la guerre, le Traité de libre-échange UE-Ukraine est sur le point d’être signé à l’encontre de l’intérêt russe par Washington et un gouvernement ukrainien non élu (10) (si la même méthode est employée pour le TTIP, Washington et Mme Ashton l’auront signé en avril au plus tard), les Occidentaux s’apprêtent à nier la légitimité du référendum sur la Crimée ce qui va aggraver la crise et continuera à poser des questions sur le combat démocratique des Occidentaux, … (11)
D’un point de vue européen, quel considérable échec politico-diplomatique ! Œuvrer à reconstruire le rideau de fer en 2014 et à isoler l’Europe de toutes les dynamiques en cours dans ces fameux pays émergents auxquels la Russie nous relie, comme l’Ukraine nous reliait à la Russie (12).
ATTAQUES SUR L’EUROPE EN SÉRIE
L’attaque actuelle se situe en effet dans la lignée de celle menée en 2010 contre l’euro, sachant qu’en cassant la monnaie commune, et compte tenu de l’impossibilité technique à retourner aux monnaies nationales, l’Europe se serait de facto retrouvée intégrée à la zone dollar. Cette fois-là, l’Europe a résisté et sauvé sa monnaie… au prix d’un énorme affaiblissement, politique notamment.
Le TTIP, et les tentatives de nous faire signer dans l’urgence ce Traité obscur dont personne ne veut, semble surtout avoir pour objectif de placer le politique sous tutelle de l’économique (plus encore d’ailleurs que l’Europe sous tutelle des États-Unis). Quoiqu’il en soit, il créerait de fait une énorme zone de libre-échange UE-US échangeant en dollars et annexant formellement l’Europe à la zone dollar. Là encore, les outils de l’indépendance européenne sont visés, en l’occurrence son arsenal juridique de protection commerciale, garant de l’intérêt économique, de la compétitivité qualitative et de la santé des Européens. Et les méthodes pour obtenir la signature à tout prix de ce traité sont à elles seules la preuve de sa malhonnêteté profonde.
FAIRE TOMBER SUR L’EUROPE UN NOUVEAU RIDEAU DE FER
Et encore n’avions-nous rien vu de ce que Washington et Bruxelles étaient capables dans ce domaine. La crise ukrainienne n’a probablement pas été déclenchée pour autre chose que pour, in fine, nous obliger à acheter le gaz de schiste américain (13), à signer le TTIP (hors duquel le précédent ne peut être vendu en Europe (14)) et à justifier une réaugmentation des budgets militaires américano-otanesques (15) grâce à la réactivation d’une guerre froide entre occident et émergents (à ce détail près que c’est l’Occident qui sera cette fois du mauvais côté du rideau de fer)."
10:46 | Lien permanent | Commentaires (237) | Tags : geab
15/03/2014
best of: le barnum de l'anti-racisme
18:39 | Lien permanent | Commentaires (23)
13/03/2014
anatomie du chaos, n+1
« La droite a été la grande vaincue de l’histoire, puisqu’elle a pratiquement perdu tous les combats dans lesquels elle s’est engagée. L’histoire des deux derniers siècles est celle de ses défaites successives. Une telle succession d’échecs donne à penser que la supériorité de ses adversaires s’est surtout nourrie de ses faiblesses. A l’origine, qu’est-ce que la droite possédait en propre de meilleur ? Je dirai, pour faire bref, un système de pensée anti-individualiste et anti-utilitariste, doublée d’une éthique de l’honneur, héritée de l’Ancien Régime. Elle s’opposait par là frontalement à l’idéologie des Lumières, dont le moteur était l’individualisme, le rationalisme, l’axiomatique de l’intérêt et la croyance au progrès. Les valeurs dont elle se réclamait étaient à la fois des valeurs aristocratiques et des valeurs populaires. Sa mission historique était de réaliser l’union naturelle de l’aristocratie et du peuple contre leur ennemi commun : la bourgeoisie, dont les valeurs de classe trouvaient précisément leur légitimation dans la pensée des Lumières. Mais cette union ne s’est réalisée que pendant de très brèves périodes, par exemple au lendemain de la Commune de Paris, jusqu’au moment où les délires antidreyfusards vinrent mettre un terme aux espoirs qu’avait fait naître le boulangisme à ses débuts. La droite tient que l’homme est naturellement social. Cependant, elle n’a jamais développé une théorie cohérente de la communauté ou du lien social. Elle n’a jamais exploré sérieusement l’opposition entre les idéaltypes du soi-propriétaire (l’homme défini par le droit de jouissance de ce dont il est propriétaire, tel que le pose l’individualisme libéral) et le soi lié-à-autrui. Elle n’a jamais été capable non plus de formuler une doctrine économique véritablement alternative du système de la marchandise.
Jean-Pierre Maxence parlait aussi, très justement, de « défaut de contacts populaires » : « On se proclamait “homme du peuple” mais on pensait, plus on sentait, en petit-bourgeois ».
Au lieu de soutenir le mouvement ouvrier et le socialisme naissant, qui représentait une saine réaction contre l’individualisme qu’elle critiquait elle-même, la droite n’a que trop souvent défendu les exploitations humaines les plus affreuses et les inégalités les plus politiquement insupportables. Elle s’est rangée du côté des classes possédantes, participant objectivement de la lutte de la bourgeoisie contre les « partageux » et les « classes dangereuses ». Il y a eu des exceptions, mais rares. Et les théoriciens n’ont que trop souvent été à la remorque de leur public (qu’on pense aux écrits du jeune Maurras en faveur du socialisme et du fédéralisme et à la dérive conservatrice de l’Action française). Défendant la nation, la droite a rarement compris que la nation, c’est avant tout le peuple. Elle a oublié la complémentarité naturelle des valeurs aristocratiques et des valeurs populaires. Au moment du Front populaire, on l’a vu tonner contre la « culture des congés payés ». Elle a toujours préféré l’ordre à la justice, sans comprendre que l’injustice est un suprême désordre, et que l’ordre n’est lui-même bien souvent qu’un désordre établi. Elle aurait pu, comme Herder, développer une philosophie de l’histoire fondée sur la diversité des cultures et la nécessité d’en reconnaître la valeur universelle, ce qui l’aurait amenée à soutenir les luttes en faveur de l’autonomie et de la liberté des peuples, à commencer par les peuples du Tiers-monde, premières victimes de l’idéologie du progrès. Au lieu de cela, elle a défendu le colonialisme, qu’elle avait pourtant à juste titre condamné dans un premier temps (ce qui ne l’empêche pas de se plaindre à l’occasion d’être « envahie » ou « colonisée » à son tour). La droite a oublié que son seul véritable ennemi est l’argent, et qu’elle devait de ce fait s’éprouver comme l’alliée objective de tout ce qui conteste le système de l’argent. Elle est passée par paliers du côté de ce système. Elle était mieux placée que quiconque pour défendre, en les reformulant, des valeurs anti-utilitaristes de gratuité et de désintéressement. Peu à peu, elle s’est convertie à l’axiomatique de l’intérêt et à la défense du marché. Parallèlement, elle est tombée dans l’ordre moral, le militarisme, le nationalisme, qui n’est qu’un individualisme collectif que les premiers contre-révolutionnaires avaient condamné comme tel. Le nationalisme l’a fait tomber dans la métaphysique de la subjectivité, maladie de l’esprit systématisée par les modernes, lui faisant du même coup perdre de vue la notion de vérité. Elle aurait dû être le parti de la générosité, de la « common decency », des communautés organiques ; elle n’est que trop souvent devenue le parti de l’exclusion, de l’égoïsme collectif et du ressentiment. Bref, la droite s’est trahie elle-même quand elle a commencé à accepter l’individualisme, le mode de vie bourgeois, la logique de l’argent, le modèle du marché. »
Alain de Benoist, Entretien sur les droites françaises, ici.
21:40 | Lien permanent | Commentaires (48) | Tags : alain de benoist
Paris, 7 décembre 1941.
« L’après midi à l’Institut Allemand, rue Saint Dominique. Là, entre autres personnes, Merline [Céline], grand, osseux, robuste, un peu lourdaud, mais alerte dans la discussion ou plutôt dans le monologue ; Il y a, chez lui, ce regard des maniaques, tourné en dedans qui brille comme au fond d’un trou. Pour ce regard, aussi, plus rien n’existe ni à droite ni à gauche ; on a l’impression que l’homme fonce vers un but inconnu. « J’ai constamment la mort à mes côtés »- et, disant cela, il semble montrer du doigt, à côté de son fauteuil, un petit chien qui serait couché là. Il dit combien il est surpris, stupéfait, que nous, soldats, nous ne fusillions pas, ne pendions pas, n’exterminions pas les Juifs- il est stupéfait que quelqu’un disposant d’une baïonnette n’en fasse pas un usage illimité ; « Si les bolcheviques étaient à Paris, ils vous feraient voir comment on s’y prend ; ils vous montreraient comment on épure la population, quartier par quartier, maison par maison. Si je portais la baïonnette, je saurais ce que j’ai à faire. »
J’ai appris quelque chose, à l’écouter parler ainsi deux heures durant, car il exprimait de toutes évidences la monstrueuse puissance du nihilisme. Ces hommes là n’entendent qu’une mélodie, mais singulièrement insistante ; Ils sont comme des machines de fer qui continuent leur chemin jusqu’à ce qu’on les brise. Il est curieux d’entendre de tels esprits parler de la science, par exemple de la biologie. Ils utilisent tout cela comme auraient fait les hommes de l’âge de pierre ; c’est pour eux uniquement un moyen de tuer les autres. La joie de ces gens-là, aujourd’hui ne tient pas au fait qu’ils ont une idée. Des idées ils en avaient déjà beaucoup ; ce qu’ils désirent ardemment, c’est occuper des bastions d’où pouvoir ouvrir le feu sur de grandes masses d’hommes, et répandre la terreur. Qu’ils y parviennent et ils suspendent tout travail cérébral, qu’elles qu’aient été leurs théories au cours de leur ascension. Ils s’abandonnent alors au plaisir de tuer ; et c’était cela, cet instinct du massacre en masse qui, dés le début, les poussait en avant, de façon ténébreuse et confuse.
Aux époques ou l’on pouvait encore mettre la croyance à l’épreuve, de telles natures étaient plus vite identifiées. De nos jours, elles vont de l’avant sous le capuchon des idées. Quant à celles-ci, elles sont ce qu’on voudra ; il suffit, pour s’en rendre compte, de voir comme on rejette ces guenilles, une fois le but atteint. On a annoncé aujourd’hui l’entrée en guerre du Japon. Peut-être l’année 1942 verra-t-elle un nombre d’hommes plus élevé que jamais passer ensemble les portes de l’Hadès. »
Ernst Jünger, Premier journal parisien.
21:22 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : ernst junger, céline
11/03/2014
la gauche contre le socialisme
Dieu sait que Marchais n'a jamais figuré dans mon panthéon mais force est de reconnaitre que ce Marchais-là, et la gauche qui allait avec, c'est-à-dire (et au-delà du personnage de Marchais) une gauche enracinée dans les milieux populaires et ouvriers, dans des traditions, n'a plus plus strictement rien à voir avec la gauche d'aujourdhui (NPA, FDG, PC, PS confondus, tous ralliés à l'imaginaire de l'illimitation, de l'ouverture des frontières, de l'immigration de masse, du relativisme débridé, de l'ethno-masochisme (cf. la célèbre réplique de la salope Lauvergeon sur les "mâles blancs", débarquée d'Areva avec 1,5 million d’indemnités, plus d’un siècle de Smic...), bref de la globalisation marchande sous couvert de "lutte contre toutes les discriminations" et "d'ouverture au monde") ni avec les idiots utiles que le Spectacle met en avant quotidienement (du pauvre Besancenot au dérisoire Merluchon en passant par tous les cons-bandits du moment...).
Il faut revenir aux travaux récents du think tank Strausskahnien Terra-Nova sur la nécessité de substituer à l'électorat traditionnel de la gauche un "nouveau peuple de gauche" (les femmes, les jeunes et les immigrés, ce nouveau prolétariat corvéable à merci et le mieux susceptible de détruire un peu plus toutes les barrières syndicales, légales, morales, traditionnelles à la toute-puissance du marché, plutôt que les FDS des classes populaires/moyennes encore scandaleusement ancrées dans des traditions, des usages et des pratiques "nauséabonds" qu'il est urgent de "dépoussierer" ou de "déconstruire" selon la sociologie d'Etat du triste Fassin), pour comprendre la métamorphose sidérante d'une "gauche" qui a minutieusement trahi tous les idéaux du socialisme originel d'un Orwell ou d'un Sorel (critique sociale, refus du salariat généralisé, enracinement dans une culture, des traditions, codes d'honneur, "bon sens" ou "décence commune" dont parlait Orwell, etc.) pour en constituer aujourdhui le principal ennemi (la "droite" libérale jouant encore sur quelques thèmes/marroniers traditionnels (religion, sécurité, morale, etc.) persuadée qu'elle est que seul son électorat y serait encore sensible, ce qui est faux mais il ne faut pas compter sur Coppé ou Guéant pour comprendre cela).
Il suffit, pour s'en convaincre, de réaliser qu'un homme comme DSK (archétype de la gauche kérozène et de l'affairisme globalisé) ait pu incarner l'espoir de la gauche pour la présidentielle 2012 pour comprendre le chemin parcouru par le "camp du Progrès" ou de voir qu'un "socialiste" comme Lamy puisse passer du bureau politique du PS Français à la direction de la trés mondialiste et libérale OMC sans coup férir...On est loin de Rousseau.
Le discours du trés stalinien marchais (en passant la prise de contrôle du PCF par un trostkyste comme Merluchon a du faire grincer quelques dents dans la mouvance communiste..) est intéressant à un autre titre: il montre qu'à cette époque déjà, il était de bon ton de faire passer l'électorat populaire pour un conglomérat de demi-crétins alcooliques, consanguins, fascistes/pétainistes/nauséabonds/crispés/frileux/racistes, bref des hasbeen, des Deschiens, des Bidochons, des personnages grotesques de Cabu; la gauche moderne, dans son ralliement à l'imaginaire juridico-marchand (sponsorisé par EuroRSCG et Carglass) de nos élites soixante-huitardes faisait ainsi le deuil de son électorat traditionnel, pas assez nomade ni encore assez étranger à lui-même et toujours suspect de rester fidèle à un weltgeist par trop traditionnel, empreint de décence commune et de méfiance à l'égard du monde festif, bariolé et frelaté vendus par nos happyfews de "droite" comme de "gauche" du site France.
Happyfews blindés et donneurs de leçons, constitués en une hyperclasse cosmopolite et parisienne endogamique arrogante et toute-puissante, au discours de bois reconnaissable à mille miles (avec ses mots-clefs vomitifs tels "diversité", "métissage", "vivre-ensemble", "ouverture", "déconstruire", "résister", "nauséabond", "refus des extrêmes", etc.), aux pratiques se situant le plus souvent aux antipodes des vertueux principes qu'ils prônent (voir l'affairisme stratosphérique de la clique Sarko (affaire Karachi, affaire de la campagne Balladur, affaire Clearstream, affaire du financement de la campagne 2007 du même, affaire Bettancourt, affaire Lagarde/Tapie, affaire de l'espionnage de journalistes (Courroye), etc.), squattant les 5/6/7/8 et 16° arrondissement (quand ça n'est pas la Suisse ou LA) c'est-à-dire bien bien loin des réalités quotidiennes de leurs "compatriotes" (ces enculés n'ont pas de patrie, ce sont des crevures hors-sol à tablettes et à latter d'urgence) qu'ils méprisent tant. A cet égard, la récente sortie du courageux NDA lors du grand journal de C+ est symptomatique de la montée d'une détestation de ces pseudo-élites fleurant bon sa réunion des états-généraux...A quand sarko-l'américain devant une cour de justice? A quand les cuistres du "grand journal" (et l'horrible Massenet et ses 25 000 euros mensuels!) virés voire lynchés par leurs créatures golémiques (des "sans-papiers" "précaires" "sans domicile" et "sans scrupules")? mais je m'égare..
La parole aux "élites"...
« On connaît la description par Jacques Attali de cette magnifique hyperclasse promise à la domination du nouveau monde sans frontières : « Ils ne posséderont ni entreprises ni terres, ni charges. Riches d’un actif nomade, ils l’utiliseront de façon nomade, pour eux-mêmes, mobilisant promptement du capital et des compétences en des ensembles changeants, pour des finalités éphémères dans lesquelles l’Etat n’aura pas de rôle. Ils n’aspireront pas à diriger les affaires publiques (la célébrité politique sera pour eux une malédiction). Ils aimeront créer, jouir, bouger. Connectés, informés, en réseau, ils ne se préoccuperont pas de léguer fortune ou pouvoir à leurs rares enfants : seulement une éducation. Riches de surcroît, ils vivront luxueusement en nomades de luxe, souvent sans payer ce qu’ils consomment. Ils porteront le meilleur et le pire d’une société volatile, insouciante égoïste et hédoniste, partagés entre le rêve et la violence. L’hyperclasse regroupera plusieurs dizaines de millions d’individus. Ils seront attachés à la liberté, aux droits des citoyens, à l’économie de marché, au libéralisme, à l’esprit démocratique. Ils voteront, créeront des associations de consommateurs, cultiveront et développeront une conscience aiguë des enjeux planétaires ; à terme ils s’intéresseront plus à la condition humaine qu’à l’avenir de leur propre progéniture. » (…)
« Il y a deux types de communautés, déclarait Bernard-Henri Lévy au Quotidien de Paris (16 janvier 1981). Les communautés de fait, d'abord. C'est-à-dire de « race », de »terre », de « terroir », de « région », de nation, que sais-je encore, toutes ces communautés incarnées (...) dont l'horizon me parait toujours être l'enfermement, la violence et finalement la barbarie. Et puis il y a les autres. Les communautés de verbe, de loi, de papier, d'idée, d'idéal. Des communautés sans ancrage, des rassemblements sans frontières, des identités cosmopolites et toujours transgressives ».
La parole au maître...
« Comme je l’écrivais dans Impasse Adam Smith, une vie moderne accomplie (c’est-à-dire conforme aux critères du capitalisme développé), doit, en toute logique, se réduire à une série de ruptures et de déménagements (dans la logique de Laurence Parisot, on dira que tout est précaire). C’est ce qui explique que le « migrant » soit progressivement devenu la figure rédemptrice centrale de toutes les constructions idéologiques de la nouvelle gauche libérale. Et ce, au lieu et place de l’archaïque prolétaire, toujours suspect de ne pas être assez indifférent à sa communauté d’origine, ou, à plus forte raison, du paysan que son lien constitutif à la terre destinait à devenir la figure la plus méprisée –et la plus moquée- de la culture capitaliste (les ploucs, les bouseux, les pequenods, les culs-terreux, les terroni, etc.). Sur le processus historique (dont Canal Plus est le symbole accompli) qui a ainsi conduit –en quelques décennies- à refouler le souvenir des luttes des ouvriers de Lip et des paysans du Larzac au profit de celles des clandestins de l’église Saint Bernard (et sur l’étrange pacte entre l’univers « associatif » et le monde du show-biz et des médias noué à cette occasion), on trouvera des aperçus particulièrement éclairants dans l’ouvrage de Thierry Blin, L’invention des sans-papiers (PUF, 2010). » Michéa, Le complexe d'Orphée, 2011.
18:43 | Lien permanent | Commentaires (28) | Tags : gauche, socialisme, attali, bhl, dsk, sorel, rousseau


