01/09/2013
HOPE
"A côté des divers affrontements, empoignades et rebuffades dans le champ diplomatique et, surtout, dans celui de la communication, à l’intérieur du bloc BAO et dans diverses autres directions, le projet d’attaque “punitive” contre la Syrie demeure. Il est même urgent de l’expédier puisque BHO quitte Washington mardi prochain (vers la Suède puis le G20 de Saint-Petersbourg où l'atmosphère sera fraîche). Il voudrait avoir lancé cette “affaire courante” avant son départ. L’attaque pourrait donc être notre gâterie du week-end.
Pour autant, l’unanimité n’est pas la règle, notamment à Washington même, dans le cœur du Système. Il apparaît peu à peu que les généraux et la bureaucratie du Pentagone n’apprécient que fort modérément le projet du président Obama, tel qu’en l’état des indications nombreuses qui nous sont données, – l'hypothèse largement répandue qu’il ne s’agirait que d’une chiquenaude, un avertissement, une softened strike. (DEBKAFiles, dans un élan de confidence comptabilisée, nous a même confié qu’il n’y aurait que quinze cruise missiles de type Tomahawk tirés de frégates de la VIème Flotte ; un feu d’artifice de sous-préfecture...) Cette formule ne plaît pas au Pentagone, qui ne cesse de machiner des “fuites” diverses chargées d’avis d’experts exprimant des doutes circonstanciés.
(...) Cette mésentente n’atteint certainement pas le sommet de la hiérarchie civile du Pentagone, avec le secrétaire à la défense Hagel qui répète que les forces armées sont prêtes à intervenir comme on le leur demandera, et qui justifie l’attaque contre la Syrie telle qu’elle est prévue. Ce constat est certainement moins assuré du côté de la hiérarchie militaire, même si le président du comité des chefs d’état-major Dempsey s’est abstenu durant toute la semaine du moindre commentaire, – après avoir, auparavant, abondamment exposé sa position de principe résolument hostile à toute intervention en Syrie. C’est précisément là que se situe la possibilité d’une fracture importante, d’ailleurs dans des conditions qui sont devenues un peu plus délicates depuis l’affaire égyptienne où les militaires US sont particulièrement mal à l’aise avec une position bien incertaine du pouvoir politique vis-à-vis de la poursuite de l’aide militaire à l’Égypte.
Jusqu’à la séquence actuelle de la crise syrienne, Dempsey et Obama étaient sur la même ligne de raisonnement et en complet accord, Dempsey jouant alors, en tant que technicien et opérateur de la stratégie militaire, le rôle de porte-voix du président. Les deux hommes partageaient la même analyse, et sans doute continuent-ils à la partager sur le fond. Mais le politique s’est séparé du militaire en se trouvant coincé dans ses engagements de communication, et en optant pour une intervention qu’il voudrait surtout de type symbolique ; du coup, il prend une position qui, paradoxalement par rapport à l'accord sur la position de fond, se trouve complètement en contradiction avec celle de Dempsey puisque forçant à une intervention dans les pires conditions possibles du point de vue du militaire (comme les “fuites” provenant du Pentagone le détaillent). Cette “rupture” en dépit d’une analyse et d’un accord communs est typique de la situation actuelle des pouvoirs, notamment à Washington, où les décisions sont prises non en fonction des caractères des situations considérées, mais pour des effets dans d’autres domaines, pour renforcer ces pouvoirs en état constant de fragilisation, notamment des effets de communication qui ne tiennent aucun compte des impératifs stratégiques. (...) De Defensa
22:38 | Lien permanent | Commentaires (93) | Tags : obama, minor threat
31/08/2013
Scotti's war
à voir+++ autant pour la qualité des images (jamais vu la guerre comme ça..) que pour l'évolution psychologique du jeune Marine...
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"Le « non » du Parlement britannique
Ce soir, le Parlement britannique a rejeté la motion de David Cameron sur une action militaire en Syrie. Le premier ministre s'est engagé à respecter le vote du Parlement refusant une action militaire en Syrie." source
C'est pas en France que ça arrivera...on aura un débat sans vote, histoire de ne pas avoir de surprise...
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Source : services renseignement E.I.R./US.
14:39 | Lien permanent | Commentaires (47) | Tags : scotti's war, iraq
29/08/2013
dark ages ahead
"Manuel Valls veut doubler le nombre de naturalisations
Son objectif, transmis aux préfets, est de revenir à au moins 100.000 acceptations de dossiers par an, contre 46.000 en 2012. Ce mercredi, en Conseil des ministres, il a présenté un décret visant à accentuer la reprise en main de préfets. Afin qu'ils soient encore plus souples dans l'instruction des demandes des étrangers. Sous l'effet de la loi Guéant, celles-ci s'étaient effondrées, passant de 95.000 en 2010 à 46.000 en 2012. Mais dès sa nomination, Manuel Valls est revenu à des critères moins contraignants dans une circulaire en octobre 2012. Plus besoin d'être forcément détenteur d'un CDI pour espérer obtenir la nationalité française. Un CDD ou contrat d'intérimaire suffisent. Le fait d'avoir été un clandestin n'est plus un obstacle. Les étudiants étrangers et les moins de 25 ans qui résident depuis au moins dix ans France ont également droit à plus de compréhension. Le bilan de toute l'année 2013 dépassera les 14% de hausse de juillet. Déjà, la Place Beauvau se félicite que là où les demandes obtenaient 40 % d'avis favorables des préfets en 2011, le taux est remonté à 61 % aujourd'hui." Figaro
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« Il n’existe aucune garantie que les protections qui prévalent dans les sociétés occidentales seront préservées dans celles qui deviennent non-occidentales. Aucune raison historique ne force à croire que des gouvernements basés sur les libertés individuelles survivront à la disparition des peuples occidentaux. L’Afrique post-coloniale est révélatrice. Dans sa plus grande partie, le continent Noir retourne à ses mœurs ancestrales, renforcées par une infusion d’armes occidentales modernes, comme cela a été montré par les carnages somalien et rwandais. Ce qui bouleverse notre très profond sens de la compassion est compréhensible. Mais le sentimentalisme ne devrait pas nous aveugler quant aux implications à long terme que cela aura sur notre propre survie. De même que de donner de la nourriture à des populations incapables de se nourrir ne fait que hâter l’inévitable catastrophe démographique, déverser en Occident des populations du Tiers Monde accélère simplement la transformation de l’Occident en une extension du Tiers Monde. »Jane Jacobs, Dark Ages Ahead, 2004.
« (...) L'écrasante majorité de la planète ne vit pas l'"égalisation des conditions", mais la misère et la tyrannie. Et, contrairement à ce que croyaient aussi bien les libéraux que les marxistes, elle n'est nullement en train de se préparer pour accueillir le modèle occidental de la république capitaliste libérale. Tout ce qu'elle cherche dans le modèle occidental, ce sont des armes et des objets de consommation - ni le habeas corpus, ni la séparation des pouvoirs. C'est éclatant pour les pays musulmans - un milliard d'habitants -, pour l'Inde - presque un autre milliard -, dans la plupart des pays du Sud-Est asiatique et d'Amérique latine. La situation mondiale, extrêmement grave, rend ridicules aussi bien l'idée d'une "fin de l'histoire" que d'un triomphe universel du "modèle démocratique" à l'occidentale. Et ce "modèle" se vide de sa substance-même dans ses pays d'origine. » Cornélius Castoriadis, La montée de l'insignifiance, (Les carrefours du labyrinthe IV), Seuil.
22:04 | Lien permanent | Commentaires (5) | Tags : jane jacobs castoriadis, moby valls
28/08/2013
punishing Saddam euhh Bachar!
Madeleine Albright (de son vrai nom Marie Jana Korbelová), dans ses œuvres (de bienfaisance)..
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"Syrie : fragmentation et radicalisation
Un texte d’un ancien analyste de renseignement du Pentagone devenu journaliste indépendant, Joshua Foust, apporte des précisions très intéressantes sur l’évolution de la situation sur le terrain en Syrie, indépendamment de la crise actuelle autour du chimique. Cette évolution est très rapide et radicale. Elle pourrait d’ailleurs s’en trouver accélérée par une éventuelle frappe aérienne US, conduisant à une situation beaucoup plus complexe et incontrôlable qu’elle n’est aujourd’hui. (Encore ne s’agit-il que d’éléments relativement connus et identifiés, les éventuels bombardement pouvant en faire surgir d’autres dont il y a beaucoup à parier qu’ils iraient dans le même sens.)
(Il est à signaler que le texte de Foust, publié dans defenseOne.com le 27 août 2013, est plutôt favorable à la politique officielle US. Il tient pour assuré que le chimique a été utilisé par Assad. Son analyse est ainsi d’autant plus inintéressante puisqu’elle n’est nullement marquée par une tendance à plutôt peindre une situation défavorable à une entreprise de prise de contrôle de la situation, surtout des éléments rebelles disparates, ce qui est le but des USA et du bloc BAO.)
Plusieurs éléments sont à mettre en exergue.
• La continuelle radicalisation des rebelles, par la prépondérance sans cesse grandissante des groupes islamistes type-al Qaïda, qui amène même certains groupes “modérés” à se rapprocher des islamistes malgré les consignes de leurs dirigeants, répercutant les ordres de Washington à cet égard. Ce dernier point est capital parce qu’il met en question toute la politique US depuis que la présence prépondérante des islamistes a été admise. La politique de Washington était d’éloigner les “modérés” de cette tendance, de les armer lourdement, de les constituer en une force autonome capable d’équilibrer, voire de surpasser les forces islamiques au sein de la rébellion. Il semble bien que ce soit le contraire qui se produise, avec l’intégration grandissante de ce qui reste de forces “modérées” dans les rangs islamistes.
• Le constat d’une analyste qui vient d’effectuer un voyage d’étude en Syrie, qui est particulièrement intéressant. Selon ce constat, les forces régulières syriennes ont de plus en plus tendance à s’appuyer sur des milices, ou à se constituer en milices, sous l’impulsion et souvent l’encadrement de cadres iIraniens ou de membres du Hezbollah, et souvent aussi avec des Iraniens et des membres du Hezbollah à l'intérieur de ces milices pour en contrôler les structures. Ainsi les structures des forces soutenant le régime se rapprochent de celles des rebelles, ce qui leur permettrait éventuellement de mieux les affronter. A contrario, cela tendrait à diminuer le rôle des forces régulières syriennes, dans tous les cas dans leurs structures traditionnelles d’armée lourdement équipée (blindés, armes lourdes, etc.). Cette évolution tendrait à les rendre moins vulnérables à des interventions étrangères du type des “frappes chirurgicales” envisagées par les USA contre des infrastructures.
• Dans la logique de cette évolution, il apparaît que le rôle du Hezbollah et surtout de l’Iran ne cesse de grandir, jusqu’à constituer des réseaux de pouvoir influant très fortement sur la direction syrienne. Ce fait pourrait même poser à terme un problème à la direction syrienne et à Assad. Dans tous les cas, ce dernier élément témoigne de l’implication grandissante de l’Iran, par conséquent de l’élargissement du conflit non par sa géographie nécessairement mais par l’évolution des structures qui s’affrontent et de la nationalité et de l'orientation des forces qui s’y trouvent engagées.(...)" De Defensa
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lire aussi Patrick Reymond, toujours pertinent: "entre effondrement et guerre"...et Brzezinski chez Boreas++
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"Carla Del Ponte : l’arme chimique a été utilisée par les rebelles en Syrie
Selon plusieurs témoignages, ce sont les rebelles syriens qui se sont servis de gaz sarin, un agent neurotoxique interdit par le droit international, a déclaré la magistrate suisse Carla Del Ponte à la télévision. « La commission d’experts n’a trouvé aucune preuve de l’usage d’armes chimiques par l’armée syrienne », a indiqué Mme Del Ponte. Dans le même temps, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a déclaré que les experts avaient besoin de temps afin d’établir les faits et de faire le rapport approprié.
Syrie : la Russie évacue ses ressortissants
La Russie a évacué hier 116 Russes et citoyens d’autres ex-républiques soviétiques, à bord de deux avions du ministère des Situations d’urgence, a indiqué ce dernier aujourd’hui. Le premier avion, un Iliouchine 76, a ramené hier soir 89 personnes de Lattaquié, à l’ouest de la Syrie, selon un communiqué du ministère. Un deuxième avion, un Iliouchine 62, a décollé ce matin de Lattaquié avec 27 Russes à son bord, d’après Irina Rossious. Lattaquié est une ville portuaire, située dans le fief du clan du président Bachar el-Assad." source/ french.ruvr.ru
20:47 | Lien permanent | Commentaires (7) | Tags : us go home!
27/08/2013
bis repetita placent
20:49 | Lien permanent | Commentaires (14) | Tags : usa, adm, mesonge, propagande
un homme
08:59 | Lien permanent | Commentaires (13) | Tags : hélie de st marc
26/08/2013
thin ice of modern life
« Il est cependant clair, qu’une telle atomisation de la société par le droit libéral (et la réapparition de la vieille guerre de tous contre tous qu’elle implique) ne peut aboutir à terme qu’à rendre toute vie commune impossible. Une société humaine n’existe, en effet, que dans la mesure où elle parvient à reproduire en permanence du lien, ce qui suppose qu’elle puisse prendre appui sur un minimum de langage commun entre tous ceux qui la composent. Or si ce langage commun doit, conformément aux exigences du dogme libéral, être axiologiquement neutre (toute référence “idéologique” réintroduirait les conditions de la guerre civile), il ne reste qu’une seule façon cohérente de résoudre ce problème. Elle consiste à fonder la cohésion anthropologique de la société sur l’unique attribut que les libéraux ont toujours tenu pour commun à l’ensemble des hommes : leur disposition « naturelle » à agir selon leur intérêt bien compris. C’est donc très logiquement sur l’échange intéressé (le fameux “donnant-donnant” qui fonde la rationalité de toute relation marchande) que devra reposer, en dernière instance, la charge philosophique d’organiser la coexistence pacifique d’individus que tout est censé opposer par ailleurs […] Telle est, en définitive, la raison majeure pour laquelle l’économie est devenue la religion des sociétés modernes ». (Jean-Claude Michéa, L’empire du moindre mal)
Comprendre la nature réelle de nos sociétés modernes permet de donner un sens au chaos apparent qui règne et aux faits et discours de nos modernes ilotes. Un exemple pris au hasard dans l’actualité :
« Mariage homosexuel à Montpellier
Elle s’est attiré les foudres des opposants. La maire de Montpellier, Hélène Mandroux, a reçu de nombreuses lettres d’insultes et de menaces cette semaine après avoir célébré dans sa ville le premier mariage gay en France. Selon le quotidien régional « Le Midi libre », des agents municipaux auraient même trouvé un colis contenant des matières fécales dans le courrier de l’élue. Cette dernière, ainsi qu’Erwann Binet, rapporteur du projet de loi à l’Assemblée, avaient reçu le même type de courriers en janvier dernier. Hélène Mandroux a officiellement uni le 29 mai dernier Vincent Autin, 40 ans, et Bruno Boileau, 30 ans. « Votre histoire rencontre en ce jour celle de tout un pays. Ce jour, vous l’avez rêvé, et ce jour devient une réalité. Vincent, Bruno, nous allons, vous allez vivre un moment historique. Un moment historique pour notre pays, pour notre République », avait déclaré la maire de Montpellier, selon « Libération ». Samedi dernier, c’était au tour d’Hélène Bureau et d’Abby Trouillet de se dire « oui » à Saint-Jean-de-la-Ruelle, dans le Loiret. Pour Christophe Chaillou, le maire socialiste de la commune, « le mariage de deux hommes ou deux femmes va devenir quelque chose de banal, et c’est tant mieux » source
Au-delà de la figure de fion catastrophique de cette « maire courage » calamiteuse dont les postures de pseudo-résistance contre un ordre moral fantasmé font sourire même les lecteurs de Télérama (et pour lesquelles ces colis de merde ne sont finalement que justice/némésis au regard de l'hubris délirante qu'ils manifestent), il faut comprendre que dès lors que nos sociétés ne sont plus fondées sur un certain nombre de valeurs partagées dans une perspective (télos) commune mais, désormais, uniquement sur le droit procédural et le marché garantis par un Etat axiologiquement neutre privatisant toute valeur morale, philosophique ou religieuse, l’issue de divergences morales/philosophiques ou religieuses ne dépend plus que du poids de lobbys antagonistes à même, en fonction de leur puissance démographique ou de leur exposition médiatique, voire de leur violence, de fixer –pour un temps- la norme sociétale.
En ce sens, la neutralité de l’Etat que sous-tend l’idéologie libérale (dont se réclame Mandroux, dans sa variante philosophique ou libertaire) n’est pas tenable car elle conduit, en voulant autoriser chacun à exercer une vision morale particulière éventuellement antagoniste avec celle de son voisin, à créer les conditions d’une guerre de tous contre tous (ce cauchemar de Hobbes) alors même que son postulat était d’écarter ce risque de guerre civile en écartant toute notion de Bien commun ou d’intérêt général…montrant ainsi que la structuration d’une société par des valeurs partagées reste indispensable à la paix civile. Ce que disait Aristote il y a fort longtemps :
« L'absence de communauté nationale est facteur de guerre civile, tant que les citoyens ne partagent pas les mêmes valeurs de civilisation. Une cité ne se forme pas à partir de gens pris au hasard, et elle a besoin de temps pour se coaguler. C'est pourquoi, parmi ceux qui ont accepté des étrangers pour fonder une cité avec eux, et pour les intégrer à la cité, la plupart ont connu des guerres civiles. Par exemple, les tyrans de Syracuse, en ayant naturalisé les immigrés, ont dû subir des révoltes. Citoyens et étrangers en sont venus à se combattre. » (Aristote, Politique, Livre V)
Nos sociétés modernes devraient donc être en bonne logique libérale, une sorte de désert normatif rempli d’individus contractants, disposant de libertés et de droits, éventuellement parfaitement antagonistes et régis par un état axiologiquement neutre soumis aux lois d’un marché auto-régulé et au droit procédural dont les limites mouvantes seraient définies par le rapport de forces entre des intérêts contradictoires. Autre exemple éclairant, l’aveu bienvenu par le très libéral (« tory ») David Cameron, du désastre sociétal anglo-saxon engendré par l’idéologie multi-culturelle, stricte application de l’axiome libéral :
« Selon M. Cameron, qui s'exprimait devant la 47e Conférence sur la sécurité, le multiculturalisme tel que l'a pratiqué le Royaume-Uni, a échoué. "Même nos propres concitoyens ont perpétré des actions terroristes", a-t-il souligné. "Le multiculturalisme a conduit à ce que des communautés vivent isolées les unes des autres. Ces sociétés parallèles ne se développent pas selon nos valeurs. Nous ne leur avons pas donné une vision de ce qu'est notre société". A titre d'exemple, la Grande-Bretagne n'a pas assez fermement condamné la pratique du mariage forcé. Les pouvoirs publics ne doivent plus " admettre que des prédicateurs de la haine s'expriment " et doivent cesser de subventionner des organisations qui n'adhèrent pas clairement aux valeurs démocratiques, estime encore M. Cameron, pour qui la clé est dans la construction d'une " identité nationale pour tous", notamment pour les jeunes musulmans d'Europe, dont beaucoup se "sentent déracinés". » (source)
Il est assez surprenant que cet homme ne voie pas l’incohérence doctrinale qu’il y a à prôner, d’une main, des sociétés libres régies par les seules lois du marché (ce doux commerce) et du Droit, et de l’autre, « des valeurs » qui devraient être partagées par tous…Quelles sont ces valeurs? Au nom de quoi (de quelle morale, de quelle éthique, de quelle religion, de quelle philosophie, de quelles normes désormais bannies par nos modernes Cameron et Mandroux) devrait-on interdire certains « prêcheurs de haine » dés lors qu'ils ne sont pas hors-la-loi et qu'ils sont de bons consommateurs? Et comment définir une « identité nationale pour tous » lorsque l’Etat est axiologiquement neutre ? A l’inverse de Hobbes qui prônait un Etat absolu, le Léviathan, pour conjurer le spectre des guerres civiles, la doctrine libérale instaure cet état axiologiquement neutre, ayant renoncé à définir la « vie bonne » en bannissant tout horizon normatif commun. Ouvrant la voie à la jungle de revendications identitaires, communautaires irréductibles et antagonistes à l'origine du chaos sociétal contemporain.
La guenon Mandroux installant des cameras de surveillance partout (comme dans le Panopticon de Bentham) dans une ville de plus en plus violente (ou célébrant un "mariage gay" dans une posture martiale grotesque) comme le pitre Cameron stigmatisant la weltanschauung étrangère des communautés musulmanes pakistanaises britanniques se retrouvent donc pareillement le cul entre deux chaises à déplorer les effets naturels de principes qu’ils chérissent.
Heureusement qu’ils leur restent les Droits de l’homme et la shoah pour communier dans le chaos festif, climatisé et totalitaire qu’ils édifient jours après jours.
Thin ice of modern life..
Castoriadis pensait que nos sociétés modernes ne sont encore gérables QUE parce que certains types anthropologiques pré-capitalistes structurent encore largement ces sociétés*. Et en ce sens, Michéa dit parfois son inquiétude du fait que désormais, le temps joue contre nous, contre toute décence commune... Au fond, je pense que nous vivons la fin d'un cycle, la fin d'une illusion, la fin de ce "fait social total" qu'est le capitalisme globalisé, ne serait-ce QUE parce qu'il ne peut y avoir de production, de consommation et d'accumulation illimitées de biens/marchandises dans un monde fini comme le nôtre, ne serait-ce QUE parce que le droit et le marché ne fondent pas de communautés..je crois que ce gisement anthropologique pré-capitaliste (dont la logique échappe donc à toute logique marchande et a plutôt tout à voir avec la logique du don et du contre-don), certes mis à mal par notre modernité à roulettes et paillettes, constitue une constante civilisationnelle intangible à laquelle nous devrons revenir à un moment donné. Question de temps. thin ice of modern life...
*« La corruption généralisée que l'on observe dans le système politico-économique contemporain n'est pas périphérique ou anecdotique, elle est devenue un trait structurel, systémique de la société où nous vivons. En vérité, nous touchons là un facteur fondamental, que les grands penseurs politiques du passé connaissaient et que les prétendus « philosophes politiques » d'aujourd'hui, mauvais sociologues et piètres théoriciens, ignorent splendidement : l'intime solidarité entre un régime social et le type anthropologique (ou l'éventail de tels types) nécessaire pour le faire fonctionner. Ces types anthropologiques, pour la plupart, le capitalisme les a hérités des périodes historiques antérieures : le juge incorruptible, le fonctionnaire wébérien, l'enseignant dévoué à sa tâche, l'ouvrier pour qui son travail, malgré tout, était une source de fierté. De tels personnages deviennent inconcevables dans la période contemporaine : on ne voit pas pourquoi ils seraient reproduits, qui les reproduirait, au nom de quoi ils fonctionneraient. Même le type anthropologique qui est une création propre du capitalisme, l'entrepreneur schumpétérien, combinant une inventivité technique, la capacité de réunir des capitaux, d'organiser une entreprise, d'explorer, de pénétrer, de créer des marchés, est en train de disparaître. Il est remplacé par des bureaucraties managériales et par des spéculateurs. Ici encore, tous les facteurs conspirent. Pourquoi s'escrimer pour faire produire et vendre, au moment où un coup réussi sur les taux de change à la bourse de New York ou d'ailleurs, peut vous rapporter en quelques minutes 500 millions de dollar ? Les sommes en jeu dans la spéculation de chaque semaine sont de l'ordre du PNB des Etats-Unis en un an. Il en résulte un « drainage » des éléments les plus entreprenants vers ce type d'activités qui sont tout à fait parasitaires du point de vue du système capitaliste lui-même. » (Cornélius Castoriadis, La montée de l'insignifiance, 1993)
photo: logique du don.
23:13 | Lien permanent | Commentaires (48) | Tags : michea, hobbes, pink floyd



